‹ De la rhétorique, ou, De la composition oratoire et littéraireChapitre 118 sur 147 · Chapitre 1Y, page · texte numérisé non relu

Chapitre 1Y, page

Nous disons secondé par les circonstances; et ici les observations les plus minutieuses ne sont pas à négliger. Craignez-vous

NOTES

que votre intelligence trop fortement tendue vers un seul objet ne finisse par s’hébéter ou se rompre , qu'un repos momentané prévienne ces sortes d'éblouissements intellectuels; quittez votre cabinet pour l’aspect rafraîchissant de la campagne, changez de lieu, de position :

Je trouve au coin d’un bois le mot qui m’avait fui.

Prenez garde cependant ; Boileau était d’une nature fort peu bucolique, et son mot l’occupait beaucoup plus que les bois. Mais, en thèse générale, je ne sais si les champs et les forêts sont le vrai séjour d'une méditation positive et qui doit se formuler dans un écrit. Sans doute cet air libre, cette belle nature reposent et élèvent l’âme, mais la divertissent en même temps et relâchent l’esprit au lieu de le tendre. Les eaux murmurantes, la brise qui se joue dans le feuillage, les gazouillements des oiseaux, les mille teintes du ciel et de la terre, l'horizon infini : source de bonheur , mais non pas d’étude. Voyez Jean-Jacques, l'esprit perdu dans cette immensité. >■ Je ne pensais pas, dit-il, je ne raisonnais pas, je ne philosophais pas, je sentais. ..je m’écriais quelques fois : ô grand Être ! è grand Être ! sans pouvoir dire ni penser rien de plus. » Tout cela est excellent, mais ne suflit pas, que je sache, pour faire un discours ou un livre. Il faut finir par secouer cette méditation vague, se retirer, avec Démosthène et Quintilicn, dans quelque cabinet fermé, silencieux, éclairé d’une seule lampe, d'où l’on ne jmisse rien voir et rien entendre qui distraie. Au reste l’individu est pour beaucoup là dedans. Perse estimait médiocrement celui qui écrit,

Sans briser son pupitre, et sans ronger scs ongles,

N ce pluleum cœilit, noc demorsos sapit ungues.

On n exagéré sous ce rapport les singularités de certains hommes de lettres ; l’un, a-t-on dit, devait se mettre au lit pour composer, l’autre avait besoin d’une forte agitation corporelle, celui-ci voulait la plus vive lumière, celui-là les plus épaisses ténèbres. Défendez-vous de ces nécessités toutes matérielles ; sachez commander plus impérieusement à votre attention. Si cependant, soit

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