DE U RHÉTORIQUE
synecdoque, des calachrèses de mélonymie. Vous dites : le barreau, la bourse, un Rubens; vous dites : dîner à tant par tète, voilà de beaux bronzes, un tel est un épicurien ; vous dites : une feuille de papier, les ailes d’un moulin, un mérite éclatant, les figures du discours, un cheval ferré d’argent, etc. Vous dites ainsi, et vous ne pouvez dire autrement. Voilà donc des métaphores , des synecdoques , des métonymies obligées et inévitables, voilà des calachrèses. Mais remarquez : la catachrèse vous renferme dans un cercle tellement resserré, qu’avec elle l’emploi même des synonymes est le plus souvent interdit. Substituez à une flotte de cent voiles une flotte de cent mâts, vous êtes inintelligible; remplacez les entrailles paternelles par les boyaux paternels, vous êtes ridicule. On a donné le pourquoi de ces diverses expressions; le vrai pourquoi, c’est l’usage, c'est l’habitude, cette seconde nature, plus puissante parfois que la première , dans la langue comme ailleurs. Une flotte, dit-on , présente à la vue ses voiles plutôt que ses mâts; cela est vrai ; mais pourquoi cent voiles pour cent vaisseaux? Cent vaisseaux supposent quatre ou cinq cents voiles. 11 y a plus : tel est le despotisme de l’usage, que le trope est devenu avec le temps plus intelligible presque que le mot propre; vous serez mieux compris en disant un bon violon, dix mille chevaux, que si vous disiez un bon violoniste, dix mille cavaliers.
Vous conclurez de tout ceci que plus la comparaison , qui est la base du trope, est rigoureuse et entière, moins celui-ci laisse place à l'arbitraire dans son emploi ; plus, au contraire, elle est vague et indéterminée, plus l'écrivain a de latitude pour créer, modifier et façonner à son gré les applications du trope. Ainsi, de tous les tropes, la catachrèse prête le moins au caprice de l’écrivain, et par là même aux préceptes du rhéteur, parce qu’elle suppose, non pas simplement analogie, comme la métaphore, correspondance, comme la métonymie, connexion, comme la synecdoque, entre les deux idées comparées, mais,