DES TOPIQUES OU LIEUX
trine ; réponse à ce» objection* 0 lî °î,JCC,lons cu,llrc '«<■«• doc-
avoir (les cartons d'études et d'csuuiies \ ' eomme le Pe"“rc, peut
riale à charrue sujet M. • , Lieux externes ; érudition spe-
Pen semble *du sujet • drS 'ieU* in'C,'"es »PPK«*Mm à
précédée d'une synthèse, suivie d’une sm, thèse nf a,,nly“ : an,,,y3e thèses. Importance de l'énumération des parties.’ CUX ^n'
comme', T* r® -di* °" “«P»* P;|r les circonstances
comme il ornve jircsquc^Bqjoiirs à la irilnme, an la.rr,™’ • m» llnaloirc. Sous
LtZZÏ rm°~ *■"•* * « - £1
I pour
préparent éplcrn ,, , ’ “"““onces, «IfJltaU»,,.
peu, v ajonlcr encore. Mois l'an
Lersipi’il ne 10, ,w jCWr un fai,, * „„
r.tlAP. VI. DES TOPIQUES 01' LIEUX.
(it
tablenu rapide, de s’abandonner à nn sentiment, dans certaines questions même politiques ou judiciaires, il arrive quelquefois que les développements se présentent à l'imagination en même temps que l'idée première, et marchent de front avec elle, ou en découlent tout naturellement. Le seul travail alors est la disposition et l'expression des pensées.
Mais quand le sujet est vaste, compliqué, d’un ensemble mal aisé à saisir au premier coup d'œil, nu bien quand il faut l'aborder et le poursuivre dans ses détails, avant de l’avoir assez longtemps et assez complètement étudié, il ne sera peutêtre pas inutile de recourir à une méthode qui aplanisse les difficultés et aide à la découverte des développements.
C'est là le but de ec que les anciens appelaient topiques, c’est-à-dire lieux ou lieux communs.
D'après le point de vue sous lequel ils considéraient la rhétorique, les lieux chez eux ne s’appliquent guère qu’à l’art oratoire. Ce sont des sources où l’on peut puiser des arguments pour convaincre ‘, plutôt que des moyens d'arracher en quelque sorte à une idée tout ce qu elle renferme.
Cicéron appelait la topique, ars topica, l’art de trouver des arguments, disciplina inveuiendorum argumentorum.
11 divisait les lieux en internes ou intérieurs, pris dans le sujet même et ressortant uniquement de l'examen de l’idée; et extrinsèques ou externes , qui, sans être étrangers au sujet , n’en proviennent point d’une manière aussi directe, mais lui arrivent en quelque sorte du dehors. II désignait aussi ces derniers sous le nom de témoignages. Les témoignages sont divins ou humains : les oracles, les augures, les livres prophétiques ou sacerdotaux, voilà la première classe; les lois, les titres, les contrats, les dépositions, les aveux, les bruits
' Scdes argumenlorum, iu quibus latent, ex quibus sunt pclcnda. Qcixt , /«»/. om /., V, 10.
ti-J
DE EA liMÉTOIIKjn:.
publics, elc., voilà ln seconde. Quant aux lieux internes, ils répondaient à peu prés aux catégories de la philosophie d’Aristote. Le rhéteur classait toutes les manières d'ètrc possibles, tous les phénomènes de l’idée, l’essence, l’expression, les parties, les contraires, les semblables, les accessoires, le genre, l’espèce, etc., et quand il avait appris à rapprocher un sujet de tous les articles de ccttc nomenclature, à appliquer toutes les faces d’une idée à ce type commun, à bien voir ce que chacun de ces universaux pourrait fournir, il croyait, et avec raison, ce me semble, avoir facilité l’invention.
Ajoutez que les anciens demandaient aussi à l’orateur de meubler sa mémoire d’un recueil de pensées, de réflexions, de sentences, qu’il put appliquer à propos aux sujets à traiter, pour les embellir et leur donner de la force; de se faire, en quelque sorte , une provision d’exordes et de péroraisons ; d’avoir même des discours entiers faits d’avance et prépares pour l’occasion, sauf à laisser en blanc, pour ainsi dire, les noms et les circonstances. Les œuvres complètes de Démosthène contiennent un certain nombre d’exordes détachés, qui n'étaient probablement que des exercices de cette espèce.
Telle est en deux mots la doctrine des anciens sur les topiques.
On s’csl beaucoup récrié contre ccttc méthode; on a fait du lieu commun un objet de blâme et de risée; on a dit que la topique était un art qui apprend à discourir sans jugement des choses qu'on ne sait pas; que sans doute elle donne à l’esprit quelque fécondité, mais que ccttc fécondité est de mauvais aloi ; qu’enfin la seule topique admissible est la connaissance sérieuse et approfondie du sujet spécial qu'on doit traiter.
Examinons pourtant les choses sans prévention hostile ni favorable ; nous arriverons , me parait-il , à apprécier la méthode d’Aristote et de Cicéron à sa juste valeur, et, sans l'exalter par delà ses mérites, à en reconnaître l'utilité réelle.
CIIAP. VI. DES TOPIQUES Ol- LIEUX.
lin quoi consiste-t-elle en définitive ? En trois points :
Etudes générales pour préparer aux spécialités ;
Lieux externes ;
Lieux internes.
El d’abord, quand jamais a-t-on défendu, je ne dis pas aux dessinateurs novices, aux apprentis peintres, mais même à l’artiste passé maître , de s’exercer à reproduire îles télés, des jambes, des mains, des pattes, des ailes, des trônes, des brandies, des tours, des toits, sans dessein prémédité de les appliquent tel paysage donné, à tel sujet d’histoire ou de genre? Quand a t on blâmé l’artiste de multiplier, en un mot, ses études et ses carions?
Eli bien ! le littérateur ne peut-il pas avoir lui aussi des cartons et des études? ne peut il pas traiter ici de la justice ou de la liberté de la presse, là d'un lever ou d’un coucher de soleil, plus loin d’une émeute populaire, etc., élaborer pour un roman ou un discours imaginaire un cxordc, une péroraison, un récit, une description, tous les détails enfin que le hasard, sa fantaisie ou un plan suivi d’études générales lui auront suggérés? Il y aurait, sans doute, inhabileté et maladresse à prétendre utiliser par la suite toutes ces esquisses, et les faire entrer de gré ou de force dans des tableaux réels. Mais cela n’empêche pas ces travaux préliminaires d’aider l’écrivain, comme le peintre, à inventer dans l'occasion, et dussent-ils n’avoir aucune application rigoureusement spéciale, • ils auront du moins exercé le coup d’œil et assoupli la main.
La justification de l’étude des lieux externes n’est pas moins aisée.
Que faut-il entendre, en effet, par lieux externes ? Tout ce qui peut contribuer au développement de l’idée en dehors de l’examen de cette idée elle-même. Or, si nous étions en droit de demander l’observation, la science, l'érudition, comme préparation indispensable à la composition littéraire en général, nous ne pouvons faillir en recommandant l’acquisition
1)E l.A HIItTOUigllE.
des connaissances préalables pour chaque genre d écrit, l’érudition spéciale à chaque sujet.
Ces témoignages divins et humains, dont parle Cicéron, l’avocat les trouvera d’abord dans ce qu'on nomme les pièces du procès, puis dans les livres où sont traitées ex / nofesso chacune des questions de droit qui sc rattachent à sa cause, et dans les commentaires que ces ouvrages ont groupés autour d’eux; rhistoricn, dans les chroniques, les mémoires, les pamphlets, les journaux, les œuvres philosophiques et littéraires du pays et du siècle qu’il a choisis; l’orateur politique, dans les fastes parlementaires, dans les records, dans les annales de la tribune en France, en Angleterre, aux États-Unis , à Rome même et en Grèce ; le prédicateur, dans l’Écriture sainte, les Pères, les écrivains ecclésiastiques; le philosophe, le romancier, le poète les trouveront partout.
Voyez de quel secours les Pères et l’Écriture ont été, par exemple, à Bossuet, le plus original assurément de tous les orateurs de la chaire et le plus riche de son propre fonds! Avec quel art et quelle puissance il s'empare des idées des Chrysoslâmc, des Augustin, des Tcrlullicn! Comme il les fond dans ses propres conceptions, si bien qu'on ne saurait plus les en détacher, et que le bien des autres semble lui appartenir à aussi bon droit qu'à ceux mêmes qu’il a dépouillés !
Quelque sujet donc que vous traitiez, historique, oratoire, didactique, lisez et lisez attentivement et complètement, si faire se peut, tout ce que d’autres ont écrit sur la même matière. Cette étude vous sera d'un grand secours dans l’invention. Ignorez-vous ce qui vous a précédé? vous vous hasardez à mériter le reproche adressé par Boileau à ces poètes riches d’imagination, mais pauvres d’études préliminaires,
Dont le feu, dépourvu de sens et de lecture,
S’éteint à chaque pas faute de nourriture.
Si la métaphore est peu correcte, la pensée n’en est pas moins
CHAP. VI. — DES TOPIQUES Ol- LIEUX. ('.S
juste. Alors aussi vous tombez dans le lieu commun , pris ici dans la pire acception du mot, le lieu commun trop ordinaire à nos jeunes écrivains, qui eroient faire du neuf, parce qu'ils n’ont rien vu de ce qui a été fait, plagiaires innocents, dont la risible assurance donne pour des créations ce qui, à leur insu, traîne, depuis des siècles, dans tous les carrefours de l’intelligence.
Vous n’avez pas à craindre, je l'ai déjà prouvé, de nuire ainsi à lu spontanéité de vos idées; mais vous restât-il quelque scrupule à cet égard , il est un moyen facile d’éviter dans les applications particulières les inconvénients de l'érudition. Avant de lire ce que d'autres ont écrit sur la matière qui vous occupe, méditez-la vous-mème et jetez sur le papier toutes les idées qui naîtront en vous de celte méditation originelle. Par là, vous ne vous inspirez que de vous, et quand vous passez ensuite aux autres , ils ne servent plus qu’à amplifier ou corriger votre pensée native; celle-ci reste vôtre, au milieu des transformations que ce second travail peut lui faire subir.
Considérez aussi quelle puissance d’argumentation vous donnera, dans les choses de discussion, tout ce qui se rapproche, comme lieux externes, de l’opinion que vous émettez, de la thèse que vous soutenez : exemples tirés de l’histoire, de la fable, des traditions, inductions, rétroactes, précédents, si vivaces en politique et en législation, autorités, proverbes même '. A la chambre comme au barreau, dans les questions
1 Quintilien parle très-bien à ce propos. « J'appelle autorité, dit-il, l’opinion d’une nation , d’hommes renommes pour leur sagesse , de grands citoyens, d'illustres poètes. Je n’exclus pas même les proverbes, car ils ne sont pas sans utilité. Ces opinions, ces proverbes sont, en quelque sorte, des témoignages publics d’autant plus puissants qu’ils n’ont été dictés ni par la haine, ui par ta faveur, mois qu’ils ont pour fondement la vertu et la vérité. Si, par exemple, je veux parler des misères de la vie, ne ferai-je pas impression sur les esprits, en alléguant la pratique de ces nations qui
(J(J DE LA HIItTOMQCE.
philosophiques ou dans la critique lillérairc, eussiez-vous cent fois raison, mais de vous-même, sans appui, seul dans 1 arène, souvent notre amour-propre regimbe, car vous n’èles en définitive qu’un des nôtres, unus e viultix. Mais mettez la vérité sous le patronage d’un grand nom, d’une autorité imposante, elle ne sera pas plus vraie, sans doute, mais elle sera plus vraisemblable, et n’aura pas à vaincre,, avec l’erreur, la vanité et l'envie. Ipse dixit est parfois un argument bien fort, surtout si cet ipse est un mort ou un étranger. Où ai-je lu que le cardinal de Ilctz, voulant entraîner le parlement, et voyant toute son éloquence près d’échouer : « Eh, messieurs, s’écria-t-il tout à coup, si mes paroles ne suffisent pas pour vous convaincre, du moins ne récuserez-vous pas celles de l’orateur romain, dans une circonstance pareille. » Et sur ce, le voilà improvisant des périodes de Cicéron, qui sont couvertes d applaudissements et emportent le vote. l)e retour chez eux, les savants conseillers cherchent dans tout Cicéron le merveilleux passage qui leur avait échappé; ils le cherchèrent fort longtemps.
Ainsi donc, sans aveugle crédulité dans les prescriptions
pleurent sur ceux qui naissent, et mêlent la joie aux funérailles? Si je veux attendrir les juges, sera-t-il hors de propos de dire qu’Alhèncs, cette ville si s.e-e regardait la pitié non-seulement comme un sentiment de l’âme, mais comme une divinité, lit ces maximes des sept Sages, de Socrate, de Caton cl de tant d’autres ! Aussi voyons-nous non-seulement que les orateurs sèment leurs discours des sentiments des poêles, mais que les philosophes même, eux qui méprisent si fort tout ce qui est étranger à leurs études, daignent emprunter quelquefois l’autorité d’un vers cité à propos. - /natif. orat.,V, 1 1 . Ilien entendu qu’il faut éviter dans l’emploi des autorités, comme partout ailleurs, l’excès et le contre-temps, et ne pas citer Lucain cl Caton, à propos de Dandin C'est le défaut mortel de presque tous les écrivains de la fin du seizième siècle et du commencement du dix-septième, des avocats surtout et des prédicateurs. Ils poussèrent si loin l’abus de la citation, qu’ils en dégoûtèrent pour longtemps tous les esprits raisonnables.
CHAT. VI. — DES TOPIQUES OC LIEUX. f>7
des rhéteurs anciens, on peut admettre les lieux externes, et recommander dans ce but l'étude attentive et complète de tous les objets extérieurs qui ont rapport au sujet, et la lecture de tous les livres qui peuvent en éclaircir l’ensemble ou les détails.
Nous voici maintenant au troisième point, aux lieux internes, sur lesquels porte surtout la discussion.
Si la doctrine des lieux internes est une chimère, il faut avouer qu’elle a un puissant attrait pour l’intelligence et qu'on ne doit pas s’étonner si, depuis Aristote jusqu’à Raymond Lulle >, une foule d’esprits ingénieux se sont occupés des catégories. Emmagasiner, pour ainsi dire, toutes les idées que peut enfanter l'esprit humain, les classer régulièrement, en attachant à chaque compartiment son étiquette, en sorte que, une fois les ressources et la distribution de l’entrepôt bien connues, l'écrivain puisse les retrouver selon les exigences du sujet et s’approvisionner au fur et à mesure des besoins, c’est là évidemment une utopie décevante, une conception singulièrement heureuse, si elle était réalisable. Mais si l’infinie variété des idées , selon les modifications des sujets , des temps , des lieux, des personnes, s’oppose à ce qu’on puisse les discipliner et les classer rigoureusement, si même il serait à regretter qu’on parvint jamais à les enregistrer, comme on fait des mots dans un lexique, elles ont cependant un certain nombre de caractères communs qui , présents à la mémoire et saisis à propos, contribuent assurément à leur développement rationnel : par exemple, elles ont toutes un sens, donc on peut les définir; elles ont toutes une expression, donc on peut en discuter le signe : presque toutes en renferment plusieurs autres,
1 Voyez La Clavicule ou la Science de Raymond Lulle, avec toutes les figures de rhétorique, par le sieur Jacob, Paris, I6î>î>. C’est un petit livre assez curieux.
DE LA IUllSTOMQl'E.
donc on peut les analyser; et ainsi de suite. El» bien! e’est l'ensemble de tous ces caractères que j'appelle, avec Cicéron, lieux internes.
Cicéron en effet met au premier rang de ces lieux , comme applicables à l'ensemble du sujet : 1° la définition ; 2" ce qu’il appelle notatio, et que l'on peut traduire par étymologie ; 3" l’énumération des parties, que nous nommons aussi analyse.
Cherchons maintenant à faire comprendre aux jeunes gens comment ils peuvent développer un sujet, en l’envisageant sous ces trois aspects.
Vous avez , par exemple , à parler de la république. Vous définirez l'idcc dont le mot république est le signe : voilà la définition ; ou vous définirez le mot dont l’idée république est le sens, voilà la notation ou l'étymologie.
La première, sans doute, est tout autrement importante que l'autre; celle-ci cependant n'est point dépourvue d'intérêt , ni inutile au développement. Dans l'exemple cité, vous comprenez quel parti vous pourrez tirer du mot république-, « c’est la chose publique, le bien de tous, l’intérêt commun... Ce n’est pas sans motif que les anciens, si prudents et si ingénieux, ont voulu que ce nom servit à désigner une forme particulière de gouvernement, exclusivement à toute autre... c’était donc la seule où se rencontrât le bien commun, la chose de tous, etc.... !* 11 en est de même des mots humanités au second chapitre de ce livre, philosophie, amour-propre, religion, etc. il y a une vingtaine d’années, quelques individus qui croyaient avoir découvert un nouveau lien social et humanitaire jugèrent convenable de se poser apôtres d une nouvelle religion ; mais n'ayant dans le fait aucune idée de dogme et de culte nouveau, et ne pouvant donner une définition de chose, ils s’arrêtèrent à une définition de mot, et par un subterfuge, si l’on veut, de rhétorique, ils appuyèrent surtout, pour développer et confirmer leur pensée, sur l’étymologie du mot religion. « Religion, disaient-ils, vient de religarc, lier de