‹ De la Révolution françaiseChapitre 5 sur 54 · ROMAINS · texte numérisé non relu

ROMAINS

Dans les premiers siècles de leur république, le désintéressement des Romains les plus considérables alloit jusqu’à l’amour d’une extrême médiocrité. Les soldats de Curius Dentatijs se plaignant qu’il leur eût assigné trop peu de terres dans un pays subjugué par leurs armes, « A Dieu ne plaise, dit-il, qu’un » Romain estime peu de chose ce qui est ca- » pable de le nourrir! » Et lui-même ne prit que la portion d’un simple soldat.

On conscilloit à Coriglan victorieux de se reposer; il répondit : « La victoire emporte » la lassitude. »

On lui offroit des récompenses pour sa valeur, il les refusa en disant que la valeur ne pouvoit être payée par aucun prix, et se contenta de quelques marques d’honneur , et de la liberté d’un prisonnier qui étoit son ami.

Caton le censeur, ayant fait des conquêtes et du butin en Espagne , distribua tout aux soldais , sans rien réserver pour lui , « La gloire » étant, dit-il, le partage du général. »

Il s’étonnoit que deux augures pussent sc regarder sans rire.

Ennemi de toute superstition, il se moqua d’un homme qui s’étonnoit avec effroi de ce qu’une souris eût rongé son bas. « Il y auroit » plus lieu de s’étonner, lui dit-il, si le bas » eût rongé la souris. »

Voici quelques unes de ses pensées :

« Les juges qui ne châtient pas les méchans » sont plus méchans qu’eux-mêmes. »

« 11 n’y a pas de témoin plus â craindre » que sa propre conscience. »

« Pour commander aux autres , il faut se » commander à soi-même. »

« Pour que la puissance soit durable , il en faut user sobrement. »

« On anéantiroit la vertu en la séparant de » la gloire, »

« Le public a plus d’intérêt à la punition » d’une injure que celui qui l’a reçue. »

« On apprend à mal faire en ne faisant rien. » « Il faut plutôt dénouer une amitié que la p rompre. »

« Les belles choses ont besoin d’être bien » écrites, comme les belles pierres d’être bien >> enchâssées. »

Il s’étoit repenti de deux choses, d’avoir dit son secret à une femme , et d’avoir laissé passer un jour sans rien apprendre.

Scipion l’Africain prétendoit qu’un bon général d’armée , à l’exemple d’un bon chirurgien, ne devoit employer le fer qu’à l’extrémité , et qu’il falloit attendre un peu pour agir plus sûrement.

Au moment où il haranguoit , les cris du peuple l’interrompant : « Jamais , dit-il , le » cri des ennemis ne m’a troublé dans un com- » bat , ni celui du peuple dans une sédition. » Les séditieux crièrent qu’il falloit tuer le tyran. « Oui sans doute , il faut me passer sur le » ventre pour attaquer la république. »

Quelqu’un ayant demandé à Cecilius Metellus , commandant une armée , ce qu’il feroit le lendemain : — « Je brûlerois ma che- » mise si elle le savoit. »

Luctatius Catulüs se mit à la tête de ses soldats en déroute , pour faire croire , dit-il , qu’ils ne fuy oient pas, mais suivoient leur général.

Un architecte ayant offert à Livics Drusus d’empêcher pour un prix déterminé qu’on 11e vît dans sa maison : « Je te donnerai le double , » dit-il , pour faire que tout le monde y voie. »

On reprochoit à Maries d’avoir violé quelques formes : « Je n’ai pu, dit-il, entendre » la voix de la justice dans le bruit des armes. »

CÉSAR prétendoit que les entreprises hardies se dévoient exécuter sans délibération.

Il dit à celui qui vouloit l’empêcher de toucher au trésor public durant la guerre civile , qu’il falloit distinguer entre le temps des armes et celui des lois.

Ayant arrêté un enseigne qui fuyoit , il le tourna du côté de l’ennemi en lui disant : « C’est là qu’il faut aller. »

Ayant été prévenu qu’on en vouloit à sa vie, « Il vaut mieux mourir une fois , dit-il , que » de craindre sans cesse. »

De tous ceux qui avoient attaqué le gouvernement républicain , César seul sembloit sage à Caton d’Utique , et tous les autres des fous enragés.

Un roi de Thrace se vantoit à Octave d’avoir quitté pour son parti celui d’Antoine. « J’aime la trahison , lui répondit Octave , » mais je n’aime pas les traîtres. »

Il dit à quelqu’un qui racontait qu’Alexandre étoit en peine de ce qu’il feroit après avoir achevé ses conquêtes : « Ce n’est pour- » tant pas une moindre vertu de bien gou- » verner des Etats que de les conquérir. »

« Je laisse, disoit-il en parlant de Tibère, » un successeur qui n’a jamais délibéré deux

)) fois sur le même sujet. »( Soit pour la justesse de son esprit ou la fermeté de son caractère.)

Voyant des étrangers caresser des petits chiens , il demanda s’il n’y avoit point d’enfans dans leur pays.

Ennemi de la précipitation , il avoit toujours à la bouche les mots grecs qui signifient hâtez-vous lentement , et disoit qu’une chose bien faite , étoit toujours faite assez tôt.

Comme on lui rapporta qu’un homme parloit mal de lui. « Je m’en vengerai , dit-il, de » la même manière. »

Il répondit à ceux qui lui conseilloient une augmentation d’impôts : « Il faut tondre les » brebis , et non les écorcher. »

Caligula disoit : « Qu’on me haïsse, pourvu » qu’on me craigne. O devint diiiri met liant. » (Il eut la fin que présageoient ces scntimens atroces. )

L’empereur Claude ayant rayé une note d’infamie contre un particulier , « La cicatrice » reste , dit-il , quoique la plaie soit guérie. » Trajan disoit : « Je me montre envers mes » sujets tel qu’étant particulier j’ai souhaité » que le prince se montrât envers moi. » Alexandre Sévère : « Il faut souhaiter » le bien , et souffrir le mal, »

Il ne vouïoit pas employer des personnes de condition libre au service de sa maison , regardant ce service comme le métier d’un esclave.

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