BREF DU PAPE
Enfin, le bref tant attendu arriva. Il était daté du io mars 1791 , et adressé aux prélats de l’Assemblée (1). Il dit que la majorité de cette Assemblée, « sous prétexte de n’établir » qu’une constitution civile du clergé , ren- » versoit les dogmes les plus sacrés, et la dis- » cipline la plus solennelle de l’Eglise ; détrui- » soit les droits du premier siège apostolique , » ceux des évêques, des prêtres, des ordres « religieux des deux sexes; s’emparoit des » domaines et des revenus ecclésiastiques, et » entraînoit de telles calamités qu’on auroit » peine à les croire , si on ne les éprouvoit. » Nous n’avons pu nous empêcher de frémir >> à la lecture de ce décret. »
« L’Assemblée nationale , dit-il ailleurs (2),
(1) Il ne parut imprimé à Paris qu’au mois de mai.
(a) En avertissant qu’il parle toujours de la majorité seulement.
» s'est attribué la puissance spirituelle, lors- » qu’elle a fait tant de nouveaux règlemens » contraires au dogme et à la discipline, lors- » qu’elle a voulu contraindre tous les évêques » et tous les ecclésiastiques à s’obliger par » serment à l’exécution de ces décrets. Mais » cette conduite n’étonnera pas ceux qui » observeront que l’effet nécessaire de la » constitution décrétée par l’Assemblée est ‘ » d’anéantir la religion catholique , et avec » elle l’obéissance due aux rois. » Pour preuve des intentions de l’Assemblée, il cite le refus très-formel qu’elle a fait de la déclarer dominante dans le royaume, quoique ce titre lui eût tou joui s appartenu.
Dans un autre endroit, il fait observer que,
« pour' mettre le comble au mépris et à l’ab- » jeclion où l’on a dessein de plonger les » évêques , on les assujétit , tous les trois mois ,
» à recevoir, comme de vils mercenaires, un » salaire modique , avec lequel ils ne pourront » plus soulager la misère de cette foule de » pauvres qui couvre le royaume, et bien » moins encore soutenir la dignité du carac- » tcre épiscopal. »
En parlant de la spoliation du clergé , « Ce » qu’il y a de presque incroyable , dit le sou-
» verain pontife , c’est que, dans le moment » où Ton s’empare des biens des églises et des >, prêtres catholiques, on respecte les posses- » sions que les ministres protcstans, ennemis » de l’Eglise , ont autrefois envahies sur elle , » parce qu’il convenoit aux vues de l’Assem- » biée nationale de n’envelopper dans la pros- » cription que la religion et les prêtres catho- » liques. Qui ne voit que le principal objet des » usurpateurs , dans l’invasion des biens ecclé- » siastiques , est de profaner les temples , » d’avilir les ministres des autels, et de dé- » tourner à l’avenir tous les citoyens de l’état » ecclésiastique? À peine avoient-ils commencé » à porter les mains sur cette proie , que le » cuite divin a été aboli , les églises fermées , » les vases sacrés enlevés , le chant des divins » offices interrompu.
» On a détruit les religieux, d’abord pour » s’emparer de leurs biens , ensuite pour » anéantir la race de ces hommes qui pou- » voient éclairer le peuple, et s’opposer à la » corruption des mœurs.
» Le roi très-chrétien a été contraint d’ap- » poser ^a sanction à tous ces décrets (ï). Le
(i) Le pape ayoit exhorté le roi à la refuser * et averti ,
» pape exhorte l’épiscopat à faire tous ses » efforts pour rendre vaines les embûches des » nouveaux législateurs , et défendre la reli- » gion catholique contre leurs entreprises , Il » avertit qu’il n’a point encore lancé les foudres » de l’Eglise contre les auteurs de cette mal- » heureuse constitution du clergé; mais que » ceux qui lui ont prêté serment savent à quoi » ils doivent s’attendre , s’ils ne le rétractent, » Une immense quantité de rétractations, un redoublement de persécutions, furent les suites de ce bref.
dit- il, de leur devoir les deux archevêques qui ëteien! de son conseil. Mais la peur trop fondée de voir égorger ta plupart des prêtres, avoit déterminé l’infortuné monarque ‘ à céder encore sur ce point.
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