C1IAI1 . IX. — DES PASSIONS
par la main môme de son époux , son beau-fils quelle aime ; à ce meurlrc elle veut ajouter celui d'Arieie innocente !
Chaque mot sur son front fait dresser ses cheveux !
Maintenant la mesure est comblée. La mort, son premier espoir, est devenue son seul asile. Qu’OEnone cherche à lui adresser encore ses conseils naguère si puissants.
Je ne t'écouté plus, va-t’en, monstre exécrable !
Le sang-froid d’un parti pris l’absorbe tout entière : disculper Hippolylc, et puis mourir ;
11 faut à votre fils rendre son innocence,
Il n'était point coupable...
J’ai pris, j'ai fait couler dans mes brûlantes veines Un poison que Médéc apporta dans Athènes.
Telle est dans toutes ses phases la passion la plus tragique et la plus variée qui ait été exposée sur le théâtre. Chaque développement est surpassé par celui qui le suit, chaque morceau est plus beau que celui qui le précède, et le dernier,
Ils s’aimeront toujours...
est le plus admirable de tous. 11 n’existe chez aucun poète français, dit un critique, une peinture aussi vive, aussi éloquente, aussi pathétique de l'amour et de la jalousie parvenus peu à peu et par degrés au plus haut point de la rage et du délire. » Et ce sont là les modèles qu’il faut étudier pour apprendre à traiter la passion.
Mais ainsi que le praticien s’instruit principalement dans les hôpitaux et au lit des malades, c’est surtout dans les assemblées politiques ou religieuses, dans la plaee et la voie publique,
au parterre dos théâtres, dans la société intime où !’a placé la nature ou le hasard que l'écrivain étudiera les passions;
Segnius irritant animos demissn per aureni,
Quam qutc sunt oculis subjecta fldclibus
Lin fait dont on a été témoin, un mot, un signe caractéristique échappés d'instinct à la passion, que l’observation les recueille, que la méditation les mûrisse, et ce travail sera plus utile que tous les commentaires delà philosophie, que tous les modèles de la poésie et de l’éloquence.
J’ai dit qu’on fécondait un sujet en le passionnant. Passionner un sujet, précepte déjà touché au chapitre IV, c’est l’animer en s’y attachant, c’est en faire sa chose, c'est soutenir une thèse avec autant d’ardeur que si nos plus chers intérêts se trouvaient compromis par le triomphe de l'opinion contraire. Essayez d’en agir ainsi, même avec les sujets qui, au premier abord, vous paraissent les plus indifférents; peu à peu cette animation fictive, sous certains rapports, échauffe réellement; on s’enthousiasme pour son idée, la fiction devient une vérité; et cela sans contradiction avec ce qui précède, car cette passion volontaire ne prend plus au cœur et aux entrailles, elle réside toute dans l'imagination.
Les natures impressionnables sont excellentes ici. Parcourez de ce point de vue la Fontaine, M"” dcSévigné, J. -J. Rousseau cl son école. Ces écrivains passionnent toute chose, et l’intérêt tout personnel qu'ils semblent prendre aux moindres événements qu'ils racontent , aux moindres principes qu'ils établissent, leur donne des ressources infinies pour les développer en y intéressant aussi le lecteur. Ce dernier point est
* Transmis & noire oreille un fait nous frappe moins Que les réalités dont nos yeux sont témoins.
flux , A ri poél.
CHAI*. IX. DES PASilOXS.