‹ De la rhétorique, ou, De la composition oratoire et littéraireChapitre 78 sur 147 · CIUP. XXIV. — DES FIGURES. 5GI · texte numérisé non relu

CIUP. XXIV. — DES FIGURES. 5GI

de toute façon la fin de la période sera vicieuse. Et pourtant la Fontaine avait assurément lu Quintilien, il en raffolait même à certaine époque , comme il raffola de Platon et de Baruch. J’en dirai autant de Lamartine. Je ne connais pas en français de descriptions plus riches et plus sublimes, de plus suaves et plus touchantes narrations que certaines pages de Jocelyn. Eh bien, la première de toutes, la dédicace à Maria Anna Elisa est l’accumulation des métaphores les plus fausses et les plus incohérentes que l’on puisse rencontrer.

Doux nom de mon bonheur, si je pouvais inscrire Un chiffre ineffaçable au socle de ma lyre,

C’est le tien que mon cœur écrirait avant moi ,

Ce nom où vit ma vie et qui double mon âme;

Mais pour lui conserver sa chaste ombre de femme,

Je ne l’écrirais que pour toi.

Lit d’ombrage et de fleurs, où l’onde de ma vie Coule secrètement, coule à demi tarie,

Dont les bords trop souvent sont attristés par moi. Si quelque pan du ciel par moment s’y dévoile,

Si quelque flot y chante en roulant une étoile,

Que ce murmure monte à toi !

Abri dans la tourmente, où l’arbre du poète Sous un ciel déjà sombre obscurément végète,

Et d’où la sève monte et coule encore en moi,

Si quelque vert débris de ma pèle couronne Refleurit aux rameaux et tombe aux vents d’automne,

Que ces feuilles tombent sur loi !

Je conçois que , si la femme aimée vous rend parfaitement heureux , vous puissiez dire que son nom est celui de votre bonheur ; mais ce que je ne conçois pas, c’est que votre cœur

DE LA nilÉTOBIQL'E.

écrive avant vous le chiffre île ce nom , el que vous prétendiez conserver ù ce chiffre ou à ce nom une chaste ombre de femme. Je conçois que la femme dans laquelle vous avez mis toute votre existence soit le lit où coule le fleuve de votre vie; mais je ne conçois pas ce que c'est qu’un lit d’ombrage, je ne conçois pas que, si le flot de votre vie y chante en roulant une étoile (un flot qui chante en roulant une étoile!), le murmure de ce flot puisse monter au lit du fleuve. Je conçois que cette femme, nom de bonheur et lit d’ombrage, puisse encore être l’abri sous lequel végète le poêle, ou, puisque vous le préférez, Y arbre du poète; mais je ne conçois pas que jamais la sève puisse monter de l'abri pour couler en l'arbre, je ne conçois pas que les feuilles vertes qui refleurissent aux rameaux tombent, et tombent sur l’abri.

Et qu’on ne dise pus que soumettre la poésie à un si minutieux examen , c’est glacer l'imagination , froisser les ailes du poêle entre les gros doigts de l’analyse ,

Et hasarder la musc à sécher de langueur.

Non , mille fois non ; je soutiens qu’avec du travail on peut être élégant , brillant, hardi, téméraire même, sans cesser d’ètrc correct et sensé ; que tous les vrais poètes de tous les âges, et entre autres M. de Lamartine lui-même, l’ont prouvé surabondamment, et que la source de ces non-sens n’est ni l’ignorance, ni l’impuissance, mais le dédain pour les règles, et surtout la précipitation paresseuse qui sacrilie parfois le bien-faire au besoin de faire vite.

Deux siècles se sont moqués de Benscrade pour avoir dit à propos du déluge dans scs Métamorphoses d'Ovide en rondeaux :

Dieu lava bien la tête à son image, traduction libre de Tertullicn qui appelait le déluge la lessive

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