Chapitre XX, page
Si l'on demandait en français des exemples de ce qu’on doit appeler une période, et de ce que les anciens nommaient période quarrée, ronde ou croisée, on pourrait citer les suivants.
Période de deux membres, subdivisés en cinq, dans Y Athalie de Racine. Mathan dit à Nabal : J’avais déterminé Athalie b agir — et elle avait commencé : 1" membre ; — mais, soit pour un motif , — soit pour un autre, — elle n'agit plus : 2e membre.
J’avais tnnliH rempli d'amertume et de fiel Son cœur déjà saisi des menaces du ciel ;
F.llc-mémc à mes soins confiant sa vengeance.
M’avait dit d’assemliler sa garde en diligence ;
.Mais, soit que cet enfant, devant elle amené.
De scs parénts, dit-on, rebut infortuné, fiât d’un songe effrayant diminué l’alarme ;
Soit qu’elle eût même en lui vu je ne sais quel charme ;
J'ai trouvé son courroux chancelant, incertain.
Et déjà remettant sa vengeance à demain.
Période quarrée, de trois membres, encore dans Athalie :
J’aurais vu massacrer et mon père et mon frère.
Du haut de son palais précipiter ma mère.
Et dans un même jour égorger à la fois.
Quel spectacle d’horreur! quatre-vingts fils de rois : —
Et pourquoi? pour venger je ne sais quels prophètes Dont elle avait puni les fureurs indiscrètes : —
Et moi, reine sans cœur, fille sans amitié,
Esclave d’une lâche et frivole pitié,
Je n’aurais pas du moins à celte aveugle rage Rendu meurtre pour meurtre, outrage pour outrage.
Et de votre David traité tous les neveux.
Comme on traitait d'Achah les restes malheureux !
Période ronde : la phrase si connue de M"' Deshoolières flans les Vers à ses enfants :
Oui, brebis chéries,
Qu'nvcc tant de soin J'ai toujours nourries.
Je prens à témoin Ces bois, ces prairies.
Que si les faveurs Ou Dieu des pasteurs Vous gardent d’outrages.
Et vous font avoir Du matin au soir De gras pAturnges,
J’en conserverai.
Tant que je vivrai,
La douce mémoire.
Et que mes chansons En mille façons Porteront sa gloire,
Du rivage heureux Où, vif et pompeux,
L'astre qui mesure Les nuits et les jours.
Commençant son cours,
Rend à la nature Toute sa parure,
Jusqu’au CCS' climats Où, sans doute las D’éclairer le monde,
Il va chez Thétis Rallumer dans l’onde Scs feux amortis.
Période croisée, à quatre membres, dans l' Oraison funèbre de lu Heine d'Angleterre, par Bossuet :
« Tant qu’elle a clé heureuse, elle a fait sentir son pouvoir au monde par des bontés infinies; — quand la fortune l’eut abandonnée , elle s’enrichit plus que jamais elle-même de vertus ; — tellement qu’elle a perdu pour son propre bien cette puissance royale qu’elle avait pour le bien des autres ; — et si ses sujets , scs alliés, si l’Église universelle a profité de scs grandeurs, ellemême a su profiter de scs malheurs et de ses disgrâces plus qu’elle n’avait fait de toute sa gloire. »
Note BB.
Chapilrc XX, pige 298.
Voici comment llonsard prétendait imiter le cri de l'alouette :
Elle, guindée du zéphyre.
Sublime en l'air, vire et revire,
El y décline un joli cri Qui rit, guérit, et tire l'ire Des esprits mieux que je n'ccris.
Du Bartns, à ce que nous apprend Nnudè, après s être renfermé dans sa chambre où il sc mettait à quatre pattes, soufflait, hennissait, gambadait, tirait des ruades, allait l’amble, le trot, le galop, la courbette, et tâchait par toutes sortes de moyens à bien contrefaire le cheval , écrivit sa fameuse description de cet animal , où il y a sans doute d'excellents traits , mais aussi des onomatopées passablement excentriques :
Mais ce fougueux cheval sentant lâcher son frein.
Et piquer ses deux flancs, port vite de la main.
Débande tous ses nerfs, à soi-mêmes échappe.
Le champ plot bat, abat, délroppc, grappe, attrappc Le vent qui va devant. • .
Ne peut-on pas rapprocher de du Barlas les onomatopées de Piis, h l’endroit des animaux? son cheval qui,
Pons un vaste circuit de terrains laboures
Quatre à quatre en courant marquait ses pas ferrés ;
Et l’agnelet forcé d’essayer sa voix grêle Au milieu des moulons qui bêlent pêle-mêle;
et plus loin ,
Itavi par un barbare à sa mère qui meugle,
l,c veau , prêt à mourir, verse des pleurs et beugle . . .
Les vrais poètes ont considéré l’harmonie imitative sous un nuire
NOTES
point de vue. Terminons par l’exemple de Pope si souvent cité , ' cl qui contient si heureusement le précepte et l’exemple; je choisis la traduction de M. Delille :
Peins-moi légèrement l’amant léger de Flore,
Qii’un doux ruisseau murmure en vers plus doux encore; Entend-on de la mer les ondes bouillonner?
Le vers, comme un torrent, en roulant doit tonner.
Qu’Ajax soulève un roc et le lance avec peine.
Chaque syllabe est lourde et chaque mot se traîne ;
Mais vois d’un pied léger Camille effleurer l’eau ;
Le vers vole et la suit, aussi prompt que l’oiseau.
Note CC.