‹ De la rhétorique, ou, De la composition oratoire et littéraireChapitre 94 sur 147 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

DES FIGURES

Figures par rapprochement d'idées opposées. De l'antithèse, sa nature, son mérite et ses défauts. — Diverses espèces d’antithèses : réversion, enlbymémisme, paradoxisme. — Opposition entre l’idée elle-même et l’expression qui la manifeste ou antithèse interne : Ironie, sarcasme, épitrope, astéisme ; prétention, correction ou épanorlhose, concession, préoccupation ou prolcpse, communication, délibération, interrogation, subjcction. — Véritable caractère de ces diverses formes.

Observez ici comme tout se lie dans l'esprit humain. Par la comparaison et toutes les ligures qui s’y rattachent, nous nous plaisions à rapprocher deux idées homogènes, et cette homogénéité arrivait graduellement à ce point qu’elles se confondaient en une seule, par la catachrèse. Puis, par l’ hyperbole et la litote nous rapprochions deux idées toujours semblables, mais dont l’une était plus grande ou plus petite que l’autre. Enfin nous voici parvenus à rapprocher deux idées contraires. L’antiphrase noua mène i\ï antithèse, et nous trouvons autant de charmes dans l’opposition que dans la similitude, dans l’antithèse que dans la métaphore, parce que, des deux parts, la . rhétorique ne fait que constater les lois universelles de la nature.

« Les couleurs vives d’une draperie, dit Condilloc, donnent de l’éclat à un beau teint, les couleurs sombres lui en donnent encore. Quand il ne s’embellit pas en dérobant des nuances aux objets qui l’approchent, il s’embellit par le contraste. Voilà une image sensible des comparaisons et des antithèses. »

L’antithèse n’est donc que le rapprochement des contrastes, comme la comparaison est le rapprochement des semblables. L’antithèse si fréquente dans la nature ne peut manquer de l’èlre dans le discours.

Deux vérités opposées s’éclairent en se rapprochant, comme deux couleurs opposées se font ressortir l’une l’autre ; exemples : La jeunesse vit d’espérance, la vieillesse de souvenir ; — ce ne sont pas les places qui honorent les hommes, mais les hommes qui honorent les places. — Pourquoi la forme de la phrase ne chercherait-elle pas à exprimer un contraste que comporte si bien le fond de l’idée?

Quand Florus compare la Rome des empereurs à cette Rome naissante qui portait ses vœux au Capitole pour la conquête de Tibur et de Prcneste, devenus depuis les maisons de plaisance du peuple-roi; quand Auguste demande aux jeunes gens d écouter un vieillard que les vieillards écoulaient lorsqu'il était jeune, audite, juvenes, senem quetn juvenem renes audiere; quand Bossuet rappelle l’Océan traversé tant de fois par 1a reine d’Angleterre dans des fortunes si diverses, l’opposition dans les faits amène nécessairement l'antithèse dans les mots.

Combien de fois n’cst-il pas arrivé que deux sentiments contraires se partagent notre âme, que deux opinions, deux points de vue différents divisent des individus ou une assemblée entière? L’antithèse nail ici d elle-mème. C’est elle qui fait tout l’arlificedela moitié du dialogue dramatique, que les interlocuteurs se nomment Narcisse et Burrhus, ou Alceste et Philinte; c’est sur clic que roulent la strophe et l’unlislrophc des chœurs grecs et les imitations qu’en ont faites les modernes. Voyez,

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