‹ De la Révolution françaiseChapitre 41 sur 54 · DU ROI · texte numérisé non relu

DU ROI

L’Assemblée , après l’évasion du roi , outre les fidèles serviteurs du prince, toujours en minorité , renfermoit trois factions principales :1e triumvirat, revenu à des sentimens moins démocratiques , eût, dit-on , désiré conserver. quelque puissance royale dont il eût été le dépositaire.

La bande des girondins aspiroit aussi à la tutelle du prince. Ce qui distinguoit ces deux partis, c’est que le premier ne vouloit alors que des moyens exempts de nouvelles violences, et que l’autre prétendoit régner à tout prix. Le troisième étoit divisé d’opinion, et d’accord sur les moyens : trois de ses membres seulement songeoient à la république , et le reste à couronner un usurpateur ; de ces deux projets aucun ne pouvoit réussir sans les plus grands désastres. Leurs auteurs le savoient bien, et n’en étoient aucunement ébranlés.

Ce troisième parti essaya dès lors ce qu’il exécuta depuis, l’assassinat juridique du monarque. Il fit les plus grands efforts pour y entraîner les constituans. Il prétendit que,

devoit être mis en jugement pour subir la peine de son évasion. Pétion, Vadier, Roberspierre, Prieur (de la Marne), l’abbé Grégoire, Buzot, tous depuis régicides (i), appuyèrent cette prétention. Le prêtre Grégoire, sentant très-bien que son opinion devoit être un scandale , crut devoir prier les auditeurs de ne pas la comparer avec son état. Il la termina par cette réflexion très-remarquable et très-* judicieuse : « Si malheureusement il étoit dé- » cidé que l’inviolabilité est absolue, que » jamais le roi ne peut être mis en cause , » alors, Messieurs, pour être conséquens , » vous devez juger comme coupables d’un » grand crime les gardes nationales de Va- » rennes , et ceux qui ont concouru à barres- » talion du roi. »

(i) L’abbé Grégoire , absent de la Convention, ne le fut point par le fait. Il témoigna seulement par écrit son intention et son désir de l’être.

La conclusion étoit de toute vérité. Trcscertainement tous ceux qui avoient osé mettre la main sur le roi, tous ceux qui l’avoient

ordonné, par conséquent tous les fâcheux de l’Assemblée nationale avoient commis un

crime énorme, et méritoient la peine la plus

grave , à laquelle ils n’ont pu échapper que parle malheur des temps. INous verrons le meme argument reproduit avec la même justesse par Roberspierre , lorsqu’il fit prévaloir l’avis du plus grand attentat qu’il soit en la puissance humaine de commettre. En 1791, les temps marqués pour cette catastrophe, préparée par les constituans, n’étoient pas encore arrivés ; la majorité ne permit pas que le roi fût mis en jugement; mais elle répéta les dispositions législatives qui avoient suspendu dans ses mains l’exercice des fonctions royales, et il fut décrété (16 juillet 1791) que la suspension dureroit jusqu’au moment où l’acte constitutionnel seroit présenté à l’acceptation.

On désigna aussi les cas dans lesquels le roi seroit censé avoir abdiqué. Ce seroit : i° celui où, après avoir prêté serment à la constitution, il le rétracteroit ; 20 s’il se mettoit à la tête d’une armée pour en diriger les

forces contre la nation (i). La même proposition avoit été faite le 25 février précédent. Pétion avoit dit : « Je suppose que le roi » entre dans le royaume à la tête d’une armée » étrangère pour opprimer la nation ( lisez » les révoltés ), le roi ne seroit-ii pas punis- » sable?» — « Non, non, non, répondirent » plusieurs membres du côté droit. » — « Henri ÏY de voit donc être pendu , s’écria » l’abbé Maury. » Il entama une discussion. D’Eprémesnil l’interrompit, et soutint que la personne du roi étant sacrée , supérieure à toute juridiction, au-dessus de tout tribunal, on ne pouvoit discuter de telles questions sans crime. Quelqu’un avant demandé que le projet fut renvoyé au" comité pour être revu et corrigé , un membre du côté droit ajouta : Et pour qu’il le fasse brûler par la main du bourreau! L’infamie proposée fut ajournée alors, et décrétée le 29 mars suivant. L’art. 8 porte que « si le roi sortoit du royaume , » et si, après avoir été invité par une procla- » mation du Corps-Législatif , il ne rentroit » pas en France, il seroit censé avoir abdiqué

(1) C’est-à-dire contre les factieux qui, depuis 1789, se sont toujours dits la nation.

» la royauté. » Ainsi, le 16 juillet, on ne fit qu’amplifier et aggraver le décret du 29 mars.

Cette répétition du crime de lèse-majeste le plus insolent n’apaisa point la fureur de ceux qui vouloient une déchéance entière et soudaine. Ils ameutèrent la populace , lui peignirent le refus fait par l’Assemblée de livrer la tète du roi au glaive du bourreau , comme un attentat envers la nation, et firent fermer les spectacles , suivant l’usage pratiqué dans le temps des plus grandes calamités publiques. On s’assembla en foule dans les'places et au jardin du Palais- Royal ; on y jura la mort non seulement du monarque captif et détrôné, mais celle de ses geôliers, et des usurpateurs de sa puissance. X’ Assemblée eut peur. Un placard du maire , affiché le dimanche 17 juillet , imputa cette émeute , qui teridoit à égorger le roi, aux aristocrates qu’on accusoit sans cesse de vouloir le rétablir sur son trône. Les révoltés , enhardis par cette indigne foiblesse, se portèrent en foule au Champ - de -Mars , sous prétexte d’y faire signer une adresse aux constituans, pour leur demander que le roi fut envoyé en jugement, c’est-à-dire à la mort. Il se trouvoit dans cette multitude beaucoup d’étrangers ;

car, dès 1789, des bandits échappés a toutes Jcs potences de l’Europe, avoient été appelés a Paris, et s’étoient empressés d’y accourir pour seconder les œuvres révolutionnaires , et partager le butin qui en devoit provenir. La curiosité avoit attiré au Champ-de-Mars quelques honnêtes et imprudens citoyens : deux osèrent faire entendre des paroles de paix à ces furieux. Ils furent massacrés, déchiquetés; on coupa leurs têtes, qu’on promena autour du camp des rebelles ; on vouloit les porter au Palais-ïloyal , devenu le temple où se suspendoient ces tropnées du patriotisme; la garde nationale s’y opposa. La sédition, après ce double assassinat, paroissant toujours plus menaçante , la milice fit une décharge qui dispersa les rebelles, et montra que , pour réprimer les brigands révolutionnaires , il suffisoit de le vouloir»

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