SAGE PROPOSITION REJETEE PAR L* ASSEMBLEE COMME UN ACTE DE DÉMENCE
Après tant d’extravagances commises dans te sein de l’Assemblée nationale, ou au dehors, par son ordre, on y entendit enfin une motion raisonnable. M. d’Eprémesnil , au désespoir de la faute qu’il avoit commise , en poursuivant avec une fatale persévérance la convocation des Etats-Généraux , fit un effort pour tâcher de l’expier. On agitoit (le 29 septembre 1790) la question de savoir par quels moyens on parviendroit à liquider la dette publique. Quelques uns proposoient de la rembourser en assignats, ou , en d’autres termes , de faire banqueroute. M. d’Eprémesnil fut d’avis de revenir à la justice et au bon sens, c’est-à-dire de rétablir le clergé dans ses biens, les parlemens dans leurs fonctions, les nobles dans leurs titres et leurs droits , et tous les citoyens dans les propriétés lésées ou ravies par des décrets iniques et inconsidérés ; de regarder
comme non avenus ceux qui prescrivoient F aliénation des domaines de la couronne , patrimoine de nos rois, qui auroit dû être sacré ; de rétablir les juridictions prevôtaies, sauvegardes des propriétés, et redoutables aux seuls brigands ; d'augmenter le corps de la maréchaussée, pour opposer une digue au torrent des erimesdéchaînéspar la révolution; d’inviter les princes du sang à rentrer dans le royaume , qu’ils avaient quitté à regret , et pour épargner aux factieux des crimes irréparables ; d’abolir l’infâme inquisition établie dans l’Assemblée nationale , et en divers lieux du royaume, sous le nom de comités de recherches ; de supplier le roi d’accorder une amnistie générale , attendu qu’il y auroit trop de coupables à punir, si l’on vouloit faire justice de toutes les horreurs nées de la révolution.
Cette proposition qui, décrétée, eût rendu îe bonheur à la France, excita un soulèvement. Les chefs du coté gauche obtinrent un décret d’ordre du jour sur le projet de M. d’Eprémesnil, que l’Assemblée considéra comme le produit d'une imagination en délire . C’étoit sa démocratie royale qui méritait cette qualification , ou même une dénomination plus sévère. Jamais peut-être ces deux mots n’a voient été
accouplés avant ccttc malheureuse Assemblée. Sparte, et Rome à son- origine, avoieirt été des aristocraties royales ; mais il n’appartenoit qu’à des législateurs insensés de vouloir unir des choses absolument contraires ou contradictoires : un gouvernement démocratique et monarchique tout à la fois.
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