‹ De la rhétorique ou de la composition oratoire et littéraireChapitre 67 sur 70 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

Toutes les figures dont on vient de parler rapprochent des idées semblables. L 'antiphrase mène à l 'antithèse qui rapproche des idées opposées.

L’emploi de l’antithèse est très-fréquent et irréprochable en une foule d’occasions. Seulement il n’en faut pas abuser. On en distingue diverses espèces :

La réversion qui fait revenir les mots sur eux-mêmes dans deux propositions successives et opposées l’une à l’autre ;

L'enthymémisme qui rapproche vivement les deux membres d’un enthymème ou syllogisme tronqué ;

Le parodoxisme, antithèse d’idées formulée à l’aide d’une alliance de mots qui semblent s’cxclurc mutuellement.

Il y a aussi dans l’expression des idées une autre sorte

UE LA nUÉTORIQCE.

d’opposition qu’on pourrait appeler antithèse interne, et qui a lieu, lorsqu’on dit le contraire de ce qu’on pense, ou qu’on prétend ne pas dire ce que l’on dit réellement. Voici ces formes d’antithèses :

V ironie, quand on loue en apparence ce qu’on blâme en réalité.

L’épitrope, quand on conseille le contraire de ce qu’on veut.

L’astéisme, quand on loue réellement en paraissant blâmer.

La prètérition, quand on énonce les idées en disant qu’on n’en parlera pas.

La correction, la rétroaction , Yépanorthose, où l’on feint de se laisser aller trop loin, et où l’on revient à dessein sur ce que l’on a dit.

La concession, la préoccupation, la prolepse, où l’on a l’air d’admettre les objections, pour reprendre bientôt l’avantage.

La communication, où l’on parait entrer dans l’opinion de l’adversaire, pour le rameuer à scs propres idées.

La délibération, où l’on semble remettre en question ce que l’on a décidé.

L’interrogation , où l’on s’enquiert de ce que l’on sait fort bien.

La subjection, où, après avoir fait la demande, on fait la réponse, au lieu de l’attendre.

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