CAPTIVITÉ DU ROI CONSTATEE
Peu s’en fallut que cette désastreuse constitution du clergé ne devînt la cause immédiate de l’extermination de la famille royale. Louis l’ avoir acceptée par contrain te : elle lui étoit odieuse , et pesoit sur sa conscience. Il ne vouloit recevoir la communion pascale que des mains d’un prêtre insermenté; ce qui ne se pouvoit, aux Tuileries où il étoit prisonnier, et de plus entouré d’espions > sans fournir aux patriotes le prétexte d’un soulèvement ; prétexte qu’ils cherchoient sans cesse , et que souvent ils faisoient naître. Tout récemment, le 28 février 1791 , ils en avoient imaginé un pour démolir la forteresse de Vincennes. M. de Lafayetle troubla leur opération déjà commencée ; cette démolition n’étoit qu’un prélude pour une expédition plus importante , et qu’un moyen de la faire réussir. Tout faisoit craindre qu’après l’avoir terminée, lesrévol-
tés ne se portassent sur les Tuileries ; en conséquence plusieurs royalistes s’y étoient rendus pour défendre le trône , ou s’ensevelir sous ses ruines. Les gardes nationaux revenus de Vincennes , et fiers de la victoire qu'ils y avoient remportée , trouvèrent mauvais que d’autres qu’eux s’ingérassent de veiller à la sûreté des Tuileries. Ils exigèrent que ces braves , la plupart appartenant à la noblesse , déposassent les armes cachées dont ils s’étoient munis. La résistance étoit impossible , n’ayant que des poignards ou des épées à opposer à des fusils et à des baïonnettes , et un foible détachement à une armée : ils ne pouvoient que se faire tuer ; et ils s’y seroient peut - être résignés , s’ils n’avoient craint que les plus augustes victimes ne fussent immolées avec eux. A la sollicitation du roi, ils quittèrent leurs armes : on les vola. Ms furent outragés indignement , un grand nombre fut blessé, plusieurs jetés dans les prisons (i).
Ce fut dans l’appréhension d’une violence semblable , ou plus terrible, que le roi voulut
(i) Le même jour, on s’occupoit à l’Assemblée d’une loi contre les émigrans, dont, on convoitoit les biens. Elle
aller passer à Saint-Cloud la quinzaine de Pâques. Les patriotes s’y opposèrent; la plus grande partie de la garde nationale. les laissa faire, les encouragea elles seconda. Quelques fusils furent braqués sur la voiture où étoient le roi, la reine, toute la famille royale. Le monarque parut toujours calme, Marie- Antoinette intrépide. Les plus atroces menaces ne purent les émouvoir. Louis dit tranquillement : « Nous pourrions bien aller d’ici à la » Grève. » M. de La Fayette lit de sincères et vains efforts pour assurer la liberté du voyage. Après environ deux heures d’attente, la rébellion devenoit à chaque minute plus insolente et plus furieuse. Le roi , craignant de voir mettre sa famille en pièces sous ses yeux , crut devoir céder. Cette scène se passa le i8 avril.
Le lendemain le monarque se rendit à F Assemblée. Il lui dit : « Il importe de prouver à » la nation que je suis libre ; rien n’est si x> essentiel pour l’autorité des sanctions et
fut ajournée; mais dans la suite on ne manqua pas de mettre à profit cette belle idée de l’Assemblée constituante ; car toutes les horreurs découlèrent de cette source
empoisonnée.
» acceptations (i) que j'ai à donner à vos dé- » crets. Je persiste , par ce puissant motif , » dans mon projet de voyage à Saint-Cloud. » Le président ( c’étoit ce Chabroud , si fameux par son rapport sur les crimes du mois. d'octobre ) , le président , pour consoler le roi des violences qu’il avoit éprouvées la veille , observa dans sa réponse « qu’elles étoient insé- » parables des progrès de la liberté chez une » nation qui avoit tout sacrifié pour elle. » Du reste , au lieu de blâmer les brigands qui avoient outragé le monarque et son auguste famille , il réserva toute son indignation pour les prêtres qu’il appeloit réfractaires.
Après que Louis se fut retiré , un membre du côté gauche soutint qu’il faîloit rendre un décret qui fût pour le roi une espèce de passeport , « afin, ajouta-t-il naïvement, qu’il ait » F air d’être libre, » Cette ingénuité fit sourire le côté droit , mais non pas l’autre. L’imprudent orateur fut fort étonné de se voir comme précipité de la tribune par ses propres amis. L’assemblée, ainsi que son président, ne donna pas la plus légère marque d’impro-
(i) On voit qu’il lui avoit fallu se résigner à l’acceptation (forcée sous peine de déchéance) des décrets qu’il plaisoijt aux factieux de nommer constitutionnels.
bation à la révolte ouverte qui avoit mis en danger les jours de la famille royale.
Ce fut cette dernière tentative des factieux qui décida le roi à tâcher de s’enfuir de sa prison , et à se réfugier dans quelqu’une de ses places frontières.
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