‹ De la rhétorique, ou, De la composition oratoire et littéraireChapitre 127 sur 147 · Chapitre XII, page · texte numérisé non relu

Chapitre XII, page

« Il s agissait, dit M. Amar, de la loi agraire proposée par Riillus , alors tribun du peuple , et c’est devant le peuple que Cicéron vient combattre un projet si propre à séduire une multitude toujours facile à égarer, quand on flatte ce qu’elle croit

NOTES

ses intérêts. On sent tout ce qu’un pareil sujet présentait d’obstacles à l’orateur, et tout ce qu’il fallait d’art pour le surmonter avec le succès qui couronna le discours de Cicéron. Le grand point était d’en venir à l’objet même de la question. Que de passions à faire taire avant de mettre les esprits en état de voir et de sentir la vérité? Que de précautions à prendre pour que cette vérité n’eût rien d'amer , rien de repoussant , et qu’elle servit par le fait l’intérêt général., sans paraître blesser celui de tant de particuliers ! Que fait l’habile orateur? Il commence par l’énumération des faveurs qu’il a reçues du peuple : il reconnaît qu’il lui doit tout , et que personne ne peut avoir plus de motifs que lui pour défendre ses intérêts. Il déclare qu’il se regarde comme le consul du peuple, et qu’il se fera toujours une gloire du titre de magistrat populaire. Mais c’est là qu'il commence à observer avec la plus grande adresse et les ménagements les plus délicats que l’on donne à la popularité des acceptions bien étranges quelquefois et bien éloignées surtout de la véritable ; qu’il n’y voit lui qu’un zèle sincère pour les intérêts du peuple, mais que d’autres la faisaient servir de masque à leur ambition personnelle, etc. C’est ainsi qu’il aborde peu à peu la proposition de Rullus, mais avec beaucoup de réserve, comme on voit, et de circonspection. Un éloge pompeux des Gracques fortifie , dans l’idée du peuple , son opinion sur la popularité et sur les lois agraires en général ; il ajoute enfin qu’ayant entendu parler du projet de Rullus , il se disposait à l’appuyer de toutes scs forces, mais qu’un mûr examen lui ayant démontré combien ce projet était contraire aux intérêts du peuple, il se voyait obligé de leur mettre sous les yeux les motifs qui l’avaient déterminé à le rejeter. Malgré tant de précautions s* adroitement prises , l’orateur ne se croit pas assez maître encore de l’esprit de ses auditeurs, et il termine son cxordc en déclarant qu’il va exposer les motifs de son opinion, mais que s’ils paraissent insuffisants à ceux qui l’écoutent , il est tout prêt à renoncer à son avis pour adopter celui du plus grand nombre. On sent bien que le discours est fait après un pareil exorde, et que, quels que soient la nature , le nombre et la force des preuves, l’orateur est sûr de diriger à son gré un auditoire si heureusement disposé. »

VOTES

Note n.

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