CH AP. IX. — DES PASSIONS
grecque, de l'autre on l’a louée d cire chrétienne et française.
A mon sens, Phèdre n'est pas plus chrétienne et française que grecque et païenne ; c’est la femme passionnée de tous les âges et de tous les lieux ; c’est la plus parfaite personnification de l'amour, mais de l’amour criminel et puni par son propre excès, et c’est précisément là ce qui en constitue la moralité. Phèdre n'est pas, comme OEdipe , victime de la fatalité; elle est coupable parce qu’elle veut l’étrc, mais elle le veut, comme toute nature faible et passionnée, qui voit et aime le bien et qui fait le mal :
. . . video mcliora proboque,
Détériora sequor ' .
Suivons, en effet, dans toutes scs phases cette passion si admirablement reproduite par le poêle.
Phèdre parait, dès les premières scènes, souffrante, épuisée, résolue d’étouffer dans son sein le secret de son funeste amour, dont elle accuse les dieux et les hommes, comme si elle pouvait égarer ainsi l'infaillible instinct de la conscience. Ce secret, elle veut l’emporter au tombeau ,
Je meurs pour ne point faire un aveu si funeste ;
ce qui ne l’empèehc pourtant pas de tout avouer à sa nourrice. El remarquez. Dans cette merveilleuse scène de l'aveu, comme dans celle delà déclaration, le poêle n’a mis en relief, par son analyse, que la passion matérielle. Dans les causes comme dans les effets, il ne s'agit jamais que des avantages extérieurs d’Hippolytc. Un tel amour ne pouvait avoir d’autre source et d’autre résultat que l’égarement des sens. Comparez-lc
* Je voit», je veux le bien, c’etl le ml que je fais.
Ovin.
DE I.A nilÊDOniQI E.
sous ce rapport au sentiment clwste et gracieux qui anime Aricic. Celle observation révèle , ce me semble, dans Racine, une exquise intelligence de la moralité comme de la vérité. Voilà donc le premier pas fait :
J'aime... de l’amour j'ai toutes les fureurs.
Elle n’en est pas moins déterminée à mourir,
A dérober au jour une flamme si noire.
Mais quand la nouvelle de la mort de Thésée fait prendre à tout une autre face, OEnonc, par là même qu’elle a reçu les aveux de Phèdre, peut lui conseiller de vivre, de déclarer même son amour à Hippolyte; et Phèdre ne sait plus que lui répondre :
Eh bien, à les conseils je me laisse entraîner.
Telle est cette marche si rapide des passions humaines : celle qui voulait mourir, il n’y a qu’un instant, plutôt que de déposer le mystère de son funeste amour, même dans le cœur désintéressé de sa nourrice, ne craint pas maintenant de le déclarer à celui qui en est l’objet. Non pas quelle suppose, avecOEnone, que, par la mort de Thésée, sa flamme devienne une flamme ordinaire. Elle sait fort bien que l’inceste n’a pas disparu avec l’adultère,
La veuve de Thésée ose aimer Hippolyte !
mais ce bien qu’elle voit, clic ne veut pas le suivre. En vain est-elle repoussée avec mépris; sa passion s’accroît de sa honte même, clic dévore les rebuts, elle s'en fait des titres de gloire, et c’est à l’instant où clic a pu se convaincre de l’horreur et