CHAPITRE XIX
Oulre ces qualités essentielles à toute espèce d’écrits, les différents genres exigent chacun des qualités spéciales, que nous nommons qualités accidentelles du style.
En général , par exemple , tout livre qui traite d’intéréts sérieux et grands demande la gravité du ton. Une simplicité noble est le principal caractère du style grave. 11 faut y éviter la froideur et la monotonie, et ne pas l’exagérer surtout dans les sujets qui ne l’exigent pas absolument.
La noblesse, qualité relative et qui se modifie beaucoup selon les circonstances, consiste à n’employer que les termes les plus généraux et les tournures les plus polies et les plus dignes.
A mesure que le sujet s’élève, on peut arriver à la richesse et à la magnificence :
La richesse qui ajoute à la noblesse l’éclat des images, l’abondance des ornements, le nombre de la phrase, ou qui encore renferme sous peu tle mots des idées fécondes ;
La magnificence qui est la grandeur dans la richesse.
La passion, la spontanéité, le besoin d’entraîner demandent Y énergie et la véhémence.
V énergie se produit, quelquefois en développant, plus souvent en condensant le sentiment ou la pensée. Elle résulte parfois du contraste des idées ou delà hardiesse des images.
La véhémence dépend moins de la force de l’expression que de la vivacité et de la variété du tour et du mouvement de la phrase.
Portées à l’excès, la gravité et la noblesse deviennent de la raideur ; la richesse et la magnificence de Y enflure; l’énergie, de la dureté ; la véhémence, de la déclamation.
La plus grande hauteur de pensée et de style constitue le sublime, qui est en dehors des préceptes de l’art, et qu’on peut définir, en littérature, l’expression vraie de tout sentiment et de toute idée qui élève l’homme au-dessus de luimëmc.