Chapitre XXIY, page
Je ne puis m'cmpècher de reproduire ici cette belle allégorie de Bossuet, quoique souvent citée :
« La vie humaine est semblable il un chemin dont l’issue est un précipice affreux : on nous en avertit dès le premier pas , mais la loi est prononcée , il faut avancer toujours. Je voudrais retourner sur mes pas ; marche , marche ! Un poids invincible , une force invisible nous entraîne ; il faut sans cesse avancer vers le précipice. Mille traverses, mille peines nous fatiguent et nous inquiètent dans la route; encore si je pouvais éviter ce précipice affreux ! Non, non, il faut marcher, il faut courir ; telle est la rapidité des années. On se console pourtant , parce que de temps en temps on rencontre des objets qui nous divertissent, des eaux courantes, des fleurs qui passent. On voudrait arrêter ; marche , marche ! Et cependant on voit tomber derrière soi tout ce qu’on avait passé , fracas effroyable! inévitable ruine! On se console parce qu’on emporte quelques fleurs cueillies en passant , qu’on voit se faner entre ses mains du matin au soir, quelques fruits qu’on perd en les goûtant. Enchantement ! illusion ! toujours entraîné, tu approches du gouffre. Déjà tout commence à s’effacer, les jardins moins fleuris, les fleurs moins brillantes, leurs couleurs moins vives, les prairies moius riantes, les eaux moins claires , tout se ternit, tout s’efface : l’ombre de la mort se présente; on commence à sentir l’approche du gouffre fatal. Mais il faut aller sur le bord ; encore un pas. Déjà l’horreur trouble les sens , la tète tourne , les veux s'égarent; il faut marcher. On voudrait retourner en arrière; plus de moyens , tout est tombé, tout est évanoui, tout est échappé. »
•VOTES
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Kote II.