DG LA RHÉTORIQUE
que j’ai désignée ailleurs ‘ par les noms d’action , de réaction et de transaction.
Si cette opinion est fondée, l’examen attentif des idées et des faits présents peut faire croire que la jeunesse actuelle est destinée à assister à une période que j’appellerais la réaction de la raison.
En dépit donc des séductions et des sophismes qui l'attirent, qu’elle se prépare à cet avenir par des études graves et substantielles; quelle soit bien convaincue qu’à l'exception de quelques natures éminemment privilégiées, et l’on sait combien elles sont rares, le travail est indispensable à tous; qu'à l’exception dequclques natures complètement déshéritées, et le nombre en est peut-être moindre encore, le travail est facile et fructueux pour tous, sous deux conditions, la volonté et la méthode. Par la volonté, on fait beaucoup; par la méthode, on fait bien.
Jeunes gens, vous surtout à qui s'adresse spécialement ce livre, vous qu’attendent les carrières de l’intelligence, écrivains et orateurs de l'avenir , croyez au travail , à sa nécessité , à sa puissance, aux prodiges qu’il a opérés dans tous les siècles, et qu’il doit opérer encore. Il en est de la rhétorique comme de la morale, le premier pas vers la pratique du bien, c'est la foi au bien, brevis est institutio ritœ honestœ beatæque , si credas. Celle foi au travail vous rendra avares de ce trésor de votre âge, que vous croyez inépuisable et qui s’épuise si vite, le temps. Elle soutiendra votre courage, elle ranimera vos défaillances, elle vous montrera un but que vous ne perdrez plus de vue dès que vous serez convaincus qu’on peut l’atteindre ; qui croit , espère ; liabenda fuies est vel in hoc ut, qui crcdiderit, et sperct. Et quand enfin, éclairés par la théorie et fortifiés par la pratitique, vous arriverez à la vie active et militante, ne faites pas
1 11 ittoire de In littérature franc aine, tome II, page 220.
CUiiP. XXIX. — CONCLUSION.
alors île vos études métier et marchandise, que la plume et la parole ne soient jamais pour vous un instrument d'échange et de commerce, ou une arme d’ambition, de cupidité et d'égoïsme. Faites-vous une plus haute idée de la mission de l’écrivain et de l’orateur. Je ne vous dis pas assurément de dédaigner les avantages matériels et positifs du talent; la fortune et les honneurs qu’atteignent si souvent l’intrigue, le savoir faire, la médiocrité étroite et tenace , doivent à plus forte raison être le prix de l'intelligence loyale et laborieuse. Mais acceptez-les , ne les cherchez pas ; ne courez pas à eux , ils viendront à vous; qu’ils soient dans votre vie un accident, prévu, naturel, mais un accident, jamais le but. IVécrivez, ne parlez que par amour de l’art . par amour du vrai , par amour de vos semblables. Sans doute, les préceptes formulés dans ce livre et les exercices qu’il recommande sont indispensables à l’écrivain , mais comme préparation ; une fois à l’œuvre, c’est à ce triple 8mour qu’il doit demander l’inspiration , c’est de lui seul que viennent les grandes pensées et les dignes paroles , c’est lui seul qui donne la solide gloire et les palmes toujours \ivantc3. Foi au travail , espoir du succès, amour de l’idéal, de la vérité, de l’humanité; la doctrine littéraire, comme la doctrine religieuse, se résume dans ces trois mots : foi, espoir et amour.
cso
NOTES
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Note A.