C1IAP. IX. DES PASSIONS. 1 I
du dégoût qu'elle inspire, quelle ne rougit pas de dire à OEnonc :
Et l’espoir, malgré moi, s'est glisse dans mon cœur!
En vain sa nourrice, changeant alors de rôle avec elle, lui conseille de fuir ou de chercher son repos dans de plus nobles soins, elle ne veut plus rien écouler,
De l'austère pudeur les bornes sont passées ;
rien ne peut arrêter désormais ce torrent déborde d’un indomptable délire.
Sers ma fureur, OEnonc, et non pas ma raison.
Cette scène, la première du troisième acte, est un chef-d'œuvre de connaissance et d’analyse du cœur humain.
Cependant Thésée est de retour à la lumière, et par une excellente péripétie, la situation de tous les personnages va changer de nouveau. Il ne reste plus à Phèdre qu’à mourir, mais celte fois elle mourrait déshonorée; llippolylc dénoncerait son forfait, et avant sa mort, elle n’aurait ni assouvi, ni vengé son amour méprisé ! Il n’en sera pas ainsi. Il est vrai que c’est OEnone. dont cette pensée révolte la tendresse, qui ose alors lui conseiller d'accuser elle-même Hippolytc; il est vrai que le premier mouvement de Phèdre est encore un cri d indignation :
Moi, que j'ose opprimer et noircir l'innocence !
Mais bientôt elle se familiarise peu à peu avec celte affreuse idée, le crime perd à ses yeux sa noirceur; l'abîme appelle l'abîme, et Phèdre descendra dans toutes scs profondeurs :
Fais ce que tu voudras, je m’abandonne à toi.
DK LA niIKTORIQUK.
Dès lors, ballottée entre les remords et la passion, elle laisse accuser llippolytc, puis elle eouri le défendre; elle veut et ne veut pas :
S'il en est temps encore, épargnez votre race.
Mais c’est ici que l’attend le coup le plus terrible; llippolytc aime Arieie! Son éloignement pour Pbèdrc n’est plus de linsensibilité, c’est du mépris! cet épouvantable déchirement manquait au supplice de l’infortunée. C’est la jalousie avec toutes ses fureurs qui va mettre le comble aux tourments qu’elle endure. Aussi n’écoute-t-clle plus que sa rage. Il aime Arieie !
Et je me chargerais du soin de le défendre !
Non. C'est sa mort maintenant quelle demande; et non-seulement la sienne, mais aussi celle de son amante, et c’est à Thésée quelle va s’adresser; c’est Thésée, outragé par elle, qu’elle veut rendre l'instrument de sa vengeance ;
Il faut perdre Arieie, il faut de mon époux
Contre un sang odieux réveiller le courroux.
El puis , comme si cet excès de la passion parvenue à son paroxysme, et qui ramasse toutes scs fureurs en un seul point en eût par là même présenté l’image sous de plus odieuses couleurs, c’est alors seulement qu’il n’est plus pour elle d’illusion possible, et que toute celle série de crimes lui apparait dans sa hideuse nudité. Elle voulait dérober à tous son odieux amour, et elle l’a révélé d’abord à sa nourrice, puis à celui même qui en est l’objet ; elle croyait son époux mort , et son époux est vivant; elle espérait fléchir llippolytc, et llippolytc l’a rejetée avec horreur; elle a sacrifié l’intérêt de ses enfants, elle a outragé Thésée qui l'avait aimée, elle calomnie et tue,