‹ De la rhétorique, ou, De la composition oratoire et littéraireChapitre 107 sur 147 · CIIAP. XXVIII. DES FIGURES · texte numérisé non relu

CIIAP. XXVIII. DES FIGURES

constructions est tout aussi naturelle que l’autre , et que tout dépend du génie de la langue ; Dumarsais et l’Encyclopédie étaient dun avis contraire; et la raison, ce me semble, est pour eux, comme l’autorité.

Remarquez en effet. Tant que la pensée reste dans l'esprit à l’état de simple concept, elle est une et indivise, elle forme un tout qui n’a point de parties et n’en a pas besoin ; mais aussitôt qu'on veut la manifester à l'extérieur par la parole, il est bien évident qu’on ne le peut sans la diviser pour en présenter successivement les divers membres. C'est en ce sens qu’on a appelé les langues des méthodes analytiques. Or croyezvous que cette succession de parties puisse être arbitraire , au moins dans ses principaux éléments? En dépit des axiomes de lecole : Prias est esse qmm sic esse, prias est esse quam operari, admettez-vous une qualité ou un acte dans un sujet, sans avoir élé instruit d’abord de l’existence de ce sujet? L’idée de l’acte n’évoquera-t-cllc pas naturellement , quand il est transitif, celle de 1 objet qui en est affecté? La cause ne prccéderat-dle pas l’effet? et, par conséquent, ne faudra-t-il pas mettre nécessairement le sujet avant le verbe, le verbe avant son régime, l’antécédent avant son conséquent ? Telle sera en effet la suite forcée des mots dans les langues où leur succession peut seule faire apprécier leurs relations logiques. Il est sans doute des idiomes où l'on est libre de renverser cet ordre ; mais alors on doit le remplacer en indiquant les rapports par des inflexions ou désinences qui modifient les vocables euxmèmes. Et comment déterminer ces désinences, si l’esprit n'a préalablement arrêté les relations entre les idées dans l’ordre que je viens d’énoncer ■ ?

de l'Art d’écrire, où il établit beaucoup mieux, à mon gré, la théorie de to construction.

1 II y a plus; les esprits sévères ont voulu conserver cet ordre nature?,

DE I.A RIIËTOIIIQI’E.

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Rappelez-vous la fameuse phrase de M. Jourdain : « Belle marquise, vos beaux yeux me font mourir d’amour. » Le niaitrede philosophie, après avoir retourné cetle phrase de quatre ou cinq façons, lui dit bien que de toutes ces façons la meilleure est celle qu’il a employée tout du premier coup ; mais il ne lui dit pas pourquoi (KK). Or, ce pourquoi, c’est évidemment que, ne pouvant exprimer par des variétés de terminaisons la variété des rapports logiques qui lient ces mots entre eux , il a dù le faire en les plaçant dans une succession régulière ; c’est qu'il lui a fallu indiquer l’existence des yeux avant leur action, puis leur action en général avant le sens spécial dans lequel elle devait être comprise ici. Cette construction, que l’on a nommée construction simple, naturelle, nécessaire, significative, énonciative, préexiste dans l’esprit comme fondement de toutes les autres, aussi bien dans les langues synthétiques ou transpositives , que dans les langues analytiques ou analogues. Elle rend plus sensibles que toute autre les rapports mutuels des mots, image de la relation des idées que ces mots expriment. « C’est d'elle seule, dit avec raison l’Encyclopédie, que les autres constructions empruntent la propriété quelles ont de signifier, au point que si la construction nécessaire ne pouvait pas se retrouver dans les autres sortes d énonciations , celles-ci n’exciteraient aucun sens dans

même dans les langues synthétiques ou transpositives. C’est à eux que s’adresse Quintilien au livre IX: « Cependant je n’approuve pas, dit-il, le scrupule de ceux qui veulent que le nom marche toujours avant le verbe, le verbe avant l’adverbe, le substantif avant l'adjectif et le pronom; car souvent le contraire a beaucoup de grâce. » Les Latins croyaient donc aussi à l’ordre naturel ; s’ils s’en écartaient, ce n’était point par raison, mais pour ajouter de la grâce au discours ; et de ceux-là du moins l’on ne peut dire ce que l’on a dit des rhéteurs modernes qui partagent notre opinion, qu’ils sont entraînés par l’habitude de la construction française.

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