‹ De la rhétorique, ou, De la composition oratoire et littéraireChapitre 46 sur 147 · UE I-A RHÉTORIQUE · texte numérisé non relu

UE I-A RHÉTORIQUE

démontre, par l'amplification, que le duel est 1 acte d une bête féroce , que le suicide est un crime contre la société et contre Dieu, que l’homme ne doit pas se nourrir de la chair des animaux, etc.

Elle ne s’emploie pas seulement dans l’éloquence et la philosophie; que d'amplifications poétiques dans Homère , dans Virgile, dans Racine, dans lord Byron, dans Lamartine, dans l’auteur de la Divine Épopée et de Jeanne (l’Jrc!

Je sais que bien des poètes ont étrangement abusé de ce moyen de développement, que certaines amplifications de Crébillon , par exemple, de Corneille lui-même, je ne veux pas parler des contemporains, sont de véritables déclamations. Mais, d’autre part, je ne voudrais pas, avec Condillac et quelques autres rhéteurs, montrer ou poète une sévérité déplacée, et le traiter moins en poète qu’en philosophe. Plusieurs critiques, Fénelon 5 leur tête, ont vivement blâmé le récit de Théramène dans Phèdre. Théramène , disent-ils, se plaît trop à décrire les cornes menaçantes, les écailles jaunissantes et la croupe qui se recourbe. Il devrait dire simplement et d’une voix entrecoupée î — Hippolyte est mort , un monstre 1 a fait périr; je l’ai vu. — Il est aisé de répondre à ces critiques , et Voltaire l'a fait avec beaucoup de justesse ■. Il n’ose , il est

1 « Je ne prétends point défendre les écaille» jaunissantes cl ta croupe qui sc recourbe ; mais en général celte critique souvent répétée me parait injuste. On veut que Thcramcne dise seulement : « Hippolyte est mort, je l’ai vu, c’en est fait. * C’est précisément ce qu’il dit et en moins de mots encore : .... Hippolyte n’est plus. » Le père s’écrie; Théramène ne reprend ses

sens que pour dire :

... J’ai tu des mortels périr le plus aimable,

et il ajoute ce vers si nécessaire, si touchant, si désespérant pour Thésée : Et j’ose dire encor, seigneur, le moins coupable.

La gradation est pleinement observée, les nuances sc font sentir l'une après l'autre. Le père attendri demande « quel Dieu lui a ravi son fils, quelle foudre soudaine?...» Et il n'a pas le courage d'achever, il reste muet dans sa

ciiap. xiv. — dd corps de l’odvrage. 2Ü7

vrai, défendre ni les cornes menaçantes, ni les écailles jaunissantes; soit, et j’accorde que Racine ait oublié, dans ce récit, sa sobriété habituelle; mais, d’une autre part, se borner à l’assertion laconique de Fénelon, c’eût été en quelque sorte, désappointer le lecteur qui , comme Thésée, demande des détails, c'est-à-dire l’amplification.

douleur, il attend ce récit fatal ; le public l’attend de mémo. Théramène doit répondre. On lui demande des détails ; il doit en donner... Quel est le spectateur qui voudrait ne les pas entendre, ne pas jouir du plaisir douloureux d’écouter les circonstances de la mort d’Ilippolytc ? •

GSO

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