‹ De la Révolution françaiseChapitre 3 sur 54 · GRECS · texte numérisé non relu

GRECS

Denys le ‘tyran, instruit de la violence faite à une femme de condition par son fils ,

ayant demandé avec colère à ce dernier s’il lui avoit donné cet exemple, « Vous n’étiez pas » fils de roi, répondit le coupable. »«Et toi,ré- » pliqua le tyran, si tu ne changes de conduite, » tu ne seras jamais père de roi. » La supposition se réalisa, et l’augure .s’accomplit.

Quelqu’un désirant un entretien avec ce prince, lui demanda s’il n’avoit alors rien à faire. « Le Ciel m’en garde! » répondit-il ( rien ne lui paroissant plus insupportable que l’oisiveté ).

On reprochoit à Denys le jeune que de roi il étoit devenu simple particulier, au lieu que son pere , sorti de la foule , étoit monté au trône. Il en donna cette raison : « Mon » père y est parvenu lorsqu’on étoit las du » gouvernement populaire ; et j’en ai été pré- » cipité lorsqu’on commençoit à se dégoûter » de la monarchie. »

Il pouvoit y avoir quelque vérité dans cette réponse. Les dispositions des peuples, soit qu’elles proviennent de leur inconstance, ou des fautes de ceux qui les gouvernent, soit de l’une et de l’autre cause à la fois, sont un clément de révolutions.

Agathocle, roi de Sicile et fils d’un potier, se servait de vaisselle de terre, pour té moi-

gner quil ne rougissoit pas de son origine.

Dion, instruit d’une conspiration formée pour sa perle par quelques uns de ceux qui passoient pour ses amis, dit qu’il valoit mieux mourir une fois, que d’avoir toujours à se garder de ses amis et de ses ennemis.

Depuis son exil , entendant murmurer de ce qu’on le faisoit trop attendre a la porte d’un grand : « Ce n’est pas, dit-il, la faute des » grands , mais de la grandeur. » ( Attribuant ces retards à la multitude de leurs affaires. ) Le roi de Macédoine Archeiaus 'fit présent à Euripide d’une coupe d’or qu’il avoit refusée à un courtisan. Celui-ci en témoigna son étonnement au prince qui lui répondit : « Il méritoit de l’avoir sans la demander , » comme toi de la demander sans l’avoir. » De l’eau jetée par une fenêtre dans la rue , tombasur lui. Ses courtisans se récrièrentsurla grandeur de l’offense. — « Comment m’auroit- » pn offensé ? on ne songeait pas à moi. »

On conseilloit à Philippe de mettre des garnisons dans les villes grecques dont il s’étoit emparé. J’aime mieux, dit-il, les retenir dans le devoir par l’amour que par la crainte, et en être toujours aimé que redouté quelque temps. Il répondit à ceux qui lui cpnscilloienl

de détruire Athènes, qu’il se garderoit bien d’anéantir le théâtre de sa gloire.

Il rcconnoissoit avoir aux orateurs d’Athènes , qui ne cessoient de lui reprocher ses défauts, l’obligation de s’en être corrigé.

« Gagnez l’affection des Macédoniens pen- » dant que vous n’êtes pas encore leur roi, » disoit -il à son fils; car aussitôt que vous » le serez, ils ne vous aimeront plus. »

Pour le consoler de la mort d’un de ses amis, on lui disoit qu’il avoit assez vécu. — « Oui, » assez pour lui, mais non pour moi qui. ne » me suis pas entièrement acquitté de ce que » je devois à ses services. »

Alexandre à qui l’on disoit qu’une place étoit imprenable , mais défendue par un homme sans cœur, s’écria : « Elle n’est donc » pas imprenable ? »

Zénocrate refusa ses dons , alléguant qu’il n’en avoit pasbesoin. « Eh quoi! dit Alexandre , » n’a-t-il point d’amis? Tous les trésors du » roi de Perse n’ont pu rassasier les miens. » Il sut que «certaines gens parloient mal de

lui. « C’est le sort des rois, dit-il , de faire du

» bien â des ingrats. »

Antigone répondit à un flatteur qui lui disoit que la volonté des rois étoit la règle de

la justice : « Non , c’est la justice qui est la règle » de la volonté des rois. » (Ou du moins qui doit l’ètre.)

On lui conseilloit de mettre garnison dans Athènes , pour tenir en respect le reste de la Grèce. « Je ne connois pas, dit-il, de plus » forte garnison que l’affection des peuples. »

Il dit à un de ses fds qui affectoit de la hauteur, que la royauté n’étoit qu’une honnête servitude, et que, si l’on connoissoit le poids d’une couronne , on redouteroit d’en ceindre sa tête.

DÉmÉtrius, ayant pris par famine Athènes qui s’étoit soulevée contre lui , en assembla les habitans, et les fit entourer par ses troupes. Us s’attendoient à un châtiment sévère : il leur fit présent d’une grande quantité de blé. En leur annonçant ce don , il prononça mal un mot. Us l’en reprirent. U doubla le présent pour prix de cette leçon.

Antigone II étant sur le point de livrer une bataille navale , le pilote de son vaisseau lui dit que les ennemis sont les plus forts en nombre. « Pour combien me comptes -tu? » répond-il.

Zénon , qu’il distinguoit entre tous les philosophes, étant mort, « J’ai perdu, dit-il, le

» témoin de mes actions, qt le théâtre de ma » gloire. »

Antipater ayant appris qu’ Alexandre avoit fait tuer Parménion, s’écria : « S’il étoit cou- » pable, à qui se fieront les princes? et s’il » étoit innocent, à quel prince se fiera-t-on? »

« J’ai deux amis d’humeur contraire, disoit- » il, je ne puis ni contenter Démade (ora- » leur), ni rien faire accepter à Phocion. »

Them jstoclf. appeloit la paresse le sépulcre des vivans.

Il préféra pour gendre un pauvre honnête à un sot opulent. « J’aime mieux, dit-il, un » homme sans bien , que du bien sans un » homme. »

Voyant qu’on ne faisoit plus d’attention à lui depuis la paix, il se comparoit à ces grands arbres dont on ne recherche l’abri que pendant Forage,

Aristide, injustement exilé , priales Dieux que les malheurs publics n’obligeassent point Athènes à le rappeler , n’étant point fâché de son exil pour lui-même , mais pour l’honneur de sa patrie.

Alcibiade dis oit : « Je ne m’étonne pas » que les Lacédémoniens méprisent la mort , » leur vie est si misérable 1 »

Cité en jugemen t, il s’évada. On lui demanda s’il se défioit de la justice. — « Où il y va de » la vie , je ne me fierois pas à ma mère , de » peur qu’elle ne prît la fève noire pour la » blanche. »

La musique étoit en vogue de son temps. Il aima mieux s’adonner à l’éloquence. « Que » ceux-là chantent , dit-il , qui ne sauroient » parler. »

IphicrAte fortifioit son camp, quoiqu’il n’y eût aucune apparence de danger; il répondit à ceux qui lui en témoignoientdel’étonnement: « Un général n’est jamais admis à dire : Je » ri y pensais pas. »

Un sot de bonne maison lui reprochant l’obscurité de sa naissance , « Je serai, dit-il, » le premier de ma race , et toi le dernier de » la tienne. »

11 dit à un général qui se glorifioit de ses blessures : « Quand je commandois l’armée , » j’eus honte d’un trait qui tomba trop près de » moi. » (Comme s’étant exposé en indiscret.)

Phqcion à qui l’on demandoit quelque argent dans une quête pour des sacrifices, répondit : « J’aurois honte de vous donner et de ne » pas payer cet homme-ci. » ( Montrant son créancier. )

L’oracle ayant déclaré qu’un citoyen d’A-

thcncs trouvoit à redire à tout, «< C’est moi , » s’écria-t-il, qui ne trouve rien de bon de » tout ce qui se fait ici. »

Son éloquence étoit nerveuse et laconique, Paroissant un jour très-occupé dans une assemblée du peuple, on lui en demanda la cause. » Je songe, dit-il, si je ne pourrai pas abréger » ce que je me propose de dire aux A thé- » niens. » On sait que Démosthcne le voyant monter à la tribune , s’écria : « Voilà la hache » qui tranche tous mes discours. »

« Le peuple te tuera s’il entre en fureur, • » lui disoit Démosthène « et toi s’il rentre » en son bon sens » , lui répondit Phociom Les Athéniens s’emportoient contre les Byzantins qui n’avoient pas voulu recevoir leurs troupes. « Ce ne sont pas, dit Phocion, » vos alliés qui ont tort d’avoir de la défiance, » mais vos généraux de leur en inspirer. » Il fut élu commandant de ces memes troupes, et reçu dans Byzance amicalement.

Ayant demandé aux ambassadeurs d’Alexandre , qui lui offroient un présent de la part de leur maître, le motif de cette offre, « C’est, lui dit-on, parce qu’il te sait plus bon- » né le hoinm e que les autres ,» — a Q u’il so uffre

® donc que je le sois » ; et il refusa le don.

Le peuple ne voulant point accorder à ce prince quelques galères qu’il demandoit, « Je » vous conseille , dit Phocion , d’ètre les plus » forts , ou amis de ceux qui le sont. »

Léosthènes, jeune orateur dont les discours ëtoient fiers et présomptueux , sans être utiles à la chose publique , s’attira de lui cette verte réprimande : « Jeune homme , tes propos res- » semblent au cyprès; ils sont hauts et ne » portent point de fruit. »

Nicanor, qui commandoit une armée contre Athènes , étant venu au sénat pour une conférence sur la foi de Phocion , ce dernier fut accusé parce qu’il ne l’avoit point fait arrêter. On lui objectoit que ce général pouvoit être funeste à la ville. Phocion , pensant avec justice que rien n’eût pu l’excuser d’un manque de foi, répondit : « J’aime mieux souffrir un » dommage de sa part, que de lui en faire. » (Sans droit, et en violant sa parole.) Plutarque l’en blâme ; il auroit dû l’en applaudir.

Condamné à mort avec plusieurs de ses concitoyens , opposés comme lui au pouvoir populaire , il marcha au supplice du même air qu’après une victoire, il se rendoit de l’assemblée en sa demeure, conduit aux acclamations

du peuple. Un grand nombre de spectateurs éprouvèrent une vive émotion ; mais un misérable, partisan forcené de la démocratie, lui cracha au visage. Phocion étoi t alors âgé de plus de quatre-vingts ans ; il dit avec tranquillité aux magistrats : « Ne voulez-vous pas faire » cesser l’insolence de cet homme ? » Un de ses compagnons d’infortune, qui ne jouissait pas cependant d’une très-bonne réputation, versoit des larmes, et s’écrioit que c’étoit une injustice de l’avoir enveloppé dans sa condamnation. Ce grand homme, quoique très-modeste dans les occasions ordinaires, lui dit avec une noble fierté : « N'es-tu pas heureux de mourir en la » compagnie d’un homme de bien ? »

Un des assistans lui demanda s’il désiroit recommander quelque chose à son fils ( Pho~ cus). « Oui, dit-il, de ne jamais penser à me « venger. »

Son meilleur ami, Nicoclès, le supplia de trouver bon qu’il prît la ciguë le premier. « Tu » me demandes là un bien grand sacrifice ; » mais, ne t’ayant jamais rien refusé durant » ma vie, je ne te donnerai pas ce déplaisir » à l’instant de ma mort. »

Toute la ciguë étant épuisée, le geôlier refusa d’en fournir à Phocion , s’il n’en payoit

le prix. Il pria un de ses amis de satisfaire cet homme, « puisqu’on ne peut pas, dit-il, mou- » rir à Athènes gratuitement. »

Il avoit coutume de dire qu’il laisseroit assez de bien à son fils s’il étoit sage , et trop s’il ne l’étoit point; qu’il falîoit faire son devoir, et que tout le reste n’étoit rien.

Epâminondas s’acquitta très -bien d’un emploi fort indigne de lui, et dit que c’étoient les hommes qui faisoient valoir les charges, et non les charges qui faisoient valoir les hommes.

On lui apporta divers oracles, les uns favorables, les autres fâcheux, touchant la guerre. Il en fit deux parts qu’il plaça sur la tribune, à sa droite et à sa gauche. « Si vous faites » votre devoir, dit-il , ceux-ci sont pour vous » (montrant les premiers); sinon, vous su~ » birez le sort dont les autres vous menacent, » « La bataille de Leuctres, disoit -il, ne » me réjouit pas tant pour son importance , » que pour l’avoir gagnée du vivant de mon » père et de ma mère. »

Il refusa les présens de Darius, disant qu’il n’en fa 11 oit pas si l’on ne vouloit de lui rien d’injuste ; sinon, que ce monarque n’étoit pas assez riche pour le corrompre. «

A son avis, la plus belle mort étoit de mourir pour son pays , et telle fut la sienne.

Mis en jugement après la bataille de Leuctres , pour avoir retenu le commandement quatre mois de trop , il déclara qu’il ne résistait pas à sa condamnation, pourvu qu’on spécifiât dans le décret qu’il avoit été condamné à mort pour avoir affranchi la Grèce, et contraint son ingrate patrie â triompher des Lacédémoniens, jusqu’alors invincibles. Ses juges furent tellement humiliés de cette noble défense, qu’ils baissèrent les yeux, et se retirèrent sans oser même opiner.

Les soldats de Pélopidas, au moment d’une bataille, lui parlant du grand nombre des ennemis, il dit : « Tant mieux, nous en » tuerons davantage. »

Une, courtisane lui mettant une de ses nuits à un prix très-élevé , il dit qu’il réachetait pas si cher un repentir.

« Si l’on savoit, disoit-il , ce qu’il faut souf- » frir du peuple, on ne voudroit jamais le » gouverner. »

Démétrius de Phalère conseilloit au roi Ptolémée la lecture de l’histoire , pour y apprendre beaucoup de choses qu’on n’osoit lui dire .

Les Athéniens ayant renversé ses statues,

« Ils n'ont pas, dit-il, renversé la vertu qui » me les a fait dresser. »

Il observoit que les amis véritables attendent dans la bonne fortune qu’on les recherchât; mais que, dans la mauvaise, ils se présentent d’eux-mèmes.

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