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nouveau ; vouloir unir, relier , par une sympathie commune les hommes divisés par l'égoïsme et l’antagonisme, c'est donc prêcher une nouvelle religion . « On sent très-bien que le développement par l’ctymologie est souvent insuffisant. Vous en avez la preuve à propos de la rhétorique même , au commencement de ce traité. « Le nom d’amour-propre, dit Nicole, ne suffit pas pour nous faire connaître sa nature, puisqu'on se peut aimer en bien des manières. Il faut y joindre d'autres qualités pour s’en faire une véritable idée. « Dans ce cas , la pensée se développe en combattant l’étymologie , comme elle se développait tout à l'heure en l'adoptant. Au lieu du pour , vous prenez le contre. Toujours est-il que vous avez trouvé une source d'invention dans le lieu étymologie.
On sent encore que, en bien des circonstances, ce développement est tout près du sophisme. Mais il en est ainsi de beaucoup d'observations eide préceptes. Là, comme ailleurs, l’abus est frère de l’usage. Ce n’est pas un motif au rhéteur pour s’abstenir *.
Quanta la définition, si vous ne voulez qu’exposer et instruire, sans plaider une cause, sans soutenir une opinion, votre définition ne doit avoir que les qualités exigées en logique; il suffit
1 Je «lis au rhéteur, remarquez, et non pas a l’écrivain. Le rhéteur est force d'indiquer, sauf restriction préalable, tout élément de bien, lors mémo qu’il peut devenir élément de mal. IJ n’en va pas ainsi de l’écrivain. Le danger des fausses définitions, soit de mots, soit de choses, est incalculable. Je ne puis assez recommander aux jeunes gens d’examiner avec la raison la plus scrupuleuse et la plus diflicile les définitions qu’ils rencontreront dans certaius écrivains , de bien voir si elles sont adéquates, c’est-à-dire parfaitement en rapport avec l’objet défini tout entier et avec lui seul. Une définitioii erronée une fois admise entraîne souvent aux plus absurdes conséquences. Voyez l’histoire des dernières années. Les définitions données par quelques contemporains des mots république , bourgeoisie, peuple, oisif, capital, propriété , travail, et de tant d’autres, ont été et seront peut-être longtemps enc ore la source des plus épouvantables catastrophes.
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que le lecteur puisse saisir nettement l’idée, la distinguer de toute autre, l’embrasser dans son ensemble. Les modèles sous ce rapport se trouvent dans les ouvrages scientifiques. Mais si tous écrivez, non pour exposer, mais pour prouver, il n’en va plus ainsi. Le précepte de la logique, qui ne demande à la définition que la réunion du genre prochain et de la différence spécifique ou numérique , est insuffisant. A quoi en effet devezvous tendre alors? Non plus à présenter l’idée dans sa réalité complète et sous toutes scs faces , mais à réunir et à mettre dans leur jour les traits favorables à l’opinion que vous soutenez, en laissant dans l’ombre les côtés opposés et même voisins. Les orateurs, les poètes, les écrivains de toute espèce vous fourniront de nombreux exemples de cette sorte de définition.
Flécbicr veut relever le mérite d’un général par les difficultés à vaincre dans le commandement. II emprunte son développement au lieu définition. 11 définit l’idée année. Mais il choisit les éléments de sa définition de manière que chaque proposition soit une des prémisses d’un syllogisme qui ait pour conclusion : donc il est difficile de commander une armée.
« Qu’cst-ce qu’une armée? C’est un corps animé d’une infinité de passions différentes qu’un homme habile fait mouvoir pour la défense de la patrie ; c’est une troupe d’honmtes armés qui suivent aveuglément les ordres d’un chef dont ils ne savent pas les intentions; c’est une multitude d ômes pour la plupart viles et mercenaires, qui, sans songer à leur propre réputation, travaillent à celle des rois et des conquérants; c’est un assemblage confus de libertins qu’il faut assujettir à l’obéissance, de lâches qu’il faut mener au combat, de téméraires qu’il faut retenir, d’impatients qu’il faut accoutumer ô la confiance. «
Vous pressentez la conclusion, et vous voyez comment la définition de l’idée armée sert de développement à celle proposition : le commandement est chose difficile. Vous comprenez
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aussi que, tout en aidant beaucoup au développement, la déliuilion est en même temps une source d'argumentation dans les sujets qui exigent le raisonnement. Et celle observation, comme vous pouvez le prévoir, s'applique à tous les topiques qui suivront.
Corneille, dans Cinna, pour déterminer Auguste à garder le pouvoir absolu, définit l’étal populaire. Comparez à ce morceau celui où Voltaire traite la même question par la bouche du courtisan Aruns (II). Itien de plus utile que ces rapprochements. On voit comment le caractère, la position et le but divers des interlocuteurs modifient leur façon de considérer et de définir les choses.
On pourra remarquer dans ces deux derniers exemples, que la définition s'est agrandie cl développée. Nous voici au troisième lieu , Y énumération des parties.
Ce topique se confond souvent avec le précédent, et en effet, à parler exactement, qu’csl-cc que la définition? L énumération dans un ordre régulier, de tous les éléments dont se compose l’objet défini. On n’a point eu tort, cependant, de distinguer ces deux lieux; car on emploie le second dans les cas même où le sens et le signe de l'idée également connus ne demandent ni définition, ni étymologie. On l'emploie, parce que de tous les modes de développement, celui-ci est de l’application la plus fréquente et de la plus riche fécondité, ou plutôt parce qu’il les résume tous en lui seul.
L’énumération n’est autre chose cpic celle analyse philosophique, ce travail de décomposition et de recomposition de l'idée, si hautement apprécié, si fréquemment recommandé par Condillac, partie inattaquable de sa doctrine, et qui a survécu à tout le reste.
I.a rhétorique, comme la logique, peut comparer le sujet ou l’idée à traitera celte campagne dont parle Condillac, que l'on embrasse, il est vrai, d’un coup d'œil, mais (pie l'on ne peut ni bien connaître soi-méme, ni bien expliquer aux
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autres, si, semblable à des hommes en extase, on continue de voir à la fois celte multitude d’objets différents sans étudier chaque partie l’une après l'autre. On sent, comme le philosophe, que pour avoir une connaissance de cette campagne, il faut arrêter scs regards successivement d’un objet sur un autre, observant d’abord ceux qui appellent plus particulièrement l’attention, qui sont plus frappants, qui dominent, autour desquels et pour lesquels les autres semblent s’arranger; ensuite, quand on a la situation respective des premiers, passant successivement à tous ceux qui remplissent les intervalles; enfin, ne décomposant ainsi que pour recomposer, afin qu’une fois les connaissances acquises, les choses, au lieu d'èlre successives, aient dans l'esprit le même ordre simultané qu’elles ont au dehors.
« L’analyse de la pensée , ajoute Condillac 1 , se fait de la meme manière que l'analyse des objets sensibles. On décompose de meme ; on se retrace les parties de sa pensée dans un ordre successif pour les rétablir dans un ordre simultané; on fait cette décomposition et celle recomposition en se conformant aux rapports qui sont entre les choses, comme principales et comme subordonnées, et parce qu’on n'analyserait pas une campagne, si la vue ne l'embrassait pas tout entière, on n’analyserait pas sa pensée, si l’esprit ne l’embrassait pas tout entière également. »
Analyser n’est donc autre chose qu’exposer dans un ordre successif les parties dont se compose une idée, et leur rendre ensuite l'ordre simultané dans lequel elles coexistent dans l’esprit.
L’analyse étant un des principaux moyens de nous instruire
* Co.MitLLAC. Logiqtir, c. 2.