‹ De la rhétorique, ou, De la composition oratoire et littéraireChapitre 82 sur 147 · CHAP. XXIV. — DES FIGUIIES · texte numérisé non relu

CHAP. XXIV. — DES FIGUIIES

les plus bouffonnes . en s’obstinant à ramener ii l'allégorie les passages mêmes où l’écrivain, laissant là le double sens, s'abandonne à tous les égarements de la fantaisie. Il y a mieux : on a vu plus tard le Tasse, l'auteur de l ’Aslrée, Chapelain et Coras , les meilleurs comme les pires , se croire obligés, pour assurer le succès de leurs livres, de supposer l’allégorie là où elle n'était point, et s’en servir comme d’un passe-port utile à la circulation.

II va de soi qu’il ne s’agit pas ici des allégories de celte espèce, pas plus que de l'apologue, de la fable, de la parabole, etc. ; ce sont là des genres de composition et non des figures de style. L’allégorie dont je veux parler n’est qu’un détail jeté dans un poëme ou dans quclqu’autre ouvrage, une image vive et diaphane dont on revêt une pensée, soit pour l’embellir et la rendre plus sensible, soit pour présenter avec ménagement quelque vérité utile, mais sévère. L’esprit charmé s’arrête d’abord à la surface ; mais pour peu que l’allégorie ait la justesse et la transparence exigées , il pénètre bientôt plus avant et saisit chaque rapport entre la pensée et l’image. Au premier rang des allégories classiques je trouve les Prières et la Ceinture de Vénus dans Homère, la Renommée de Virgile, la Mollesse du Lutrin ; ailleurs le Fanatisme, le Temps, le Sommeil, etc.

Souvent l'allégorie remplit à elle seule une petite pièce toute entière de prose et de poésie. Ainsi les jolis vers de M” Dcshoulièrcs à scs enfants ,

Dans ces prés fleuris

Qu’arrose la Seine...,

ce qu’elle a fait de mieux, à mon goût. Ainsi, dans les Méditations sur l’Évangile de Bossuet , le cheval dompté par le cavalier, qui représente si bien le chrétien sous lu main de Dieu , et dans les Sermons cette magnifique image de la vie humaine

l)E LA RHÉTORIQUE.

(IÎE), dont on peut rapprocher , le style de Bossuet à part, un passage ingénieux des Ituluctions morales et physiologiques de M. de Kératry, où le monde est un palais dont le maître invisible accueille des voyageurs qu’y conduit un pouvoir inconnu. Ainsi, avant tout, la belle ode d'Horace :

O navis, rcferent in more te novi Fl (ictus...,

le chef-d'œuvre peut-être des allégories. Comme tout y est à la fois juste et poétique ! comme chaque mot s’applique bien et au vaisseau qui veut affronter encore la tempête, et à la république que menacent de nouvelles guerres civiles ! Comparez à celte admirable allégorie des morceaux de quelque valeur, sans doute , mais qui sont loin de cette perfection, par exemple, le palais de l’Jmour dans la Henriade,

Sur les bords fortunés de l’antique Idalic...

et vous comprendrez mieux l’incontestable supériorité d'Horace *.

' Quelques rhélcurs distinguent Valligoritme de l'allégorie. La différence, selon eux, c’est que, dans l'allégorie, le double sens, littéral et métaphorique, se poursuit jusqu'au bout; l'image, quoiqu'elle ne serve réellement qu'à envelopper une pensée, a cependant, en quelque sorte, sa vie propre et indépendante. Je puis, dans Horace, ne voir que le vaisseau, la description en est exacte et complète; c’est la réflexion qui me fait pénétrer au delà et me montre la république. L’allégorismc, au contraire, ne présente qu’un objet, sous un nom emprunté. Par exemple, quand Mithridalc veut prouver que, s’opposant seul aux invasions des Homaius, son salut est nécessaire à tous les peuples :

Ils savent que, sur eux prêt à se déborder.

Ce torrent, s’il m'entraîne, ira tout inonder,

Cl vous 1rs verrez tous, prévenant son ravage,

Guider dans l'Italie ou suivre mon passage.

Evidemment le sens figuré me frappe à l'instant, et je ne puis distinguer

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