‹ De la Révolution françaiseChapitre 4 sur 54 · LACÉDÉMONIENS · texte numérisé non relu

LACÉDÉMONIENS

Lycurgue dit à un homme qui louoit la démocratie : « Etablissez -la premièrement dans. votre maison. >» ( Sous-entendant qu’il en seroit bientôt dégoûté. )

A ceux qui s’étonnoient que la ville de Sparte ne fût pas fermée, il répondit : « Elle l’est » assez par le courage de ses habitans. »

Il regardoitla peine et la récompense comme les deux pôles sur lesquels tournoit le genre humain.

Agésilas, roi de Lacédémone , voyant un malfaiteur endurer constamment le supplice , « Ah! le méchant homme ! s’écria-t-il, d’abu- » ser ainsi de la vertu. »

On louoit devant lui un orateur d’agrandir les petites choses. « Je n’aime pas , dit-il , » qu’on me fasse une chaussure plus grande » que mon pied. »

On le pressent de tenir une promesse injuste . « Si elle n’est pas juste* je ne l’ai point faite. » On insista en disant que les rois ne doivent promettre que ce qu’ils veulent tenir. « Ni les » autres, répliqua- t-il , leur demander que ce » qu’ils peuvent promettre. »

Il tenoit pour maxime qu’avant d’avoir égard au blâme ou à la louange , il faut savoir d’où ils viennent , et qu’il n’y avoit de plaisir à être loué que par ceux qui peuvent blâmer sans crainte.

Il ne voulut pas souffrir que l’Asie lui érigeât des statues , et il refusa aussi de se laisser peindre ; « Le plus beau portrait des grands » hommes étant, dit -il, leurs actions. » (Raison peut-être plus spécieuse que solide.)

Un plaideur lui demandant une recommandation près d’un juge de ses amis , — « Mes » amis n’ont pas besoin de recommandation » pour rendre justice. »

On vouloit lui faire entendre un homme qui contrefais oit le chant du rossignol. — « J’ai souvent ouï le rossignol lui-même. »

Ce prince avoit sur le courage une idée très-saine, et qui doit singulièrement étonner ceux qui ne prisent d’autre qualité que le cou-

rage. « Il seroit criminel, disoit-il , si la vertu >> ne l’accompagnoit. »

Un de ses amis l’ayant surpris jouant avècses enfans, et en paroissant étonné, Agésilas lui dit d’attendre qu’il fût père pour s’en moquer.

La nécessité l’obligeant à transgresser les lois , il dit qu’il les falloit laisser dormir ce jour-là , que le lendemain elles reprendroient leur empire.

Agis disoit qu’il ne falloit pas demander en quel nombre , mais en quel lieu étoient les ennemis.

Au moment d’une bataille , on lui demanda combien il avoit de Lacédémoniens ? — Assez pour battre l’ennemi.

Dans une autre occasion, ses adversaires s’étant ralliés pour fondre sur lui, il dit à ses troupes : « Si les vaincus ont tant de résolu- » tion , quelle doit être celle du vainqueur? » Il trouvoit les envieux bien misérables d’être à la fois tourmentés de leurs propres maux et du bien qui arrivoit aux autres.

Agis, étant mené au supplice, dit à ses amis qui versoient des larmes : « Ne pleurez point » mon sort ; ceux qui me font mourir avec ini- » quité sont plus à plaindre que moi. » àlexandridas disoit à un banni qui se

plaignoit de son exil : « L’exil n’est rien ; le » seul mal vient du sujet qui le cause » ; suivant la doctrine des Stoïciens, qui ne voyoient le mal que dans le vice et le crime.

Quelqu’un disant de bonnes choses à contre temps, il s’écria : « Que de bons propos hors » de propos ! »

On lui demandoit pourquoi on jugeoit si lentement les criminels à Lacédémone. — « Parce que le repentir vient trop tard, quand » l’innocent a péri. »

Ântalcïdas interrogé sur le moyen de se faire aimer : — « C’est de ne rien dire que » d’agréable, de ne rien faire que d’utile. » On proposoit de lui lire un éloge d’Hercule. — « Qui est-ce qui le blâme ? »

Il appeloit la jeunesse, les murs de Sparte. Onvanloit devant Aristgn le mot de Cléomène , qu’il faut faire du bien à ses amis et du mal à ses ennemis. — - « Non , il faut faire » du bien à tous, pour conserver les uns et » pour acquérir les autres. »

Onlouoit en présence d’AncuiDAMiDAS un homme d’être doux envers tout le monde. — « Quoi ! même envers les méchans? » (Voulant dire que c’est être cruel envers les bons.) On donnoit des louanges outrées à un mu-

sicien devant Archidamus. — « Quelles sc- » ront donc celles que vous donnerez à un » homme de bien ? »

Les soldats de BiAs, tombé dans une embuscade, lui ayant demandé ce qu’il vouloit faire : — « Mourir et vous sauver. » (C’est-àdire pour leur donner le temps de se sauver.)

Clé arque sento.it si bien la nécessité de la

discipline , qu’il disoit qu’un soldat devoit plus craindre son capitaine que l’ennemi.

Alexandre ayant écrit à Sparte de lui rendre les honneurs divins, « Qu’il soit dieu puisqu’il « veut l’être, » dit Damis.

Agis voulant, à la veille d’une bataille, renvoyer à Sparte Hippodame, âgé de quatrevingts ans , a Ou trouverai-je , dit ce dernier , » un plus beau lieu pour mourir? » Il resta, et fut tué à côté du roi.

Quelqu’un criant à Léonidas, au pas des Thermopyles : « L’ennemi s’approche de nous », — ce Et nous de lui » , répond-il.

Un autre, que le soleil seroit obscurci par la quantité de flèches que lanceroient les Perses: « Tant mieux, nous combattrons à

» l’ombre. »

Xerxès lui ayant mandé qu’il eut à rendre les armes : — - « Viens les prendre. »

On accusoit LÉotychide d’ètre changeant.

« Ce n’est pas moi qui change , ce sont les » affaires. »

On disoit à Nicàndre, pour l’exciter contre les Argiens, qu’ils parloient mal de lui : — « Ils » sont assez punis de parler mal d’un homme » de bien. « ( Par l’infamie. )

Plutarque apprenant qu’il et oit loué par un envieux: — « Il me croit mort sans doute. » On disoit devant Théopompe : « Les succès » de Sparte viennent de ce qu’on sait y com- » mander. « — «Non, de ce qu’on y sait obéir. » Philippe ayant inondé la Laconie avec des forces irrésistibles, « Que pourrez-vous faire?» dit quelqu’un à un Lacédémonien. — « Mourir, » car nous n’avons point appris à servir. » A toutes les demandes de ce prince , les Spartiates répondirent par un seul mot, ISon.

Antipater demanda aux Lacédémoniens cinquante garçons en otage. Craignant pour leur pudicité, ils ne voulurent donner que des vieillards. Ce prince insistant avec menaces : — « Si tu nous commandes des choses pires que » la mort, nous aimons mieux mourir. »

Un instituteur lacédémonien interrogé sur ce qu'il enseignoit à ses disciples, répondit : L'honneur,

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