PHILOSOPHES
On demandoit à Thalès ce qu’il avoit vu de plus étrange dans sa vie : — « Un vieux » tyran. »
Il disoit qu’il faut attendre de ses enfans ce qu’on a fait à son père .
Pythagore regardoit le monde comme une comédie dont les philosophes sont les spectateurs.
« Rien de si timide, disoit-il, qu’une mau- » vaise conscience. »
Solon comparoit les lois aux toiles d’araignées qui n’arrêtent que les mouches.
Chilon pensoit que pour bien gouverner un Etat, il falloit bien gouverner sa famille.
Qu’on ne devoit ni désirer, ni craindre la mort.
Quil falloit être vieux dans sa jeunesse , et jeune dans sa vieillesse ; c’est-à-dire sage en l’une, et sans humeur en l’autre.
Qu’il convient de se souvenir des services qu’on a reçus, et d’oublier ceux qu’on a rendus.
P ITT AC ILS pi'dfëroit le pardon au repentir ; c’est-à-dire à la vengeance sujette au repentir**
ïl ordonna une double punition pour le mal commis par l’homme ivre, Fune pour la faute, l’autre pour l’ivresse.
BiAS dit à des méchans qui invoquoient les dieux dans une tempête : « Taisez-vous, qu’ils » nesachentpas,s’ilse peut, que vous êtes ici.»
Il pleura en condamnant des coupables, cedant à la nature, et obéissant à la loi.
La chose la plus difficile à supporter lui sembloit un changement de fortune (de bien en mal).
Gléobüle trouvoit deux choses également à craindre : l’envie des amis , et la haine des ennemis.
Anacharsis disoit que la prospérité des méchans étoit l’affliction des gens de bien.
Que dans la Grèce les ignorans jugeoicnt, et les habiles gens étoient jugés.
Un Grec lui reprochant d’être un barbare, r— « Tu le serois en mon pays (en Scythie),* » comme moi au tien. »
Anaxagoras disoit que l’âge et le sommeil nous montroient le chemin de la mort.
Que de Lous ceux qu’on réputoit heureux, il n’y en avoit pas un qui le fût.
Socrate , voyant une grande quantité de marchandises diverses à vendre, s’écria : « Que » de choses dont je n’ai pas besoin ! »
$ Il apprit à jouer de la lyre en sa vieillesse, disant qu’il étoit toujours temps d’apprendre.
Voyant acheter des fruits fort cher avant la saison, il demanda si l’on désespéroit d’y arriver.
Quelqu’un lui demandant s’il deyoit se marier : — « Quoi que Lu fasses , tu t’en repen- » tiras. »
Sa femme se lamentant de ce qu’on le faisoit mourir avec iniquité : — » Voudrois-tu que » ce fût avec justice? » ( C’est une subtilité.)
Il dit à un philosophe qui affectoit de porter un vêtement déchiré : « Je vois ta vanité à ira- » vers les trous de ton manteau. »'
On lui rapportoit qu’on avoit mal parlé de lui : — ■ « Si l’on a dit vrai, j’en profiterai » pour me corriger; sinon, cela ne me touche » pas : ce n’est pas de moi qu’on parle. >» (De cette manière d’envisager la calomnie, il faudroit conclure qu’elle n’est jamais dangereuse : ce qui est fort loin d’être exact.)
On lui demandoit ce qu’il pensoit de l’autre monde : — « Je n’ai jamais été en ce pays- » la , ni vu personne qui en soit revenu.
Les habits somptueux ne lui sembloient bons que pour jouer des tragédies.
Il fit voir à une personne qui se plaignoit de la cherté de toutes choses à Athènes, que le superflu seul y étoit cher.
« Je ne sais qu’une chose, disoit-il, c’est » que je ne sais rien. »
« Je mange pour Vivre : la plupart vivent » pour manger. »
Il pensoit qu’il y a plus de plaisir dans la sobriété que dans la débauche , et que les t.empérans sont plus voluptueux que les autres ; parce qu’ils goûtent mieux le plaisir, qui d’ailleurs n’est pour eux suivi d’aucune amertume.
Que rien n’est si désirable que le loisir, non pour ne rien faire, mais pour faire uniquement ce qu’on veut.
Heraclite : « Il faut combattre pour les » lois, comme pour les remparts de la ville. » (Parce qu’elles sont le soutien de l’Etat.)
Timon le misantrope : « L’avidité et l’am- » bition sont deux élémens qui entrent dans » la composition de presque tous les crimes. »
XÉNOPHON : « Les bienfaits sont des tro- » phées qu’on érige dans le cœur des hommes. »
Aristippe , entendant quelqu’un se vanter d’avoir beaucoup lu : « Ce n’est pas ce qu’on
» mange qui nourrit, c’est ce qu’on digère. » Un autre lui disant qu’on auroit un esclave au prix qu’il demandoit pour instruire son fils : « Achètes-en un, et tu en auras deux. » On lui dit qu’une femme le possédoit : — « Non, c’est moi qui la possède. »
Jeté par la tempête sur une côte qui sem~ bloit déserte, et voyant des figures de mathémathique sur le sable, il s’écria : « Je vois des j> marques d’homme. »
Antisthène : ce L’envie consume les en- » vieux, comme la rouille le fer. »
u Les Etats sont sur le point de périr, » quand on traite de même sorte les méchans » et les gens de bien. »
cc La vertu est un bien qu’on ne peut » perdre. )>
Platon reprenoit un jeune homme de quelque faute légère. « Tu me reprends pour peu » de chose » , dit le disciple. « Ce n’est pas, » repart le maître, peu de chose que l’habi- » tude. »
ce Je foule l’orgueil de Platon, disoit Dio~ » gène, marchant sur un de ses tapis, ce Oui, » par un orgueil plus grand » , répond le premier.
Diogène demeurant un jour, par une sotte
vanité, exposé à un grand orage, Platon dit à ceux qui l’en plaignoient : « Si vous avez » pitié de lui, retirez-vous, » ( Voulant faire entendre que Diogène s’en iroit alors bien vite.)
Xénocrate : « L’orgueil est un grand obs- » tacle à l’instruction. « (Parce que l’opinion de tout savoir fait qu’on n’écoute point ceux dont on pourroit apprendre quelque chose. ) Polemon, plus touché des choses que des mots , disoit : « On se moque de ceux qui » parlent bien et qui font mal. »
Arcésilas adoucissoit ce que la contradiction a de désagréable, en disant d’une opinion qui n’étoit pas la sienne : « Ce n’est pas le » sentiment d’un tel. » ( Qu’il nommoit. )
« On passe, disoit-on devant lui , des autres » sectes à celle d’Epicure , et jamais de celle- » ci à quelqu’autre. » — « C’est parce que » d’un coq on peut faire un chapon, et que » d’un chapon, il n’est pas possible de faire » un coq, »
Bion : « Personne n’a plus de peine que » celui qui n’en veut jamais prendre. » ( Parce qu’à la fin les embarras s’accumulent et l’accablent. Les choses qui ne sont pas faites en leur temps deviennent ensuite bien plus difficiles, et quelquefois impossibles. )
« C’est un grand mal de ne pouvoir sup- » porter le mal. »
« La beauté est le bien d’autrui. » ( Ce n’est pas celui qui la possède qui en jouit. ) Mais comme elle peut procurer des avantages , il ne faut pas trop presser le sens de cet apophthegme.
« Un avare ne possède pas son bien . il en » est possédé.' Il s’en abstient comme du bien » d’autrui, et en a soin comme du sien. »
« On doit honorer la vieillesse, puisque » chacun y veut arriver. »
Voyant un envieux dans la tristesse : — « On ne sait s’il lui est arrivé du mal , ou s’il » est arrivé du bien aux autres. »
Aristote : « La racine des sciences est « amère ; le fruit en est doux. »
« Rien ne vieillit si vite qu’un bienfait. »
« La beauté est une excellente lettre de re- » commandât ion. »
« Le savoir diffère de l’ignorance comme « la vie de la mort. »
« L’étude sert d’ornement dans la bonne » fortune et d’asile dans la mauvaise. «
« L’amitié est comme l’âme de deux corps. » « Les uns vivent comme s’ils n’avoient que « peu de jours à vivre ; les autres comme s’ils
» ne dévoient jamais mourir. » ( Les avares et les prodigues. )
« La philosophie enseigne à faire volontai- » rement ce qtee le commun des hommes fait » par contrainte. »
« Il ne faut pas regarder la volupté à la tête » mais à la queue. » ( A cause des maux qui la suivent communément. )
« Prouver des choses claires , c’est allumer » une lampe en plein jour. »
« L’espérance est le songe d’un homme » éveillé. » *
« Mes amis, disoit-il, il n’y a point d’amis. »
Diogène, parvenu à la vieillesse, répondit à un homme qui lui conseilloit le repos, * qu’il falloit, pour se reposer, attendre qu’on fût au bout de la carrière.
Entendant un autre nier le mouvement, il le fit marcher.
Il appeloit les orateurs les esclaves dupeuple.
La pudeur la teinture de la vertu.
Et l’amour le passe-temps des oisifs.
Voyant les préposés au trésor public envoyer un voleur au supplice : — « Ce sont » de grands voleurs qui en font pendre un » petit. »
Interrogé sur ce qu’il y avoit de plus misé-
râble au monde : — « Une vieillesse sans sup- » port. »
Ennemi du mariage, ii dit à un jeune garçon qui vouloit en contracter un : « C’est trop » tôt »; et à un vieux : « C’est trop tard. »
A quelqu’un qui sacrifioit pour avoir un fils : « Ajoute un bon. »
A un vieillard qui s’efforçoit de séduire une jeune fille: « Ne crains-tu pas d’être pris au » mot ? »
a Les hommes vicieux obéissent à leurs pas- » sions, comme les esclaves à leurs maîtres. » « La liberté est le plus grand de tous les » biens , et le fondement de tous les autres. » « L’espérance la dernière chose qui meurt « dans l’homme. »
« Le meilleur moyen de punir l’envie est de « bien faire. »
« Les grands sont comme le feu , dont il ne » faut ni s’éloigner, ni trop s’approcher. »
« Le sommeil et le trépas sont frères. « Théophraste : « Un orateur sans jugement » est un cheval sans bride. *>
Voyant quelqu’un qui ne disoit rien : « Si » tu as de l’esprit, tu as tort; sinon, tu es un » habile homme. »
« Rien n’est si cher que le temps, et , de tous
» les prodigues, les plus grands sont ceux qui » le perdent. »
Zenon : « Une partie de la science consiste » à ignorer les choses qui ne doivent pas être » sues. » ( Qui voudroit tout savoir ne sauroit rien.)
« L’orgueil est malséant à tout âgé , surtout
» dans la jeunesse. »
« Un ami est un autre soi-même. »
Son valet qu’il battoit pour un l arcin , s’écria qu’il étoit prédestiné à dérober , « Et à être » battu », repartit Zénon,
Ca hnéades: « Les grands n’apprennenlpar- » faitement qu’une seule chose, l’équitation, » parce que les chevaux ne lés flattent point. » DémÉtïlius vécut à Rome sous Caligula, Get empereur lui ayant offert une somme immense pour quelqu’action sans doute blâmable , « Il veut me tenter, dit le philosophe, » et ne m’offre pas son empire. »
Démonax dit aux Athéniens qui vouloient établir des combats de gladiateurs : « Corn- » rnencez donc par renverser l’autel de la » Miséricorde. »•
Epictète comprenoit toute la morale en deux mots, soutenir et abstenir , par lesquels il désignoit la force et la tempérance.
Apophthe grues de diverses personnes .
Le poëte Simonide appeloit la poésie une peinture parlante, et la peinture une poésie muette.
Il jugeoit les Thessaliens trop stupides pour être trompés par un habile homme.
Un ancien disoit : « Celui qui a trouvé un » bon gendre a gagné un fils , et celui qui en » rencontre un mauvais a perdu une fille. »
1 socrate instruisoit, entre autres, deux élèves dont l’un , disoit-il , avoit besoin de bride et l’autre d’éperon. Il se comparoit à la pierre qui aiguise les couteaux , et les fait couper sans couper elle-même ; parce que sans
pouvoir briller à la tribune , il avoit formé de
grands orateurs.
Un babillard se vantant de son savoir : — « Si » tu en avois beaucoup, tu ne parlerois pas » tant. »
Un autre voulant prendre de ses leçons , il en exigea le double de ce qu’il faisoit payer ordinairement, parce qu’il falioit lui apprendre à parler et à se taire.
On reprochoit sa naissance au poëte Philoxène. — « Cela fait partie de ma gloire , de » ne devoir ma fortune qu’à moi-même, »
Euripide repris par le peuple en plein théâtre : — « J’écris pour vous instruire , et » non pour recevoir vos instructions. »
Un philosophe disoit qu’on choisissoit le mal quand on étoit las du bien.
Un homme affligé qu’on vouloit faire rire : — « On ne console l’affliction qu’en pleu- » rant. »
Une veuve résistant à ceux qui lui conseilloicnt de secondes noces : — « Mon mari vit » toujours dans mon cœur. »
On demandoit â une femme quel tqint. lui sembloit le plus beau : — « Celui de la pu- » deur. »
Un ancien disoit des richesses: — « Il en » coûte peu pour en amasser beaucoup , et » beaucoup pour en amasser peu. »
Papinien résistant à un empereur qui le vouloit contraindre à défendre un homme justement accusé de parricide : — « C’est un » crime plus facile a commettre qu’à justifier. » Un philosophe à qui l’on demandoit si l’on aimoit pour jouir : — « Si ce n’est pour cela , » ce n’est pas sans cela. »
Un autre à qui l’on demandoit s’il n’avoit point de défaut : — « Ce n’est pas à moi qu’il » faut le demander. »
La multitude des lois, a-t-on dit, est un signe de corruption dans l’Etat.
La femme de Phocion voyant qu’on s’étonnoit de la simplicité de ses habils : — « Mon » mari me tient lieu de parure. »
« Dans le conseil , disoit un homme d’Etat, » il faut moins considérer ce qu’on doit faire » que ce qu’on peut faire. »
Un prince foible ayant succédé à un tyran ; — - « Si c’est, dit-on, un fléau qu’un maître » souverain qui ne permet rien , ce n’en est » pas un moindre qu’un maître qui permet tout. «
Apophthegmes plaisans (i).
Un homme se plaignant à Philippe d’étre appelé traître par les Macédoniens , et le reproche étant mérité, « Ce sont, dit le prince , » des gens si grossiers qu’ils appellent les » choses par leur nom. »
S y ll A donnant une récompense à un poëte qui lui adressoit de méchans vers : — « A con- » dition que tu ne m’en feras plus, »
(i) 11 en est quelques uns qui sont en même temps philosophiques , ou même plus philosophiques qu’ils ne sont plaisans.
On dit à Cicéron qu’un méchant homme
étoit mort. Apprenant le contraire : — « Peste » soit des menteurs ! »
Un jurisconsulte ignorant, interrogé comme témoin , répondit qu’il ne savoit rien. — « Tu crois peut-être qu’on te parle du droit? » Métellus (dont la mère étoit fort galante), voulant reprocher sa naissance à l’orateur romain, lui demanda qui étoit son père. — « Il te » seroit, répondit Cicéron, plus difficile de » dire qui est le tien. »
Quelqu’un s’étant retiré dit camp de César sans emmener son cheval . — « Il en a eu plus de » soin que de lui-même. » ( Cicéron jugeoit le parti de César le plus fort. )
On lui reprocha au camp de Pompée d’y être venu bien tard. — « Mais il n’y a encore rien » de prêt. » (Il pressentait la journée de Pharsale. )
Pompée ayant donné le droit de bourgeoisie à un Gaulois : « Il donne Rome aux étran- » gers , dit Cicéron , et ne la peut rendre aux » Romains. »
Son gendre , qui étoit fort petit , portant une longue épée : — « Il est pendu à son épée. » Voyant un grand buste de son frère dont la taille étoit aussi fort courte : — « La moitié
» de mon frère est plus grande que le tout, » Quelqu’un se supposant plus jeune qu’il n’étoit : — « Quand nous avons étudié en» » semble, tu n’étois donc pas né? »
Une femme ne se donnoit que trente ans , quoiqu’elle en eût beaucoup plus : — « Il y a » trente ans qu’elle le dit. »
Héliogabale , faisant une dépense excèssive avant d’être parvenu à l’empire , répondit aux remontrances qu’on lui fit à ce sujet : « Je » veux être héritier de moi -même. » (C’est ce qu’on peut dire des prodigues et de ceux qui sans nécessité mettent leurs biens à fonds perdus.)
Léonidas dit à ses soldats qui dînoient : « Hâtez-vous ; car nous devons souper dans » l’autre monde. »
Un mari surprenant avec sa femme , qui éloit fort laide , un galant qui le remplaçoit : « Quoi ! sans y être obligé ? »
Anacharsis, embarqué sur un vaisseau dont la cale n’avoit que quatre doigts d’épaisseur : « Nous sommes à quatre doigts de la mort. » Denys le tyran ayant donné â àristippe le choix de trois courtisanes , le philosophe dit que Paris s’étoit mal trouvé du sien , et les garda toutes trois.
Une courtisane enceinte lui attribua son accident. « C’est comme si elle tomboit sur un » fagot d’épines , dit-il , et qu’elle crût pou- » voir désigner celle qui l’auroit piquée. » Diogène entendant une lecture ennuyeuse, et voyant la fin du manuscrit , s’écria : « Enfin » je vois terre. »
Voyant un bain malpropre : « Où se baigne» » t-on en sortant d’ici ? »
Aux habitans d’une petite ville qui avoit de très-grandes portes : « Fermez-les bien, de » crainte que votre ville ne s’en aille. »
On disoit d’un homme d’esprit, dont le corps étoit difforme : « Son esprit est mal » logé, »
Un Romain très-distingué voyant un étranger, qui lui ressembloit singulièrement, lui demanda si sa mère n’étoit jamais venue à Rome. — « Non, mais mon père très-souvent. » Une jeune personne éperdument aimée fit emporter par plaisanterie de chez son amant une partie de la vaisselle qui étoit sur le buffet. Les spectateurs en étant scandalisés, « Il faut, « dit le maître de la maison , la remercier de » ce qu’elle a laissé, car il ne tenoit qu’à elle » de tout prendre. »
On se plaignoit à un capitaine de quelque
soustraction commise par ses soldats : il demanda s’ils avoient laissé quelque chose. — « Oui. » — « Ce ne sont donc pas mes soldats ; » ils eussent tout pris. »
Phryné prétendant qu’on devoit l’aimer, quoiqu’elle fût loin d’étre encore jeune, ajoutoit : « On boit le bon vin jusqu’à la lie. »
Des militaires reprochoient à un général sa fuite dans une bataille. — « C’étoit pour ne » pas vous abandonner. »
Un homme, contraint par la maladie de suspendre ses débauches : « Je serois mort si » je n’eusse été malade. »
Un autre feignant de louer un médecin trop hardi : « Il ne fait pas languir ses malades. » Un peintre se glorifioit de peindre fort vite. Apelle lui répondit : « On le voit bien. »
AVIS
Pour qu’on pût lire avec quelque fruit ce que j’ai de nouveau écrit sur la funeste révolution de 1789, il m’a semblé nécessaire de combattre succinctement les pernicieuses doctrines dont on s’efforce d’infecter les esprits, d’établir par l’autorité de tout ce que les temps anciens et modernes ont de plus respectable, que la chimère de l’égalité des conditions, et la démocratie qui n’est pas resserrée dans lesbornes les plus étroites, sont les plus terribles fléaux qui aient ravagé la terre. Cette préface, ou introduction d’une espèce particulière , est donc un préservatif contre le système démagogique que ses propagateurs appellent libéral ; c’est un petit manuel royaliste.
Ce manuel a pour but de rectifier des idées fausses sur des points très-importans ; notamment celles de la jeunesse, qu’on flatte pour la corrompre et l’égarer.
Il y a neuf ans , tout le monde , à peu près ,
renioit ou abjuroit la révolution. Les Bourbons furent accueillis avec enthousiasme. Bientôt survint un ordre de choses tel que ceux qui en étoient les témoins avoient peine à le croire ; peu après la seconde restauration, la fidélité envers le monarque devint un objet de raillerie , et quelquefois une cause d’oppression. Il falloit une sorte de courage pour s’avouer royaliste.
Sous un roi juste et sage , ce désordre ne pouvoit qu’être passager. Il n’existe plus. Tout tend à faire prendre une autre direction à l’esprit public.
On ne cherche point à rétablir ce qui a été pour jamais détruit. Des hommes sensés ne tentent pas l’impossible. On n’entreprend point de faire rétrograder les torrens , mais de les contenir ou d’en diriger le cours. La révolution est un mal incurable, qu’il faut souffrir avec résignation, en tâchant d’en arrêter les progrès. C’est l’objet de la préface et de l’ouvrage.