‹ De la rhétorique, ou, De la composition oratoire et littéraireChapitre 119 sur 147 · Chapitre V, page · texte numérisé non relu

Chapitre V, page

M. Michelet a fort bien saisi ce point de vue. « Il importe, dit-il dans son livre du Peuple, d’examiner si ces livres français qui ont tant de popularité en Europe, tant d’autorité, représentent vraiment la France ; s’ils n’en ont pas montré certaines faces exceptionnelles, très-défavorables; si ces peintures où l’on ne trouve guère que nos vices et nos laideurs, n’ont pas fait à notre pays un tort immense près des nations étrangères. Le talent, la bonne foi des auteurs, la libéralité connue de leurs principes, donnaient à leurs paroles un poids accablant. Le monde a reçu leurs livres comme un jugement terrible de la France sur cllc-mémc... L’Europe lit avidement, elle admire, elle reconnaît tel ou tel petit détail. D’un accident minime dont elle sent la vérité elle en conclut aisément la vérité du tout. Nul peuple ne résisterait à une telle épreuve. Cette manie singulière de se dénigrer soi-méme, d’étaler ses plaies, et comme d’aller chercher. la honte, serait mortelle à la longue... Qu'il suffise aux nations de bien savoir que ce peuple n’est nullement conforme à scs prétendus portraits. Ce n'est pas que nos grands peintres aient été toujours inlidèles ; mais ils ont peint généralement des détails exceptionnels, des accidents tout au plus dans chaque genre, la minorité, le second côté des choses ; les grandes faces leur paraissent trop connues, triviales, vulgaires, il leur fallait des effets, et ils les ont cherchés souvent dans ce qui s'écartait de la vie normale. . . Les romantiques avaient cru que l’art était surtout dans le laid. Ceux-ci ont cru que les effets d’art les

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plus infaillibles étaient dans le laid moral... ils ont tourné les yeux vers le fantastique, le bizarre, l'exeeptionnel. Les lecteurs, surtout étrangers, ont cru qu'ils peignaient la règle ; ils ont dit : ce peuple est tel. »

Note H.

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