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avait toujours eu le défaut d être un peu vogue, elle eut celui de devenir commune. Les passions, de leur côté, apprivoisées par les relations plus étendues et plus suivies des hommes ' entre eux, refrénées par les lois, les coutumes, les bienséances sociales, perdirent de l’énergie de leurs manifestations. On accusa la métaphore de vulgarité, l'hyperbole, l'exclamation, l’apostrophe multipliées, de mauvais ton ; ceux qui avaient l’esprit droit et juste et le sentiment des convenances s’éloignèrent du style figuré des premiers âges, non point qu’il ne fût naturel, mais parce qu’il ne l’était plus. En user c’était retourner aux hiéroglyphes après l’invention de l'écriture.
Il en est de ce langage comme de la poésie dont il est un des caractères distinctifs. A mesure qu’un peuple s’éclaire et vieillit, la littérature tourne a la prose. La poésie est la langue des enfants et des dieux, la prose est celle des hommes. Si parfois la poésie fait encore entendre de nos jours une voix aussi pure et aussi brillante que dans les temps antérieurs, ce ne sont que des accents personnels, en quelque sorte, presque toujours sans écho, perdus dans la foule qui ne les écoule pas, et auxquels renonce le poète lui-mème, ù mesure qu’il avance dans la société et se mêle ù la vie active et réelle. Walter Scott, le barde écossais, a fini par d’admirables romans et de mauvaises histoires, et si lord Byron eut vécu
des son origine; clic adopte un caractère plus sévère, clic pèse la valeur des observations, elle ne devine plus, elle combine et raisonne. Alors les aperçus dogmatiques des siècles anterieurs ne se conservent que dans les préjuges du peuple et des classes qui lui ressemblent par leur manque de lumières; ils se perpétuent surtout dans quelques doctrines qui, pour cacher leur faiblesse, aiment à se couvrir d’un voile mystique. Les langues surchargées d’expressions figurées portent longtemps les traces de ces premières institutions. Un petit nombre de symboles, produits d’une heureuse inspiration des temps primitifs, prennent peu à peu des formes moins vagues; mieux interprétés, ils se conservent meme dans le langage scientifique. » Dr Humdolot, Cosmos, 1" partie.
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I1E LA IIIIÉTÜRIQCE.
plus longtemps, la seconde partie de ses œuvres se composerait sans doute de discours au parlement, de compositions historiques cl d'impressions de voyage , comme il est avenu de Lamartine et de Victor Hugo (CCI.
Les réflexions qui précèdent éclairciront ce que j’ai à dire du style figuré. Si l’on n’en perd de vue ni l’origine, ni la nature, il sera facile d’en apprécier le but, d’en déterminer et d’en limiter l’usage, d’en saisir et d’en signaler les defauts. Remarquons d'abord qu’il est un assez grand nombre de ligures dont il suffit de connaître la nomenclature, dont il ne reste plus rien à dire dès qu’on en a exposé la définition et l’étymologie, parce quelles ne comportent que certaines phrases stéréotypées, en quelque sorte, par l’usage, des espèces d’idiotismes dont il n'est pas permis de s’écarter, parce que, en un mot, elles ne sont, comme je l’expliquerai plus tard, que des calaehrèses. Celles-là, si notre définition est exacte, méritent à peine le nom de ligures. Car, puisqu’elles sont forcées et imposées par la langue, comment donneraient-elles au discours l’énergie, l’élégance, la nouveauté? Les ligures vraiment dignes de ce litre sont celles qui se reproduisent à chaque pas sous une foule de formes diverses, que l'écrivain peut traiter librement, manier à son gré, et dont par là même l’emploi est soumis à des règles et prête aux observations du rhéteur, la métaphore, par exemple, la périphrase, 1 antithèse, ete. Celleslà doivent être soigneusement étudiées.
Bien que nous venions en effet de constater les modifications et les restrictions que les progrès de la raison et de la langue apportent à l’usage des figures, cela ne signifie, en aucune façon, qu’il faille les bannir du style. Elles sont fondées, nous l’avons dit aussi, sur des qualités ou des besoins de notre nature, penchant à l imitation, association d'idées, imagination, passion, ete. ; leurs avantages, sous ce rapport, sont incontestables. Réveiller une idée principale au moyen d'idées accessoires, déguiser des pensées tristes, pénibles, inconve-
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liantes même, mais indispensables au sujet, enrichir la langue par des alliances de mots inattendues, donner au style, soit par le piquant des rapprochements et des oppositions, soit par le tour et le mouvement de la phrase, plus de clarté, d’énergie , d élégance, de vivacité, de noblesse, de nouveauté, d’intérêt : voilà des mérites que nous leur reconnaissons avec tous les critiques. Sans les figures, le langage, sec et incolore, peut parler encore à la raison, mais il laisse l’imagination froide et inanimée. Sans les figures, des idées peut-être, mais point de style; une esquisse, mais point de tableau ; du dessin, mais point de couleur; il ne faut donc pas en négliger l’étude. Loin de là ; plus le temps en a rendu l’emploi difficile, plus elles exigent de soins et d’attention.
Dés les temps les plus anciens, les rhéteurs étaient divisés sur les genres, les espèces, le nombre, le nom même des figures; ces questions étaient, au siècle de Quintilien, une source intarissable de chicanes et de subtilités, et l’on ne s'accorde guère mieux aujourd’hui. Ce que les uns nomment hypallage, les autres l’appellent métonymie ; certaines synecdoques, qui chez ceux-ci restent synecdoques, deviennent métonymies ou antonomases chez ceux-là. Ajoutez que souvent une locution unique comprend en elle plusieurs figures, comme nous avons remarqué plus haut que les divers topiques rentrent souvent l’un dans l’autre. Les rhéteurs les plus sensés de l’antiquité latine, Cicéron même et Quintilien, ont beaucoup trop multiplié les figures, et souvent ont donné ce nom à ce qui fait le fond de l’idée et n’a rien de figuré, c’està-dire rien qui s’écarte du langage ordinaire ou de l’expression propre. Leur excuse est, comme ils nous l’apprennent euxmêmes, que leurs prédécesseurs et leurs contemporains, Yiscllius, Kutilius, Cecilius, Cornificius, Cclsus et tant d’autres avaient clé beaucoup plus loin, cl rangeaient parmi les figures presque toutes les parties du discours , ou plutôt le discours tout entier, sentences, narration, confirmation, etc.
Quoi qu’il en soit, voici le système le plus généralement adopté jusqu’ici pour les divisions et subdivisions de figures î
On les partage en figures de mots et figures de pensées.
Les figures de mots affectent uniquement l’expression. Elles comprennent :
1” Les figures de diction ou de grammaire qui modifient la Corme matérielle des mots;
*2° Les figures de construction ou de syntaxe qui modifient leur arrangement;
3° Les figures de mots proprement dites, soit que les vocables y conservent leur signification essentielle, soit qu’ils y prennent un autre sens que leur sens primitif, ce que l’on nomme aussi tropes.
Les figures de pensées tiennent uniquement à l'idée, quels que soient d’ailleurs les mots qui la rendent ■.
En général, comme je l’ai déjà dit, je fais assez bon marché des nomenclatures , persuadé que dans toutes les sciences de création humaine et qui n’ont point pour objet la nature réelle, le point essentiel est de bien saisir le fond des idées, et laissant d’ailleurs aux gens du métier liberté entière de ranger et de classer à leur goût. 4c ne puis cependant omettre ici quelques observations.
D’abord il me semble que ce qu’on appelle figures de
1 Le dernier écrivain qui s’est occupe des figures, celui, dont le livre présente le plus de méthode et de développements, cor il ne renferme guère moins de trois forts volumes in-12, M. Fontanier, divise toutes les figures en sept classes : 1° figures de diction ; 2” de construction : elles correspondent à la classification habituelle ; û° figures d'élocution ; 4» de style : subdivisions des figures ordinaires de mots proprement dites, les premières n’alf octant que quelques mots ou parties de phrase, les secondes, embrassant rénonciation totale de la pensée ; ligures de mj ni fieu lion ; ti» d'expression ; ce sont les /ropr* •• les premières s’appliquent à un seul mot, les secondes à une proposition ; 7° enfin, figures de pensée*, absolument indépendantes des mots, les mêmes que chez les autres rhéteurs.
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diction doit être complètement relégué dans la grammaire. Les modifications qui n’afTcctcnt que le matériel du signe par des additions, des retranchements ou des déplacements de lettres, n’appartiennent pas plus aux figures, que les altérations semblables produites dans le corps des mots par les règles des déclinaisons et des conjugaisons *.
1 Sans entrer dans les détails, je me contenterai de présenter aux jeunes gens, curieux des termes techniques, le tableau des métaplasmes , ou altérations que peuvent subir les mots. Je choisis en général mes exemples dans la langue latine, où ils sont beaucoup plus fréquents que dans la nôtre. Les mots peuvent s’altérer :
1° Par addition des lettres ou
2* Par retranchement des lettres ou
prosthèse,
épenthise , paragoge,
aphérèse,
syncope,
I apocope,
au commencement des mots, gnatus pour no lue. C'est ainsi que nous avons ajouté un e aux mots espace, esprit, formés du latin spatium, spiritus.
au milieu des mots, retligio pour religio. à la fin des mots, amarier pour amari.
au commencement des mots, posita ’ st pour posita est.
au milieu des mots, amant pour amaverit. En français gaîté, enjoûment, pour gaieté, enjouement.
à la fin des mots, Achilli pour Aehillis, Æn., liv. I, v. 54.
3» Par changement des lettres ou
4° Par séparation S des lettres ou (
antithèse,
métatlùse,
diérèse,
une lettre pour une autre, otli pour illi. deux lettres qui se remplacent mutuellement, tymbre pour lymber, Viao. Æn., X, 394 ; en français, Hanovre pour Ilanover.
aulaï, vitaï, pour aulœ, vitœ.
Isynérèse ou synisèse , aurëïs pour aurcis , ôntnia en deux syllabes pour ômnïà, Viao., Æn., VI, 33. Les deux lettres restent dans l’écriture; en français, paon pour pan.
erase, pecu/i'pour peculii. L’une des lettres disparaît dans l’écriture ; en français, oût pour août, synalephe ou élision, arma amens; en français.
Oui, je viras dans son Itmplt adortr l'éternel.
|)K LA Ml ÉTOMQÜE.
Ensuite, lu seconde classe des figures de mots où la construction seule est modifiée devrait comprendre l apostrophe , l'exclamation , et autres formes que l’on a mal à propos rangées parmi les figures de pensée, puisque 1 idée n y est pas plus affectée que le mot, et que tout leur artifice ne consiste que dans le tour ou le mouvement donné à la phrase.
Enfin, à propos de la troisième classe de figures de mots, je demanderai comment on peut donner ce nom à celles oit les vocables conservent leur signification essentielle; s’il n’y a point certaines figures qui portent à la fois sur le sens et sur le signe de l’idée; si la métaphore, figure de mots, n’affecte pas la pensée, en la rapprochant d’une autre, en la doublant en quelque sorte, tandis que la métonymie et la synecdoque, comme il sera prouvé plus tard , ne sont et ne peuvent être , d’après leur racine même, que des figures de mots; si l’apostrophe, figure de pensée , n’affecte pas le mot , en modifiant son inflexion ; si l’antithèse n’appartient pas évidemment aux deux classes, puisqu’elle oppose les mots aux mots , aussi bien que les pensées aux pensées; s’il n’eût pas fallu par conséquent ajouter à cette nomenclature une catégorie de figures mixtes, amphibies, pour ainsi dire, qui touchent tout à la fois et à la pensée, et aux mots, et souvent même au lourde la phrase.
Je ne prétends établir aucun système, mais il me semble que I on pourrait en trouver un plus rationnel.
Si, au lieu de nous préoccuper de l’élément du discours, mot, pensée, tour ou construction, qu’affectent les figures, nous pénétrons dans leur essence même, et ne nous attachons qu’à leur but et aux moyens employés pour y arriver, nous verrons que, destinées 5 donner au langage l’énergie, l’élégance, la variété, l’intérêt, elles y parviennent par un des moyens suivants :
1° En rapprochant deux idées, pour en faire mieux sentir ou la ressemblance , ou l’opposition : à la première classe
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appartiennent toutes les formes de la comparaison, métaphore, métonymie, synecdoque, allégorie, allusion, hyperbole, litote, métalepsc, prosopopée, etc. ; à la seconde, l’antithèse, l’ironie, la correction, la prétérition, etc. ;
2" En développant ou en abrégeant l’expression de l'idée : on la développe par toutes les variétés de l’amplification, périphrase, synonymie, gradation, pléonasme, répétition; on l’abrège par la disjonction, l’ellipse, la syllepsc, l’anacoluthe ;
5° Enfin, en changeant la forme de l’idée, et en substituant à l'énonciation simple ou régulière l’interrogation, l’exclamation, l’apostrophe, l’hyperbate, la suspension, etc.
Ainsi, on pourrait ranger toutes les figures sous cinq grandes bannières que j'appellerai :
Trope et antithèse ;
Pléonasme et ellipse;
Mutation ou inversion.
Avant d’entrer dans les détails, et sans vouloir, je le répète, imposer mon système, je recommanderai seulement à celui qui étudie les figures , d’abord , de ne point perdre de vue dans son travail la division que je viens d’indiquer, d'en vérifier l’exactitude par l’examen des faits, et, à mesure que se présente un terme nouveau, de le ramener sous ce que j’ai appelé sa bannière; cette attention lui facilitera l’intelligence et le souvenir de chaque figure; ensuite de mettre à part, d’un côté, celles qui ne sont, selon la remarque consignée plus haut, que des idiotismes consacrés par l’usage, de simples calachrèses, n’admettant par conséquent aucun précepte, aucune modification, en un mot, choses de mémoire et de théorie ; de l'autre, celles qui sont entièrement abandonnées au libre arbitre de l’écrivain, et par là même obligent le rhéteur à en régler l’emploi, à en déterminer les limites, choses de réflexion et de pratique.