‹ De la Révolution françaiseChapitre 39 sur 54 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

Le roi échoue dans son projet d’évasion.

En ce même moment il n’étoit occupé que du soin d’échapper à la gloire , au bonheur et à la liberté dont la révolution le faisoit jouir, si l’on devoit en croire les auteurs de la circulaire. Il partit du château des Tuileries dans la première heure du jour, le 21 juin, avec toute sa famille, et fut arrêté àVarennes par Drouet et huit de ses Complices qui braquèrent leurs fusils sur sa voiture , et menacèrent de le tuer, si l’on essayoit de l’arracher de leurs mains. Un aide-de-camp du commandant de la garde nationale de Paris s’étant présenté , peu après , pour le ramener de force , il dit : « Yoilà donc » M. de Lafayette qui me fait arrêter une » seconde fois pour établir sa république ! » Nous ne répéterons pas ici les autres circonstances de ce fatal voyage , que nous avons rapportées dans notre Histoire de France; nous citerons seulement quelques faits qui ne s’y

trouvent pas, et qui prouvent invinciblement que le roi n’a pas joui d’un instant de liberté depuis qu’on l’eut arraché de Versailles. Non content de l’avoir énoncé de la manière la plus positive, dans la déclaration qu’il avoit laissée en partant , quand il se vit arrêté à Varennes , il dit au procureur de la commune : « Placé » dans la capitale , au milieu des poignards et des baïonnettes , je vais chercher en province , au milieu de mes fidèles sujets, la » liberté dont vous jouissez tous. Je ne puis » rester à Paris , sans y mourir ma famille et o moi. » A son entrée dans la capitale, il fut accablé d’outrages. Ï1 entendit menacer de la mort quiconque se tiendroit découvert en sa présence ; et sur la place Louis XV, deux ou trois cents bandits se précipitant vers les voitures où il étoit avec sa famille , on trembla un moment de leur voir consommerl atlentat qu’ils n’avoient pu achever à Versailles en 1789 ; mais on se contenta de remettre le roi dans les chaînes. Quoique sa détention n’eût pas été prononcée textuellement , elle n’en fut pas moins réelle. Louis, pour s’en assurer d’une manière positive, se présentant peu de jours après son nouvel emprisonnement à une porte qui donnoit sur le quai de la Seine , une sen-

tinelle (i) lui barra le passage : le roi demanda si on le connoissoit. « Oui, Sire , lui répondit- » on. » Depuis qu’on l’eut emmené violemment du château de Versailles â celui des Tuileries , il étoit écroué dans sa prison. Au retour de Varermes, cette prison fut transformée en cachot ; on fy tint au secret. Sous le nom mitigé de déclaration , l’Assemblée eut l’audace de lui faire subir un interrogatoire. Le côté droit, ne délibérant point depuis le départ de Louis, ne prit aucune part aux attentats commis envers la majesté royale. Le premier-article de la réponse du roi que le côté gauche, ne rougissant plus de rien, eut l’effronterie de faire imprimer, atteste la captivité de ce prince antérieurement à sa fuite , frappe conséquemment de nullité tout l’ouvrage des constituans, et charge ces rebelles qui avoient usurpé la toute-puissance, des attentats commis depuis plus de deux ans. Il faut citer le texte ; c’est un monument qui les couvre d’infamie. « Les motifs de mon départ ontété les outrages » et les menaces qui ont été faites le 18 avril » à ma famille et à moi-même. Depuis ce

(i) Ses gardes du corps avoient été licenciés le 25 juin , pour qu’il fût plus facile de disposer de sa personne.

» temps, plusieurs écrits ont cherché à pro- » voquer des violences contre ma personne » et contre ma famille , et ces insultes sont » restées jusqu’à présent impunies. J’ai cru » dès lors qu’il n’y avoit pas de sûreté , ni » même de décence pour ma famille et pour » moi de rester à Paris.

» J’ai désiré en conséquence de quitter cette » ville ; ne le pouvant faire publiquement , j ai a résolu de sortir de nuit et sans suite. »

11 est donc évident que ce fut un captif qui s’évada, qu’on ressaisit, et qu’on ramena dans sa prison.

L’Assemblée avoit fait une proclamation, le 22 juin 1791 , pour tâcher d’atténuer l’effet que pouvoit produire la déclaration du monarque ; elle l’avoit commencée par une grossière imposture : c’étoit son moyen usité. « Le » roi, dit-elle, et la famille royale ont été

» enlevés. » Nous ne rappellerons qu’un pa-

ragraphe de cette œuvre de mensonge. Louis ayant mis au nombre de ses justes plaintes la tentative d’assassinat formée contre lui au mois d’octobre, et dit que le défaut de liberté annuloit toutes ses démarches postérieures à cette époque, l’Assemblée essaya d’échapper à cette conséquence , fâcheuse pour elle et son

ouvrage. « L’Assemblée nationale a gémi (les » évét terriens du 6 octobre (r); elle a ordonné » la poursuite des coupables (2) ; et parce qu’il » est difficile de retrouver quelques brigands » au milieu de l’insurrection de tout un peuple, » on reproche de les laisser impunis. » Rien n’éloit plus facile ; il y en a voit plusieurs d’indiquéspar une foule de témoins. L’Assemblée les sauva tous en révoquant les pouvoirs donnés par elle au Châtelet pour les juger, et en ne les transmettant à aucun autre tribunal.

C’est encore une fausseté insigne de supposer que tout un peuple se fût mis en insurrection au mois d’octobre. Ce ne fut d’abord qu’une méprisable canaille , conduite par des chefs déguisés, qui se porta sur Versailles. Il est vrai que la milice parisienne fit mal son devoir dans cette circonstance. Ecoutons le témoignage de Mounier : « Je dois reconnoître que la famille » royale et les gardes du corps qui étoient le « 6 octobre à Versailles, ont été sauvés par

(1) Mais non pas de ceux du 5, qui les amenèrent; et toujours les plus noirs attentats qualifiés d’événemens!

(2) Pour les sauver en supprimant les moyens de remonter à la source du complot, puisqu’elle prenoit sous sa protection tous les crimes antérieurs au 6 octobre, qui avoient préparé ceux de cette journée.

» ia milice parisienne; mais c’est l’insurrec- » tion de cette milice , c’est sa marche qui a » créé leurs périls : c’est elle qui a conduit » le roi dans la capitale. Si le 5 elle se fût » portée sur la route pour arrêter les brigands; » si seulement elle fût restée à Paris , le roi » n’auroit pas éloigné le plus grand nombre » de ses gardes, et les brigands ahroient été » punis,

» Il est trop évident que la milice parisienne a » traité les brigands comme des auxiliaires qui » abusent de la victoire , qu’elle n’a protégé les » gardes du corps cju’en écartant avec douceur » ceux qui vouloient les tuer ; elle n’a blessé, » elle n’a emprisonné aucun des assassins : » elle a fait restituer une partie du pillage de » l’Hôtel des Gardes et plusieurs de leurs » chevaux , sans s’assurer d’un seul voleur ; » elle a protégé le triomphe du crime.

Il suit , à ia vérité de ce passage , que la milice parisienne avoit des reproches à se faire, et que le nombre des coupables étoit grand : mais s’il n’étoit ni possible ni convenable de les punir tous , s’il étoit juste et prudent de fermer les yeux sur les fautes les moins grandes, l’Assemblée devoit-elle couvrir de son égide les chefs de la conjuration , ses principaux

a gens , et jusqu'au monstre qui avoit coupe des teks et les p or kit en trophée à Paris ?

« i )n se garde bien , ajoute la proclamation , » de raconter les outrages qui provoquèrent » ces desordres. » Quels désordres ! mais quelle insigne mauvaise foi caractérise cette allusion au repasdonnéparlcsgardesdu corps! On a vu que la supposition de la cocarde tricolore arrachée de leurs chapeaux , et foulée aux pieds. dans ce repas , étoit mensongère ; ils ne la portoient pas à cette époque ; ils conservoient encore leur cocarde blanche.

En apprenant le départ du roi, les révolutionnaires avoient été frappés de terreur. Depuis long-temps quelques uns des plus modérés , pour tâcher de balancer la funeste influence du club jacobite, en avoient établi un autre sous le nom de club de 1789; mais des que le roi fut parti , l'épouvante les saisit au point qu'ils allèrent se confondre avec celui des jacobins, vraie manufacture de pillages, d’incendies et d'assassinats. Cette réunion ne dura qu’autant que la cause qui l’avoit produite. L’Assemblée nationale pas$a bientôt de la frayeur au dernier excès de l'insolence. A peine eutelle su que son royal captif étoit repris, qu'elle s’arrogea le droit de donner un gouverneur au

dauphin. Une liste alphabétique de ceux qu’elle jugea les plus dignes de cette auguste fonction fut dressée. On y trouve côte à côte les noms de Mailhe (depuis régicide) et de Malesherbes^ Deux ans après , on nomma pour gouverneur au jeune prince le cordonnier Simon , qui le fit périr à force de mauvais traitemens. Le bruit courut, mais rien ne le confirme , que le poison acheva l’ouvrage , trouvé trop lent %

de ce monstre féroce.

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