OU CORPS OE L'OUVRAGE
De la confirmation ; preuves et arguments. De l’usage de la logique formelle dans l’argumentation ; principes, nomenclature et définition des principaux termes de la logique formelle. — Du choix des preuves, de la généralisation, de l’ordre des preuves. — De la réfutation j de la réfutation sérieuse; du sophisme et du paralogisme ; de la réfutation ironique ; préceptes à observer dans l’emploi de l’ironie. — Division de l’cloquence en trois genres, délibératif, démonstratif et judiciaire ; arguments pour et contre cette division ; ce qu’il faut en penser.
I,n narration et les genres que nous y avons rattachés, description, portrait, dialogue, etc., forment souvent l’ensemble de l’ouvrage, mais souvent aussi ils n’en sont en quelque sorte que le fondement, et alors l’édifice lui-mème est tout entier dans la confirmation.
La confirmation renferme les preuves ou arguments. Or c’est dans l’argumentation que réside toute l’adresse et la force de l’éloquence judiciaire, d’une grande partie du genre délibératif, de la polémique, de In plupart des écrits philosophiques et didactiques. Il est donc important de s’y arrêter.
Nous avons dit que la science, l’expérience cl la méditation
CIIAP. XV. — DU COBPS DE (.'OUVRAGE. 200
ilonncnt le fond, et In logique la forme de l’argumentation. Pour cette dernière partie nous pourrions donc renvoyer aux traités ex professé sur la matière. On comprend maintenant pourquoi nous demandions que celle étude précède celle de la rhétorique. Quand les rhéteurs, en effet, dissertent du syllogisme et des autres manifestations du raisonnement, ils ne peuvent le faire que d'une manière superficielle ; ils se bornent forcément à un rapide aperçu de la logique formelle, toujours incomplète et boiteuse , sans la logique réelle. Mais puisqu’en définitive ce qui devrait être n’est point, et que, dans l’état actuel de l’enseignement, en dépit de Boileau , on n’apprend pas à penser avant que d'écrire, force nous est, tout en confessant notre insuffisance, d’indiquer au moins sommairement les principes d’argumentation, et les principaux termes affectés aux diverses espèces d'arguments.
Avant tout, il faut bien savoir quelle nature d’argumentation est applicable aux idées que l’on veut communiquer et faire admettre.
Écartons d’abord certaines vérités d’instinct, d’intuition , de besoin, de sentiment, qui ne se démontrent ni ne se contestent, dont tout cire régulièrement organisé a la conscience, qui ne sont niées que par les monstres et les malades , comme la lumière par l’aveugle. Ici point d'argumentation ; enlevez 1a cataracte ou taisez-vous. Bornons-nous aux vérités qui sont du domaine de l’intelligence.
Pourquoi admettez-vous que dans tout triangle la somme des trois angles est égale à deux angles droits ? Parce que vous déduisez cette vérité d’une série de propositions successivement évidentes d’où elle découle invinciblement. Vous ne pouvez vous tromper, parce qu’ici l’idée étant en vous, vous en connaissez l’objet dans sa raison d’étre , et qu’il ne peut vous paraître autre qu’il n’est.
Pourquoi admettez-vous qu’une quantité donnée d’acide nitrique dissout une quantité correspondante d’argent? Parce
DE LA BHÊTOMQl'E.
vous induisez cette vérité d un certain nombre d expériences qui vous ont toujours présenté le même résultat. Vous pouvez vous tromper, parce qu’ici l’idée étant hors de vous , bien qu'actuelle et susceptible de se vérifier, vous n’en connaissez pas l’objet dans sa raison d’ètre. et qu’il peut vous paraître autre qu’il n’est.
Pourquoi admettez-vous qu Alexandre a vaincu les Perses, et que le castor vit en société? Parce que vous n’avez aucun motif valable de révoquer en doute 1 autorité de ceux qui vous ont transmis ces vérités , et qu’en conséquence vous croyez à leur témoignage. Vous pouvez vous tromper, parce qu’ici | idée étant non-seulement hors de vous, mais telle que le temps ou la distance ne vous permet pas de la vérifier personnellement. vous n’en connaissez pas l’objet dans sa raison d être, et qu’on a pu vous le présenter autre qu’il n est.
Voilà trois ordres distincts d’assentiment, auxquels vous pouvez rapporter les propositions de toute nature.
Dans le dernier ordre, les faits et les autorités ont été pesés et contrôlés, de manière à déterminer la croyance au témoignage, d’où l'on déduit la réalité de tous les faits similaires.
Dans le second, l'induction par l’analyse et l’expérience a amené une probabilité telle qu elle approche de l'évidence, et peut servir à établir des universaux d’où l’on déduit l'application à toutes les hypothèses.
Dans le premier enlin, 1 évidence étant immédiate, il ne reste plus qu’à déduire d’une vérité évidente d’autres vérités qui le sont moins.
Vous remorquerez que les trois ordres se rencontrent en un point : poser des universaux et en déduire l’hypothèse à établir ; seulement dans les deux derniers la déduction est précédée d’une analyse, d’un examen, d’une induction dont le premier se passe; il n’a pas besoin d’amener ses prémisses, il lui suffit de les énoncer, et c’est par là même qu’il peut seul atteindre la vérité rigoureuse.