Chapitre III, page
Qu’on me permette d'en rappeler une seule, l'importance de ces études pour nos mœurs politiques, et de reproduire à cette occasion quelques mots du discours que j'ai prononcé sur le même sujet à la distribution des prix de l’Athénée royal de Bruxelles en 18Ô2 :
ii Quel contre-sens ! disait un Français de 1770, une éducation grecque à des Français, une éducation républicaine à des hommes nés pour vivre sous une monarchie ! Et ce Français parlait juste ; car certes un homme qui sort tout chaud de son Plutarque faisait une ridicule ligure dans les antichambres de Louis XV. Heureux contre-sens pourtant ! c’est à lui que nous devons peut-être en partie la révolution française cl ses immenses résultats ! Eh bien ! nous, Messieurs, nous acceptons le reproche, nous nous en saisissons comme d’un éloge. Oui, nous voulons apprendre à nos élèves que l’alliance est possible entre les formes monarchiques et les
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vertus républicaines; qu'une royauté née d une révolution nest pas incompatible avec la justice d’Aristide, le désintéressement d’Êpaminondas, la fermeté de Caton, le dévouement de Dec.us, la vie de Camille et la mort de Léonidas ! Nous voulons qu ils voient ces hommes chez eux, parlant et agissant dans leur langue et dans leurs mœurs, et non pas défigurés dans de pâles eop.es, rapetisses par des transformations mesquines et rétrécies.
„ Et nc croyez pas que ces sublimes contemplat.ons enlcvent les jeunes gens au positif de la vie actuelle et les fassent étrangers au milieu de leur siècle. Cicéron passa la moitié de sa vie sur les livres grecs; Caton nc crut pas que ses cheveux blancs lui permettaient de les ignorer; et cependant, cette étude n’empêcha pas, que je sache, l’un de combattre la corruption publique, 1 autre de
foudroyer Catilina.
« Que votre pcnsce, Messieurs, quitte un moment celte enceinte ; laissez-vous entraîner avec moi sous les frais et classiques ombrages de Cambridge et d’Oxford : c’est là que de futurs ministres se préparent, dans une éducation toute antique, à gouverner l'Angleterre, j’ai presque dit le monde entier. Les anciens furent l’étude et le délassement de ces hommes si modernes. La poésie grecque charmait les loisirs de Canning et de lord Châtain. Leurs discours sont semés de citations et d’imitations de l’antiquité. « \ ous savez, Mylords, disait Pitt, pour donner plus de force à un de scs arguments , vous savez que l’ctude a été mon goût favori , que j’ai beaucoup lu Thucydide et étudié les hommes d’Élnt de l’ancien monde , pour la solidité des raisonnements et pour la prudence
des résolutions. »
« C’est ainsi que ces esprits si éminemment positifs , et qu’on n’accusera certes pas d’avoir été des pédants ignorants de leur siècle, ou d’avoir eu du temps à perdre en études oiseuses, apprenaient cette hauteur de pensée, cette netteté de vue cl cette éloquence tout anglaise qui dominèrent le parlement. C’était encore ainsi que les anciens parlementaires de France, les Pasquier, les Dagucsseau, les de Thou, les de Mesme, préludaient à ce courage civil, plus difficile, plus rare que le courage militaire, et dont ils furent les plus parfaits modèles.
« F.t cc n’est pas seulement la tribune ou le barreau qui nous
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donnent ces grandes leçons. Des rives de lu Tuinise et de lu Seine, transportez-vous aux bords du llhin : entrez dans celte buraque militaire qu’environne tout le sunglunt désordre des combats. Quels sont ees jeunes gens, aux regards si iiers et si doux, qui se pressent autour d’une pâle et mélancolique figure? Oh ! contemplez avec moi les soldats de la république française, les soldats de la liberté, ces âmes pures et enthousiastes, que leurs ennemis peignaient comme de sauvages troupiers. Leur chef, c’est le brave Abbatucci ; vous distinguez dnns la foule ce jeune Foy, qui parlu plus tard comme alors il combattait. Que font-ils à celte heure avancée de la nuit? Quel est le délassement de leurs héroïques travaux ? Les officiers écoutent avidement, et le noble général lit Virgile, oui, Messieurs, Virgile, tout haut, eu latin, à la lueur d’une lampe à demi consumée; et quand le premier coup de canon des Autrichiens donna le signal de l’attaque , alors le vertueux chef ferma le livre, et promenant un œil de feu sur ses compagnons, il leur répéta d’une voix attendrie, ce vers prophétique, le dernier vers qu’il venait de lire :
Plier cris tnccura, aut, aperit si nulla viam vis,
üccuiubes pariter...
touchante prévision du coup fatal qui allait le frapper au sein même de sa victoire. “ Amis, vous vengerez avec moi la patrie, ou si le courage ne nous donne pas le triomphe, nous saurons du moins mourir ensemble !
Noie F.