‹ De la rhétorique, ou, De la composition oratoire et littéraireChapitre 11 sur 147 · OU CHOIX OU SUJET · texte numérisé non relu

OU CHOIX OU SUJET

Combien le choix du sujet est important. Réfutation «les sophismes récents sur cette matière. — Que le sujet doit être moral cl intéressant ; dans quel sens il faut comprendre ces deux mots. — Qu’il doit être fécond, proportionné aux facultés de l’écrivain, au genre choisi pour le traiter, et, enfin, prêter à la grilcc ou à l’énergie du style.

Le sujet csl donné par les circonstances, on l'écrivain le lire de son propre fonds.

Dans le premier cas, c’est une nécessité qu'il faut subir; il ne reste plus qu’à le traiter dignement.

Dans le second, vous êtes libre, et alors le choix est-il indifférent? Assurément, répondent quelques auteurs de notre siècle. >« Nous ne reconnaissons pas à la critique, disent-ils ', le droit tle questionner l’écrivain sur sa fantaisie, et de lui demander pourquoi il a choisi tel sujet, broyé telle couleur, cueilli à tel arbre, puisé à telle source. L’ouvrage est-il bon ou est-il mauvais? Voilà tout le domaine de la critique. Du reste, ni louanges, ni reproches pour les couleurs employées.

1 Victor IIcjo. Préface des Orientâtes.

CIUP. V. — Ut- CHOIX Dl‘ SUJET. îi 1

mais seulement pour la façon dont elles sont employées. A voir les choses d’un peu haut, il n’y a ni bons ni mauvais sujets, mois de bons et de mauvais écrivains. D'ailleurs, tout est sujet, tout relève de l’art. Ne nous enquérons donc pas du motif qui vous a fait prendre ce sujet triste ou gai , horrible ou gracieux, éclatant ou sombre, étrange ou simple, plutôt que cet autre. Examinons comment vous avez travaillé, non sur quoi et pourquoi. »

Nous ne saurions admettre cette théorie ; nous ne songerions pas même à la réfuter, si nous ne pensions que, soutenue par l’autorité de quelques hommes d’un mérite réel, elle peut égarer les jeunes gens dont elle (latte les caprices et l’irréflexion.

Non, la question du choix du sujet n’est pas interdite à la critique. Lorsque le génie peut élever et épurer nos èmes, nous faire airner la vertu, la gloire, la patrie, la liberté, il serait défendu de lui demander pourquoi il se gaspille lui-méme dans des sujets insignifiants, ou se prostitue à des sujets ignobles ! Le talent n'est-il pas le bloc de marbre entre les mains du statuaire? Depuis quand n'a-l-on plus le droit d’interroger le statuaire sur la fantaisie qui lui fait tirer de ce marbre si blanc et si pur un vase, par exemple, quelque admirable qu’en soit le travail, plutôt que la tctc de Jupiter? Avant que l'écrivain mette la main «à l’œuvre , ne se rappelle-t-il pas le monologue du sculpteur :

Qu’en fera, dit-il, mon ciseau ?

Sera-t-il Dieu , table ou cuvette ?

Et celui qui répond : « 11 sera cuvette ou table » , a-t-il, tout mérite d’exécution ù part, les mêmes droits à notre estime et à notre admiration que l'homme qui, sentant la haute mission de l’artiste, s’écrie :

Il sera Dieu ! même je veux

Qu’il ait dans sa main le tonnerre...?

DE I.A niltlTOMQEE.

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