‹ De la rhétorique, ou, De la composition oratoire et littéraireChapitre 139 sur 147 · Chapitre XXIV, page S G · texte numérisé non relu

Chapitre XXIV, page S G

Où la mode d’ailleurs n'a-t-cllc pas régné, surtout en France? Son sceptre à grelots ne s’étend pas seulement sur les costumes et les usages, mais sur les idées, les sentiments, les doctrines. Je ne suis pas bien vieux, et sans parler de la politique dont tout le monde connaît les variations, les enthousiasmes et les haines éphémères ; sans parler de la littérature , du classique , du romantique , de l’échevelé, du néo-chrétien, et d’une foule d'autres belles choses, j’ai déjà vu la mode renverser l’un sur l’autre trois ou quatre systèmes complets de philosophie et de médecine. Dans ma jeunesse, on ne jurait que par Condillac, bientôt chassé par la philosophie écossaise, qui nous a amené l’éclectisme de M. Cousin, que n’a pas tardé à écraser la philosophie allemande , dont nous avons descendu toute l’échelle , depuis Kant, en passant par Fiehtc, Schelling et Hegel , jusqu’à Crausc , probablement à l’agonie au moment où j'écris. Pendant le même espace de temps, tout malade a été successivement ou guéri ou tué parles réactifs, les purgatifs, les sangsues, l'homœopathic , l’hydrosudopathic, que sais-jc? Et notez que chaque doctrine à son tour a voulu être exclusive et despotique. Cependant ce grand fleuve de pensée et de vie que descend toute l’humanité physique et morale n'en a pas moins poursuivi son cours, entraînant avec elle philosophes et médecins. D'autres viendront après, qui, en dépit de nos solutions, répéteront, sans doute, aussi longtemps qu'ira le monde, la question toujours sans réponse : Où est le vrai?

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