CH AP> XXIX. — CONCLUSION
au cerveau des lauréats et les étourdissent à tout jamais. Examinez ceux qui se sont acquis depuis un quart de siècle un nom littéraire , et même artistique , et vous remarquerez que le plus souvent leur premier succès a été le signal d’une décadence progressive. Ils entraient bravement en licc, leur premier assaut était hardi et vigoureux; mais le cirque a applaudi trop fort et trop longtemps, et la tète leur a tourné ; ils ont voulu redoubler, et comme leur corps n’était pas assez endurci, ni leur pied assez affermi par l’exercice , nous les avons vus bientôt plier et défaillir. C’était le contraire aux deux siècles précédents.
EnGn, surtout et avant tout, les événements actuels gâtent la jeunesse. D'abord elle sent, comme nous, ce besoin de hàtiveté pour toutes les productions de l’intelligence, que je viens de constater, qui nous excuse peut-être, nous à qui le temps n'appartient plus, mais non pas elle, à qui il appartient. Ensuite elle voit la fortune des révolutions littéraires, comme celle des révolutions politiques , élever parfois d’un tour de roue des héros imberbes qui ne semblaient, ni par le génie, ni par le travail , mériter mieux que tant d’autres scs faveurs ; chacun dès lors réclame aussi pour soi les bénéfices de cet heureux hasard, chacun se croit aussi le droit d'ètrc porté au faite sans peine et sans effort , et de ceux qui ne peuvent dès les premiers pas gravir la montée ou percer la foule, les uns se découragent et s’asseient nonchalamment aux bords de la route, les autres maudissent l'humanité et se jettent dans le désespoir, les derniers enfin, médiocrités vaniteuses, se consolent en appelant leur siècle ingrat et leur génie incompris.
Il est temps d’y songer sérieusement.
Assurément je ne m’inscris pas en faux contre la doctrine du progrès humanitaire , mais je pense que la voie en est longue, embarrassée, sinueuse, se dérobant parfois à notre vue bornée ; je pense qu'à chaqueépoque l'humanité avance, recule, s’arrête avant de reprendre sa course, d’après une loi générale,