‹ De la rhétorique, ou, De la composition oratoire et littéraireChapitre 133 sur 147 · Chapitre XU, page 2X · texte numérisé non relu

Chapitre XU, page 2X

Cependant il y a quelques péroraisons par récapitulation qui peuvent porter le pathétique au plus haut degré. M. Geruzei (Cours de littérature, p. 112) en cite une de Regnier de la Planche qui termine son manifeste contre le cardinal de Guise, et qui est réellement un chef-d’œuvre.

u C’est à toi , Cardinal , plus rouge de notre sang que d'autre teinture, c’est, dis-je, à tes parjures et déloyautés , à ton ambition et avarice , à la furie de tes frères , exécuteurs de tes maudites et sanglantes entreprises, auxquels la France redemande la vie de tant de gentilshommes et grands seigneurs que tu as envoyés h la boucherie en Italie, en Allemagne , en Corsègue, en Écosse , bref en toutes les parties du monde : et nommément c’est à toi qu’elle redemande l’un de scs princes, feu Monseigneur d’Enghicn, cruellement occis h l’occasion de tes maudits conseils. C’est à toi qu’elle redemande par même raison les frontières de Champagne, de Bourgogne, de Lyonnois , de Dauphiné et Provence , puisque tu l’as emmenée en nécessité de s’en dévestir, car elle dit, devant Dieu et les hommes , que c’est toi qui as , contre Dieu et raison , obligé la simplicité du feu roi son maître h la peine d’un parjure : que c’est toi qui as consumé et baigné en sang l’Italie par la conjuration avec les neveux des deux papes, que c’est loi qui nous as fait voir, avec le grand opprobre de la France, ce que jamais on n'avoit vu, c’est à savoir le pape, le Turc et le François conjoints à la poursuite d’une même querelle : c'est de toi que se plaignent tant de pauvres esclaves de tout sexe, ordre et qualité, surprins ès rivages d’Espagne, de Provence et d’Italie par les ennemis de la chrétienté. C’est toi qui as divisé les forces de ce royaume pour te faire pape, et ton frère roi de Sicile, dont, puis après, sont survenus tant de malheurs. C’est à toi qu’on demande compte de tant de millions d’or, partie dérobés manifestement et partie employés à ton appétit. C’est à loi que tant de femmes veuves demandent leurs

Digiti;

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NOTES

maris, Unit de maris la chasteté de leurs t’einmes, tant de pères leurs enfants, tant d’orphelins leurs pères et mères , criant juste vengeance à Dieu contre toi et contre les tiens.

« C’est toi, cardinal , qui nous as donné ton frère pour sccund roi sous ombre de lieutenant général , laquelle ignominie et servitude il faut que tu saches que jamais la France n’oubliera. C’est à toi que le royaume demande son roi avec MM. ses frères et la reine mère que tu nous as ravie. C’est toi qui , pour donner autorité aux édicts que tu forges chaque jour.à ton appétit , n'abuses pas seulement du nom du roi, mais aussi des princes du sang, comme s’ils avoient été présents à l’expédition des édicts et lettres patentes que tu bastis avec tes complices, estant assis nu lieu duquel tu ns débouté ceux auxquels il appartient d’y estre avant nul autre. C’est à toi qu’elle demande la couronne d’Ecosse perdue par ton outrecuidance démesurée. C’est de toi que se plaignent les cours et parlements , lesquels tu as déshonorez et dégradez et cschaffaudez en toute sorte. Car c’est toi qui as amené en France cesle coutume de faire mourir les hommes secrètement sans forme ni ligure de procès; qui as changé et rechangé toute police et reniply les parlements de plusieurs infasmes et déshonnêtes personnes attitrés à exécuter tes volontés ; qui as desappointé les fidèles serviteurs du roi pour appointer tes complices. Bref, c’est toi, malheureux, duquel nos anccstres se plaignent aujourd'huy en leurs sepulehres, de ce qu’il n’y a bonne loy ni ordonnance qui ne soit vilainement et effrontément foulée aux pieds par loi et par ceux de ta faction. »

Noie W.

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