‹ De la rhétorique, ou, De la composition oratoire et littéraireChapitre 9 sur 147 · OE L'INVENTION · texte numérisé non relu

OE L'INVENTION

De l'mvcnliou. — Des éléments de l'invention : l'observation ; la science, scs avantages, études philosophiques ; la méditation, en quoi elle consiste j l'étude analytique et synthétique des modèles et l'exercice de la composition. — Hemarques sur la nature et la gradation des travaux qui peuvent occuper les jeunes rhctoriciens. — Qualités que Pou doit surtout exiger d'eux.

Nous avons dit que la première partie de la rhétorique est Y invention , c’est-à-dire l'acquisition des idées, ou du moins la recherche d’un procédé qui en facilite l'acquisition.

En dépit du mol de M. de Donald : « l'éducation de l'homme doit finir par des pensées, » le jeune homme peut être initié de bonne heure à l'invention.

Tout en s’appliquant, comme nous le lui avons demandé dans les précédents chapitres, à l’élude de la langue maternelle et des langues anciennes, que l'élcve s’exerce à saisir les rapports des choses à lui et des choses entre elles; qu’il apprenne, à mesure que ses facultés s’étendront, à s’observer lui-même, à observer la nature et les hommes qui l’entourent ; qu’il s'interroge souvent sur ses propres impressions, qu'il s'habitue à s'en rendre compte, à chercher en tout les causes et les effets, à ne point voir d’un esprit distrait et avec indifférence les objets

CHAP. IV. — IJC l.’lNVENTION, 41

même les plus indifférents en apparence; car tout ce qui peut occuper l'homme appartient à l’écrivain, et lui est. à l’occasion, sujet décomposition,

Quicquid agunt hommes, votum, timor, ira, voluptas , Gaudia, discursus, nostri est farrago libelli *.

On sera surpris des résultats que produira, proportionnellement ii l’âge de l’élève, cette méthode suivie avec perse, érance et discernement. Ainsi :

Premier moyen de parvenir à l’invention : observation attentive, assidue, et, autant que possible, intelligente, de soi, des choses et des hommes.

Second moyen : la science, c’est-à-dire Y observation dans le passé, l’étude de ce qui nous a précédés ajoutée à celle de ce qui nous entoure. En effet, si nous avons blâmé tout à l’heure l’emploi des sciences exactes, historiques ou naturelles, comme base unique cl universelle de l'instruction, comme préparation exclusive à la carrière de l’écrivain , nous sommes Lien loin assurément de nier les avantages de la science, une fois quelle n'ambitionne pas la domination absolue de l'intelligence, et qu’elle se contente de la place que lui assignent les besoins de l’esprit. Mous reconnaissons, au contraire, d'abord, quelle est extrêmement utile comme exercice mental '. Chaque science éclaire l'esprit sur l'objet dont elle s’occupe, et l’esprit éclairé sur un point aperçoit mieux tous les autres. Célestes

1 Espoir, crainte, plaisirs, travaux, joie ou colère,

Tout ce qoe l'homme enfin peut éprouver ou faire,

Voilà mon livre...

Jcvu., Sat. 1.

* Condorcet dit avec raison : « Sur quelque genre que l’un s'exerce, celui qui a dans un autre des lumières étendues et profondes aura toujours mi avantage immense. Ce n'est pas seulement en augmentant le nombre des idées que ces études étrangères sont iilites, rites perfectionnent l'esprit même, parce qu’elles eu exercent d’une manière plus égale les diverses facultés,.

Page 1