‹ De la rhétorique, ou, De la composition oratoire et littéraireChapitre 136 sur 147 · Chapitre XX, page · texte numérisé non relu

Chapitre XX, page

Je ne nie permets guère de critiquer ceux qui ont traité avant moi le sujet que je traite. Il y a , ce me semble, dans cette façon d’agir, outrecuidance de la part de l'écrivain, et peu de fruit pour le lecteur. Assurément, si j’estimais que tout a été dit et bien dit sur la matière, je n’aurais pas fait ce livre, mais c’est au public à juger et mes devanciers et moi. Il est pourtant des ouvrages qui jouissent d’une certaine vogue, et où les doctrines sont présentées d'une manière si incomplète et si peu logique qu'il n'est peut-être

XOTES.

pas déplacé de le faire au moins remarquer. Ainsi peut-on pardonnera Crevier, rhéteur sage et estimable d’ailleurs, de ne reconnailre que quatre vertus essentielles de l’élocution et de les classer comme suit : l'harmonie, l'élégance, la dignité ou l’ornement, et la décence? de se laisser emporter par son enthousiasme pour l’harmonie jusqu’à avancer cette proposition qui est, il mes yeux, une véritable hérésie littéraire : « L'harmonie du son des mots est quelque chose de si considérable, qu’elle peut quelquefois l’emporter sur le mérite de la propriété » ? de choisir , avec l’abbé Dubos , pour exemple à l’appui de cette sentence erronée, les vers de J. -B. Rousseau :

L'inexpérience indocile

Du compagnon de Paul Emile

Fit lout le succès d’Annibal . . . ?

Sans doute , l’abbé Dubos a raison , compagnon est impropre , il fallait collègue. Mais , je l’avoue h la honte de mon oreille, je ne comprends pas que le mot compagnon ait sur le mot collègue une telle supériorité euphonique, qu’on dût lui sacrifier le mérite de la propriété. Peut-on admettre avec Crevier , que la dignité soit la même chose que l’ornement? que l’élégance soit un e simple exemption de vices, et y rattacher, en conséquence, la clarté, la pureté, la propriété ? Selon Crevier, il suffirait, pour être élégant, d’éviter l’obscurité et le solécisme ! Ceci rappelle le mot de Boileau au prince de Condé : <■ Pourquoi critiquer les rondeaux de Benserade ? disait le prince au poète. Ces rondeaux sont clairs, ils sont parfaitement rimés, et disent bien ce qu’ils veulent dire. — Monseigneur, répondit Despréaux, j’avais une estampe qui représentait un soldat qui se laissait manger par des poules ; en bas étaient ces deux vers :

Le soldat qui craint le danger

Aux poules se laisse manger.

Cela est clair, cela est parfaitement rimé, cela dit bien ce que cela veut dire; et cela ne laisse pas d’être le plus plat du inonde. « L’élégance est quelque chose de plus que la propriété, la pureté et la clarté.

NOTES

Note AA.

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