Chapitre XXV, page
L'Anglais Harris, au III'" livre de 1 ’JIermès, donne une ingénieuse explication de l’exagération orientale : « L’Orient, dit-il , lut, dès les temps les plus reculés, le siège de vastes et puissantes monarchies. Jamais la liberté ne répandit scs faveurs vivifiantes sur ces magnifiques contrées. Dans toutes les dissensions eiviles qui s’y sont élevées , et elles sont innombrables , on n’eut jamais pour objet la forme du gouvernement, car c’était une chose qui pressait même l'intelligence des combattants : ce fut toujours ce vil et méprisable motif, le choix d’un maître, qui leur mil les armes à la main; ils se battirent pour Cyrus ou pour Arlaxerce, pour Mahomet ou Mustapha. Qu’est-il arrivé de là? Leurs idées devinrent conformes à cet état de servitude et d’abjection, et leurs mots furent serviles et abjects comme leurs idées. La grande distinction qui frappait constamment leurs esprits, fut la différence entre le tyran et l’esclave, idée la pins éloignée de la nature, la plus susceptible de pompe et d'une exagération outrée. Ils parlèrent de leurs rois, comme ils parlaient de Dieu, et d'eux-mrmes comme des reptiles les plus méprisables. Rien ne fut, à leurs veux, médiocrement grand ou petit, tous leurs sentiments s'exaltèrent par des hyperboles incroyables. Ainsi, quoiqu’ils se soient quelquefois élevés jusqu’au grand et uu sublime, ils ont aussi souvent dégénéré et tombé dans l’enflure. Les Grecs d'Asie furent même infectés de cette contagion par leurs voisins qui furent souvent leurs maîtres. Voilà pourquoi on trouve dans leurs écrivains ce luxe asiatique et cette exagération inconnus à l’école pure et sévère d’Athènes. »
J’ai cité une hyperbole ridicule tirée du petit poëmc intitulé : Les larmes de saint Pierre. Cet ouvrage de la jeunesse de Malherbe, qu'il avait imité d'un mauvais poëtc italien, le Tansillo, et qu'il ne corrigea jamais, est une des choses les plus bouffonnes
MUTES.
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que nous ayons en français. C’est là que se trouve cette fabuleuse description de l’Aurore :
L’aurore, d’une main, cil sortant de scs portes,
Tient un vase de fleurs languissantes et mortes ;
Elle verse de l'autre une cruche de pleurs. . . etc.
Malherbe d’ailleurs a toujours aimé l’hyperbole. Que dites- vous de la douleur de la reine dans l’Ode sur la mort de Henri IV :
L'image de ses pleurs, dont la source féconde Jamais depuis sa mort scs vaisseaux n'a taris,
C’est la Seine en fureur qui déborde son onde Sur les quais de Paris. . .?
H parait au reste que l’idée de pleurs s’allie volontiers avec l’hyperbole. En voici une, à ce propos, du poète anglais Lee, citée par Blair, et qui vaut bien Malherbe et le Tansillo. Ce n’est plus saint Pierre qui pleure, c’est tout bonnement une femme ordinaire : >i Elle versait une si prodigieuse profusion de larmes, que, si l’univers eût été en feu, elles eussent suffi pour noyer la colore du ciel, et éteindre ce puissant incendie :
Pouring forth tears at such a lavis!) rate,
Thaï, were the World on (ire, they miglit bave drowned The wrath of heaven, and qucnch’d llic miglily ruin. »
Cela ne dépasse-t-il pas le mot du plaisant qui prétendait que, aux représentations des drames de Kotzcbue, chaque spectateur recevait, avec son billet d’entrée, trois mouchoirs blancs aux loges, et un parapluie au parterre ?
Quand l'absurde est outre, l’on lui fait trop d’honneur De vouloir par raison combattre son erreur;
Enchérir est plus court, sans s'échauder la hile.
NOTES
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