DF. LA RHÉTORIQUE
En second lieu, vous n’atteindriez pas même de celte façon le but spécial que vous avez en vue. Ce n’est pas seulement en effet par les mots et leurs combinaisons syllabiques que ces deux branches de dialectes différent entre elles ; sous ce rapport, au contraire, les analogies sont assez nombreuses et assez frappantes pour prouver, jusqu’à un certain point, identité d’origine ; c'est surtout par leur génie, leurs constructions, leurs idiotismes. Les langues anciennes sont synthéhques, les modernes, analytiques, ou si vous préférez la nomenclature de l'abbé Girard, les unes sont transposa tives, les autres, analogues. Dans les premières, les rapports des idées et les variations du verbe s’expriment par des changements dans la terminaison des mots, tandis que les autres emploient, pour rendre la plupart de ces modifications, des particules séparées, monosyllabiques, dont la place est rigoureusement déterminée à l’effet d’éviter toute ambiguité, et qui, au lieu de s’incorporer diversement aux mots qu’ils affectent, obéissent à un système monotone de juxtaposition. De là, chez les anciens, une pompe, une harmonie, une précision, une variété singulières, une liberté dans la disposition des pensées et des expressions qui permet de les placer dans le jour le plus favorable, et de mettre en relief celles qui doivent le plus spécialement fixer l’attention. De là aussi, d’une autre part, un inappréciable avantage pour la jeunesse, c'est que la connaissance des écrivains qui ont employé les langues synthétiques ne peut s'acquérir à la course, c’est qu elle exige un travail assidu, quelle réclame, on le voit, lexeicice de toutes les facultés mentales. Or, on ne peut assez le redire, pour bien apprendre et bien retenir, il faut apprendre avec peine et labeur. Le fer ne pénètre profondément et solidement que lorsqu'il a eu à combattre et à vaincre la résistance du corps où l’on veut le fixer.
Les langues modernes, la langue maternelle surtout, s'identifient tellement avec les habitudes de notre enfance et avec
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noire vie sociale, elles forment si bien, dès le berceau, comme une partie de notre être, qu’il est difficile de les placer, en quelque sorte, à distance des regards intellectuels, pour en discerner la nature et en mesurer les proportions. Et puis, le vocabulaire de ces idiomes, et principalement celui du français, est une mosaïque empruntée à tant de langages divers, la phrase y est si souvent brisée par des particules, si simple et si peu variée dans scs règles fondamentales de construction, les mots si stériles en inflexions, qu’à moins de pouvoir comparer ces langues à d’autres d’un caractère différent, il est presque impossible d’acquérir par elles quelque idée complète de grammaire générale et de philologie. Enfin, il est, dans toute langue moderne, des familles entières de mots, ou au moins des individus, dont on ne peut se rendre compte, sans aller chercher aux sources antiques leur étymologie.
Voilà pour la philologie; voici pour la rhétorique.
L étude des langues anciennes présente seule au jeune écrivain des modèles fixes, reconnus, éternels et universels. Partout ailleurs le terrain est mouvant et les limites disputées *. Le professeur de grec et de latin, quels que soient d’ailleurs la tournure de son esprit et son goût personnel, ne s’avisera jamais de proposer à l'imitation des jeunes gens Lucain au lieu de Virgile, et Quintus ou Triphiodore au lieu d’Homère, il le voudrait qu’il ne le pourrait pas. C’est que le mot classique n’a un sens réel et incontestable qu’à l’égard des anciens; ce sont eux seulement que la consécration du temps, la critique et l’assentiment général mettent à l’abri des caprices et des sophismes de la mode. Supposons, et l'expérience des
' <• I,c mouvement naturel des choses, dit le comte de Maistre, .-iliaque constamment les longues vivantes ; et sous porter de ces grands changements qui les dénaturent absolument, il en est d’autres qui ne semblent pas importants, et qui le sont beaucoup, etc. «