‹ De la Révolution françaiseChapitre 42 sur 54 · L’ASSEMBLEE NATIONALE OUVRE TROP TARD LES YEUX SUR SON EGAREMENT · texte numérisé non relu

L’ASSEMBLEE NATIONALE OUVRE TROP TARD LES YEUX SUR SON EGAREMENT

Mais ceux qui avoient été jusqu’alors à la tête des affaires ne savoient trop ce qu’ils Vouîoient. Après deux ans d’expérience , il leur fut impossible de douter que leur constitution , qu’ils avoient proclamée un chefd’œuvre de génie (i), ne fût un chef-d’œuvre d’absurdité ; mais il en eût trop coûté à leur amour-propre d’en convenir. Il n’étoit pas en leur pouvoir, d’ailleurs, de réparer le mal qu’ils avoient fait. Les poisons qu’ils avoient semés avoient tout infecté : leurs doctrines anarchiques avoient des racines trop profondes ; ils n’auroient pu les arracher ; s’ils l’eussent entrepris , on les eût signalés et fait lapider comme des renégats , ennemis du

(i) Quelques uns d’entre eux cependant, et entre autres Mirabeau, s’en moquoient en particulier, et ne trouvoient dans la révolution rien de bon que le profit qu’ils, en tiroient , ou en espéroient,

peuple. Des brigands plus audacieux que la plupart des révolutionnaires de première origine se pressoient autour d’eux ; impatiens d’entrer à leur tour dans la route de la fortune , ils les en chassoient, pour ainsi dire, et promeltoient à la multitude un triomphe bien plus complet de la démagogie. Les constituans n’osèrent donc risquer qu’une révision tout-à-fait insignifiante de leur ouvrage : tout le venin y resta ; et néanmoins ce foible et inutile témoignage de repentir devint dans la suite, pour quelques uns d’entre eux, un sujet de proscription et un arrêt de mort : tant il est vrai qu’on ne pardonne les pas rétrogrades ni dans la carrière du crime, ni dans celle de la vertu.

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