CHAP. XXVI. — DES FIGURES. 40Ü
l'interrogation. Mais quanti plus tard Clytemncslrc le presse de ces questions redoublées :
Pourquoi feindre à nos yeux une fausse tristesse ?
Pensez-vous par des pleurs prouver votre tendresse ?
Où sont-ils ees combats que vous avez rendus ?
Quels Ilots de sang pour clic avez-vous répandus?
Quel débris parle ici de votre résistance ?
Quel champ couvert de morts me condamne au silence ?
ligure alors ; car toute celte tristesse d’Agamcninon n’est dans la pensée de Clytemncslrc qu’une odieuse hypocrisie; clic sait fort bien qu’il n’y a eu ni combats , ni flots de sang, ni débris, ni champs couverts de morts, et qu’il n’y a point de réponse possible à ses questions.
Il y a figure quand Massillon, dans le Sermon sur le petit nombre des élus, interroge et répond en même temps, tout en conservant la forme interrogative : « Quelle est , selon l’Écriture, la voie qui conduit à la mort ? n’cst-cc pas celle où marche le plus grand nombre? Quel est le parti des réprouvés? n’est-ec pas celui de la multitude? » Assurément, c’est comme s’il disait : la voie où marche le plus grand nombre conduit à la mort , le parti de la multitude est celui des réprouvés. Mais cette incertitude apparente sur ce qu’il sait mieux que personne, cette modestie feinte avec laquelle il semble vouloir s’éclairer des lumières de son auditoire, et se faire un d’eux pour prévenir leurs objections, tout cela donne au discours une tout autre énergie que s’il se contentait de la simple affirmation.
Il y a double, triple ligure, interrogation , communication , délibération, prétêiition , dans Boileau , lorsque déterminé à décrire le ridicule accoutrement de la femme avare, et le décrivant en effet, il a l'air d'affirmer qu’il ne le fera pas , tout en demandant à son lecteur s’il doit le faire :
Décrirai-je scs bas en trente endroits percés,
Scs souliers grimaçants vingt fois rapetassés ?
Teindrai-je son jupon bigarré de latin... ? etc.
DE LA nUÉTORIQUE.
Un seul exemple de chacune de ces figures en fera mieux apprécier la nature que toute dissertation.
Énonciation simple.
Pendant la nuit de la Saint-Barthclemy on n’entendit que le tumulte et les cris, le sang ruisselait de tous côtes dans Paris ; on trouvaille (ils assassine sur le corps de son père, le frère mort avec la sœur et la fille avec sa mère.
J’avais un fils que j’aimais plus que ma vie; on me l’a dérobé, plaignez mon infortune.
Les voyageurs etrangers insultent Rome, et les Romains, au lieu de s’indigner d’un affront si sanglant, sourient au barbare , lui vendent leur soleil qu'il aime. Loin de rougir, ils brigucut une frivole gloire, et triomphent de ce qu’on chante encore aux pieds du Capitole , et de ce que, à la place du fer de leurs ancêtres, la lyre et le pinceau chargent leurs faibles mains.
J'ai beaucoup à vous dire contre les meurtriers de César, dit Antoine ou peuple romain; ils prétendent que c’est pourservir l’Etat qu’ils ont percé le flanc de votre dictateur, et que, malgré les bienfaits dout il les avait comblés, ils se sont teints de son sang. Mais César n’était coupable d’aucun crime qui pût forcer des Romains à ce coup détestable. En effet, il n’a jamais appesanti son pouvoir sur vous,
Énonciation figurée.
Prêtèrilion :
Je ne vous peindrai point le tumulte et les cris , Le sang de tous côtés ruisselant dans Paris;
Le Gis assassiné sur le corps de son père,
Le frère avec la sœur, la fille avec sa mère. . .
Volt ai as, Henriade.
Correction , rétroaction , épanorthote :
J'aimais un fils pins que ma vie.
Je n'ai que lui ; que dis-je ? hélas ! je ne l'ai plus ! On me l'a dérobé, plaignes mon infortune.
La Fostaisc, Fable a, IX, 1.
Et tu souffres sans bonté un affront si sanglant ! Que dis-je? tu souris au barbare insolent !
Vu lui vends les rayons de ton astre qu'il aime !... Rougis !... mais non : briguant une gloire frivole. Triomphe! on chante encore au pied du Capitole! A la place du fer, ce sceptre des Romains,
La lyre et le pinceau chargent tes faibles mains... Lauastisb, Pèlerinage d'Harold , 13.
Concession, préoccupation, prolepsc :
Contre ses meurtriers je n*ai rien k vous dire; C'est & servir I Étal que leur grand cœur aspirr.
De votre dictateur ils ont perré le flanc;
Comblés de ses bienfaits, ils sont teints de «on sang. Pour forcer des Romains à ce coup détestable,
Sans doute, il fallait bien que César fût coupable.
Je le crois. Mais enfin César a-t-il jamais De son pouvoir sur vous appesanti le fais?
A-t-il gardé pour lui le fruit de ses conquêtes ?
Des dépouilles du monde il couronnait vos tètes. . Eté., etc.
Lisez le discours jusqu’à la fin, cl la conclusion sera; Donc César n'étail pas coupable.
Cil AP. XXVI. — DES FIGURES.
il n'a pas garde pour lui le fruit de ses conquêtes, il couronnait vos têtes des dépouilles du monde, etc. , etc.
Si Jésus-Christ paraissait dans ce temple pour vous juger, je suis bien persuadé que le plus grand nombre de ceux qui m'écoutent ne serait pas placé à la droite. . . Dieu seul sait ceux qui lui appartiennent, mais si personne ne connaît ceux qui appartiennentà Dieu, tout le monde sait du moins que les pécheurs ne lui appartiennent pas.
Ce n'est qu'eu faisant des heureux que les grands peuvent être heureux eux-mêmes, car toutes les autres jouissances qu'ils croiraient pouvoir retirer de leurs grandeurs sont toujours accompagnées de maux ou d'incnnvénientsqui changent en tourments les plaisirs qu'ils espéraient.
et loin de n’avoir rien à dire contre ses meurtriers, je dis qu'ils sont d'infâmes assassins.
Voltaiib, la Mort de Char, acl. V.
Communication :
Or, je vous le demande, et je vous le demande avec terreur, ne séparant pas en ce point mon sort du vôtre, et me mettant dans la même disposition où je souhaite que vous entriez, si Jésus-Christ paraissait dans ce temple pour nous juger , croyez-vous que le plus grand nombre de tout ce que nous sommes ici fût placé à sa droite?... Je vous le demande ; vous l’ignorez et je l'ignore moimême. Vous seul, ô mon Dieu, connaissez ceux qui vous appartiennent. Mais si nous ne connaissons pas ceux qui lui appartiennent, nous savons du moins que les pécheurs ne lui appartiennent pas.
• MissiLLOs, I)u petit nombre des élus.
Communication , deliberation } interrogation , subjection, ajoutant un intérêt plus vif au lieu énumération des parties :
Mais quel usage plus doux et plus flatteur, mes frères, pourriez-vous faire de votre élcvutiou et de votre opulence? Vous attirer des hommages? Mais l'orgueil lui-même s'en lasse. Commander aux hommes , et leur donner des lois? Mais ce sont là les soins de l'autorité, ce n'eu est pas le plaisir. Voir autour de vous multiplier à l'infini vos serviteurs et vos esclaves? Mais ce sont des témoins qui vous embarrassent et vous gênent, plutôt qu’une pompe qui vous décore. Habiter des palais somptueux ? Mais vous édifiez, dit Job, des solitudes, où les soucis et les noirs chagrins viennent bientôt habiter avec vous. Y rassembler tous les plaisirs? Ils peuvent remplir ces vastes édifices, mais ils laisseront toujours votre cœur vide... etc.
Ma&silio», Petit Carême.
Interrogation, subjcctiun ;
Il est bien certain que tout écrivain veut mériter l'amour du public et éviter la censure; ch bien, pour y parvenir, il doit varier sans cesse ses discours, et être lui-même un critique sévère de scs propres ouvrages.
Assurément, l’inccndic de Home cl de l’Italie me font mépriser Sylla, et puisque j’abhorre Attila, je n’admirerai pas Alexandre.
Voulcz-vous du public mériter les amours ?
San* cesse en écrivant variez vos discours. . . Craignez-vous pour vos vers la censure publique Soyez-vous A vous-même un sévère critique.
Bousac. Art poil.
Quoi ! Home et Wtalie en cendre Me feront honorer Sylla ?
J'admirerai dans Alexandre Ce que j abhorre en Attila?
J.-B Itotssiar, Ode à la fortune.