‹ De la rhétorique, ou, De la composition oratoire et littéraireChapitre 99 sur 147 · CHAI'. XXVI. — DES F1UIIES · texte numérisé non relu

CHAI'. XXVI. — DES F1UIIES

cl ne s’admct d’ailleurs que dans les ouvrages légers. On l’appelle asléistne. Ainsi ces paroles du Lutrin où la Mollesse, en regrettant I’Iicureux siècle des rois fainéants , fait le plus bel éloge de la triomphante activité de Louis XIV; ainsi plusieurs passages du même Boileau dans ses Épitrcs au roi,

Grand roi, cesse de vaincre, ou je cesse d’écrire, etc.

qui rappellent la lettre de Voiture au duc d’Lnghien , après la bataille de Rocroi ' . C’est la I Al", qui n’est qu’un long astéisme du premier mot au dernier.

J’ai dit qu’il y a beaucoup d’autres formes où la pensée contraste avec la parole. Ici l’on affirme ou l’on rappelle certaines idées, certains faits, tout en disant qu’on les passera sous silence , prétention; là , on feint de s’étre laissé emporter à la passion, ou d’avoir mal apprécié les choses, et l’on revient à dessein sur ce que l’on a dit pour le fortifier, l’adoucir, le rétracter même et produire ainsi plus d’effet, correction, rétroaction, épanorthose; on a l’air tantôt d’admettre jusqu’à un certain point les objections de l’adversaire et de reculer devant lui , pour reprendre bientôt après ou s’assurer immédiatement un avantage décisif, concession, préoccupation, prolepse; tantôt de le consulter , d’entrer dans son opinion , de partager ses erreurs, afin de l’amener moins péniblement à l’aveu ou au repentir , communication ; plus loin , on semble mettre en question ce que l’on a déjà irrévocablement décidé , délibération ; ou encore s’enquérir de ce que l’on sait fort bien ,

1 Bcauzée et ensuite M. Fontnnier citent cette lettre comme écrite par Voiture au prince Eugène. Ce peut être une simple inadvertance ; mais peut-être aussi cela tient-il à un genre d’erreurs trop commun dans les livres tels que celui-ci, qui obligent à un grand nombre de citations. On répète ce qu’ont dit les écrivains précédents, sans vérifier.

UE U lUlKTOBlQliE.

interrogation ; si bien même que souvent, nprès avoir fait la demande, on fait la réponse, au lieu de l’attendre, subjeelion.

Analysez toutes ces figures , et vous conclurez que toutes se rattachent à l'ironie, en ce sens que l’idée exprimée n’y est pas à elle-même son but , et qu’il n’en est aucune à laquelle ne puisse s’appliquer le mol fameux de Tallcyrand : « la parole a été donnée à l’homme pour déguiser sa pensée. >• Ne perdez pas île vue ce caractère de double entente; c’est lui qui justifie non-seulement le rang que j’assigne à ces formes du discours, mais le nom même de figures que je leur donne. En effet, que la concession , par exemple, soit réelle, que vous compreniez vous-même et confessiez votre erreur , ou encore que vous soyez positivement incertain et ne sachiez en vérité quel parti prendre, il n’y a plus figure. L’expression d’un aveu ou d’une hésitation de bonne foi n’est pas plus une figure que celle d’un conseil, d’unedemande, d’une plainte, d’un éloge, d'un remerciaient, en un mot de tous les sentiments et de toutes les opinions humaines '.

Autres exemples : Agamemnon, déplorant le coup fatal qui frappe Iphigénie , est interrogé tour à tour par Areas et par Clylemnestrc. Areas, éveillé par son roi , lui demande quel besoin lui a fait devancer l'aurore, quels malheurs lui arrachent les larmes qu’H verse, s’il pleure Clytcmneslrc ou bien Iphigénie. Areas interroge parce que réellement il ignore : point de ligure, emploi forcé de la formule usitée en français pour

1 Et c’est pourquoi, nprès avoir retranché des figures toutes les variétés de la description, j’en retranche encore, comme l'avait déjà fait SI. Fonlanier. la comminatiorij l'imprécation , Voptalion , la déprécation , le serment, la dubitation, In licence, en un mot toutes les formes consacrées pour exprimer an sentiment réel. Soyez maudit , le ciel vous confonde, est une imprécation sans doute, mais n’est pas plus une figure que la formule interrogative . Comment vous fortez-vous?

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