‹ De la rhétorique, ou, De la composition oratoire et littéraireChapitre 8 sur 147 · DE LA HISTORIQUE · texte numérisé non relu

DE LA HISTORIQUE

dernières années nous a appris qu’il n’y a plus rien à supposer sous ec rapport, supposons que le goût du jour prétende remplacer, dans l’estime publique, Corneille, Racine. Boileau, par tel ou tel écrivain moderne; l’intérêt. In vanité, l'amour de l’innovation ne porteront-ils pas de jeunes professeurs à préférer les productions contemporaines à ces vieux exemplaires, si bien et si longtems éprouvés, et à s’acquérir ainsi à peu de frais une popularité éphémère? Or quelle garantie dans un enseignement appuyé sur de telles bases? Quel serait le résultat de sou action sur la langue que nous ont faite Pascal, Racine. Fénelon, Montesquieu, Voltaire. Bufîon? .V est-il pas évident qu'après l’avoir rendue dès l'abord inintelligible aux étrangers, il liuirail par la dénaturer et l’anéantir? El en attendant eel infaillible couronnement île l’œuvre, quelle autorité pour déterminer le choix des modèles ? Chaque ouvrage nouveau de chaque auteur à la mode étant réputé chef-d’œuvre à son apparition, chaque année verrait surgir un nouveau modèle. El là, comme ailleurs, arriveraient bientôt la spéculation mercantile, l'antagonisme avec toutes ses armes, la concurrence avec toutes ses ruses, intrigue, pamphlet dénigrant, réclame louangeuse, esprit de parti, ici conservateur, là progressif, tantôt clérical, tantôt philosophique, mais toujours exclusif et intolérant.

Les littératures anciennes ont un tout autre caractère de stabilité, et eette nature normale, qui leur est propre, se répand, dans les classes d’humanités, sur l’enseignement de la langue maternelle et de toutes les autres branches. Que l’on en soit bien convaincu, si, avec le dévergondage des doctrines littéraires modernes , certains de nos auteurs n’ont pas porté beaucoup plus loin encore les égarements de leur pensée et de leur style , ils le doivent à l'influence de ce premier enseignement et au souvenir, involontaire peut-être, des modèles qu’ils avaient alors sous les yeux.

Je pourrais ajouter beaucoup d’autres considérations en

C1IAP. III. — ÉTl'DES PHÉLIMINAinES.

faveur des langues anciennes (E) : je me borne à celles que j'ai exposées, et qui rentrent rigoureusement dans mon sujet.

Quant aux méthodes d’enseignement de ces langues, il existe une foule de bons livres spéciaux sur la matière. J'y renvoie le professeur et le jeune écrivain. Seulement, qu’ils ne perdent pas de vue ce que j’ai dit sur le but de celle étude. Elle est destinée surtout à exercer les diverses facultés intellectuelles. On conçoit que, pour la diriger en ce sens, il s’agit de chercher à bien comprendre et à bien rendre les écrivains anciens, plutôt que de prétendre lutter avec eux , en composant dans leur idiome, soit en prose, soit en vers. Ainsi beaucoup de grammaire , de lectures, de traductions en langue maternelle, peu de traductions ou de compositions en grec ou en latin, et, si l'on s’en occupe, qu’on leur donne pour principe l imitation et presque la reproduction littérale des formes de l'antiquité.

L’élude approfondie de la langue maternelle, celle des langues anciennes , voilà donc les travaux préparatoires à la rhétorique; mais bien qu ils soient les premiers et d’indispensable nécessité, ils ne sont assurément pas les seuls, comme nous allons le voir.

CÏ5J3

Page 1