‹ De la rhétorique, ou, De la composition oratoire et littéraireChapitre 89 sur 147 · CIIAP. XXV. — DES FIGURES · texte numérisé non relu

CIIAP. XXV. — DES FIGURES

cette forme par laquelle un écrivain semble effectuer luimême ce qu’il ne fait que raconter ou décrire. Ainsi l’Homère d’André Chénier :

Quand bientôt à Lcmnos sur l’enclume divine,

Il forgeait cette trame irrésistible et fine Autant que d’Arachné les pièges inconnus,

Et dans ce fer mobile emprisonnait Vénus !

Et quand il revêtit d’une pierre soudaine La ficre Niobé, cette mcrc thébaine... etc.

Avec M. Fontanier je rattacherais encore à celle figure le tour par lequel le poète, au lieu de raconter la chose faite, se transporte sur le lieu de l’action, s’en rend maître, cl ordonne quelle se fasse. Par exemple, Voltaire dans le Poème de Fontenay t

Maison du roi, marchez, assurez la victoire !...

Venez, vaillante élite, honneur de nos armées ;

Partez, flèches de feu, grenades enflammées... etc.

Enfin , lorsque , en raison de sa nouveauté, de l’usngo, ou de toute autre cause, une idée n’a point ou n’a plus de signe propre cl exclusif dans la langue, on est forcé, pour l’exprimer, d’employer un signe déjà affecté à une autre idée. On étend lu vertu de ce signe, comme nous l’avons remarqué à propos des multisenscs; non-seulement on en use, mais on en abuse, et l’on en abuse forcément. C’est ce qu'on nomme calachrèse, trope par lequel un mol est pris , de nécessité . dans un sens imitatif, extensif, abusif.

De tous ceux qui ont traité des figures, M. Fontanier a le mieux développé la théorie de la catachrcse ; il a fort bien réfuté, sous ce rapport, la doctrine incomplète et parfois erronée deDumarsais. Faisons, comme lui, de la calachrèse. moins un trope spécial qu’un accident des autres tropes; distinguons des calachrèses de métaphore, des catachrèses de

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