Chapitre II, page
Nous prononçons et nous écrivons étroit, étroite. Lafontaine, à la façon des radines italianisants du seizième siècle , prononçait probablement, êtrette, strette, et de là ces vers :
La nation des belettes,
Non plus que celle des chats.
Ne veut aucun bien aux rats.
Et sans les portes étrette»
De leurs habitations, etc.
Pour bien apprécier ce qui résulterait d’une réforme radicale de l’orthographe, examinons seulement les conséquences du dernier vœu exprimé par Port-Royal , « que le même son ne fut jamais marqué par différentes figures. » Voici une série de syllabes formant toutes le même son : ô, oh, au, aux, eau, eaux, aulx, ot, ots, op, hau, aut, auts, et j’en omets beaucoup. Croit-on que si l’on représentait ce son toujours le même par la seule figure o, les inconvénients d’une telle innovation n’en balanceraient pas les avantages? Y aurait-il progrès réel à écrire les oazo pour les oiseaux ? o Ion a mi tro to les chevos o tro, pour : oh ! l'on a mis trop tôt les chevaux au trot ? Y aurait-il progrès à supprimer ou à conserver le pluriel dans l’écriture, selon qu’il se prononce ou ne se prononce pas? il aimera, pluriel: ils aimeront , mais il mange, pluriel : il mange, et non pas ils mangent, parce que ces signes du pluriel s, nt ne se font sentir en aucune manière dans la prononciation. Et puis, distinguez donc par des signes divers
NOTES
les trois sons suivants que toute oreille exercée distinguera cependant dans la prononciation : « Je bois dans les bois , sans craindre les boas ! »
Voltaire, ou plutôt Nicolas Berain , qui avait proposé celte innovation dès 1675, croyaient-ils réellement se rapprocher du son représenté par ès dans succès, par ai dans essai , en écrivant ils aimaient pour ils aimoient? il me semble que l’une des configurations de ce mot s’en éloigne à peu près autant que l’autre. Écrivez tems ou temps, enfants ou enfans, peu m’importe ; tant que vous ne serez pas arrivé à tan et anfan, vous n'aurez rien fait. «Peut-être, dit M. Andrieux, écrira-t-on un jour ome pour homme. « Cela est possible; mais pour être logique, le lendemain de ce jour, on écrira, comme ce soldat de la révolution, catrome pour quatre hommes, et le surlendemain, la langue française aura vécu.
Note ».