CHAPITRE XXXIII
PROTESTATION DES ROYALISTES DE L’ASSEMBLÉE NATIONALE CONTRE TOUT CE QU’A VOIT FAIT LE COTE GAUCHE.
Le côté droit de l’Assemblée nationale avoit , dès le mois de juillet, protesté aussi contre le bouleversement opéré par le côté révolutionnaire (i). Il présenta une déclaration à cet égard dans la séance du 12 septembre ; elle fut refusée par la majorité, comme on s’y atlendoit.
Le corps de l’ouvrage étoitdeM. d’EprémesniL Cette déclaration embrasse les plus importantes opérations de l’Assemblée. Il étoit impossible de les peindre avec des traits plus vifs, et de mieux caractériser les prétendus constituans. « Ils ont usurpé les droits
(1) Le ïg de ce mois, M. Dandré fit contre ces courageux royalistes une motion violente , qui , sur le rapport du comité de constitution, fut suivie le 23 d’un décret contre ceux qui avoient signé ou signeroient de semblables protestations.
» spirituels de l’Eglise , comme ils avoient » envahi les biens temporels du clergé. Ils ont » pris les inspirations de l’amour-propre » pour les élans de la liberté , et l’ingratitude » envers les anciens bienfaiteurs de la patrie » pour la sagesse,
» Leurs yeux blessés des distinctions héré- » ditaires , n’ont pas vu qu’ils substituoient » l’inégalité des richesses à l’inégalité des » rangs; la hauteur du pouvoir à la dignité » de la naissance , et les calculs de l’avarice » aux nobles et légitimes espérances de l’hon- » neur. »
Cette production se terminoit par une magnifique péroraison de M. de Bouville , conseiller au parlement de Paris. Il y détruisoit la supposition d’une adhésion tacite de la France à l’œuvre révolutionnaire ; supposition que les auteurs de cette œuvre extravagante prétendoient résulter du défaut de réclamation.
« On n’a pas réclamé , dites-vous ! mais ce » malheur général, cette discorde entre les » habitans de la même patrie , cet anéantis- » sement de tout ordre public, n’est-ce pas » la plus efficace des réclamations ? On n’a » pas réclamé ! mais cette fuite d’un grand
» nombre de citoyens, cetéloignemcntpresque » universel des autres pour l’exercice des » droits politiques qu’on leur laisse ; cette cfé- » serlion des assemblées primaires qui , dans » la capitale meme , ne renferment pas la » vingtième partie de ceux qui auroient le » droit de s’y rendre , n’est-ce pas la plus » puissante réclamation ? La nation n’a pas » réclamé ! mais vous lui avez défendu de » s’assembler; vous avez dispersé nos com- » mettans , vous avez traité les plaintes de » révoltes : elle n’a point réclamé ! mais parmi » ces homma^l mendiés , parmi ces adula- » tions envoyées de Paris aux provinces, et » renvoyées des provinces à Paris , dont vous » osez vous prévaloir, n’avez-vous pas reçu » des remontrances , des oppositions , des « protestations P Vous en avez reçu : vous » les avez dissimulées ; mais elles sont no- ». toires. La nation n’a pas réclamé ! mais » pourquoi? parce que ces clubs redoutables, » qui vous doivent leur naissance , ont semé » partout îa terreur ; parce que vos comités des » recherches , répandus sur tout le royaume, » ont précipité dans les cachots ceux dont les » sentimens connus auroient pu amener des » réclamations ; parce que le pillage , l’incen-
» die et même la mort ont été souvent le prix » d’un soupçon d’opposition ; parce que la » puissance qui s’est élevée sur les débris de » notre constitution , est armée de tout l’ap- » pareil de la tyrannie , et de tout l’effroi » qu’inspirent des crimes populaires. »
Rien n’étoit plus véritable : les tombeaux attendoient les victimes qui avoient le courage de manifester des oppositions , et en général ne les attendoient pas long -temps. Cette protestation énergique fut d’abord signée par deux cent quatre- vi^gt-dix membres, auxquels plusieurs autres ne fardèrent pas à se joindre.
Une telle démarche, commandée par le devoir et l’honneur, ne pouvoit produire aucun
fruit immédiat, et servir qu’à la conservation des principes monarchiques. Le mal qu’avoit fait le côté gauche ne pouvoit être réparé en ce moment : ses membres se retirèrent chargés de l’exécration des innombrables malheureux qu’ils avoient faits. Ceux qui de bonne foi avoient suivi le torrent de l’erreur, partirent pour la plupart désabusés et repentaris.
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