‹ De la rhétorique, ou, De la composition oratoire et littéraireChapitre 81 sur 147 · IIE LA RHÉTORIQUE · texte numérisé non relu

IIE LA RHÉTORIQUE

préjugé populaire ; car eux aussi sonl du peuple. Ainsi, les naturalistes ont beau se récrier, je n'interdirai à la métaphore ni le laurier bravant la foudre, ni les larmes du crocodile, ni le chant du cygne, ni l’aiguillon à la queue du serpent, ni l'influence léthifère du manccnillier, etc. Personne ne croit assurément qu'une rivière, une fois mélée à l’Océan, puisse y conserver la douceur et la limpidité de ses eaux ; mais dès que la fable a doué la fontaine Aréthusc de ce privilège, il est permis à Voltaire de dire à propos de Mornay, resté pur et intègre au milieu de la corruption des cours :

Belle Aréthusc, ainsi ton onde fortunée Roule au sein furieux d’Amphitritc étonnée Un cristal toujours pur et des flots toujours clairs Que jamais ne corrompt l'amertume des mers.

Si la métaphore est une comparaison abrégée, l 'allégorie est une métaphore continuée. Il fut un temps ou l’allégorie était de mode par toute l’Europe. Toute doctrine religieuse, morale, scientifique, politique, le drame comme le sermon, la thèse comme la poésie, se présentaient alors sous forme de parabole (DD). On avait des songes, des doctrinal s, des nefs, des vergiers, des danses, sans parler des vingt-cinq mille vers du Roman de la Rose et des bestiaires , comme le Renard, dont les diverses branches en comptent prés de quatre-vingt mille *. Boileau a fait l'histoire du burlesque, la mode de son temps ; s’il eût traité du moyen âge, il aurait écrit celle de l’allégorie. Elle se prolongea jusqu’à la fin du seizième siècle; la monstrueuse épopée de Rabelais n’est pas autre chose, et tous en étaient si bien persuadés que les annotateurs sont tombés dans les bévues

1 Voyez sur l'nllcgoric au moyen âge le chap. VIII de mon Histoire abrégée de la littérature française , tome f«r.

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