‹ De la rhétorique, ou, De la composition oratoire et littéraireChapitre 97 sur 147 · CHAP. XXVI. — DES FIGURES · texte numérisé non relu

CHAP. XXVI. — DES FIGURES

Enfin le paradoxisme est une antithèse d’idées formulée à l'aide d'une alliance de mots qui semblent s’exclure mutuellement. Ainsi le fameux vers de Corneille :

Et monté sur le faite, il aspire d descendre ; ainsi plusieurs vers de Racine :

Et Dieu trouvé fidèle en toutes scs menaces...

Dans une longue enfance ils l’auraient fait vieillir...

Pour réparer des ans l’irréparable outrage... etc.

Les heureux paradoxismes de ce genre sont une des formes antithétiques les plus ingénieuses. Mais, qu'on me pardonne de me répéter toujours, évitez encore ici l’abus et l'affectation, et ne rapprochez pas ces mots qui, comme on l’a dit :

Hurlent d’effroi de se voir accouplés.

Les figures dont il vient d’être question expriment, comme vous voyez, une opposition réelle entre les idées et les sentiments, représentée par une antithèse entre les mots. Mais n'y a-t-il pas une autre sorte d’opposition? Quand un écrivain dit, ou du moins parait dire, le contraire de ce qu’il pense, quand il conseille, prescrit, ordonne même le contraire de ce qu’il veut, quand il prétend ne pas énoncer ce qu’en effet il énonce.

espèce d'antithèse se nomme dérivation , quand les mots, différents entre eux, ont une origine commune,

Ton bras est imaÛMM mais non pas invincible. . .

Et le combat cessa faute de combattants ;

et polypiotc, quand ce sont diverses formes du même mot :

Il plaît à tout le monde, et ne saurait se plâtre.

Et ton nom détiendra, dans la race future,

Aux plut cruels tyrans la plus crucUt injure.

s’adresser à l’un quand il s’adresse réellement à l’autre , ne reconnait-on pas dans tous ces contrastes entre l’expression et la pensée une antithèse interne, en quelque sorte, qui mérite notre attention ? Pour que celte figure ajoute au discours de la valeur et de l’énergie , elle devra être présentée de façon que le lecteur ne puisse manquer, d’une part . d’interpréter les paroles dans le sens voulu , et se plaise, de l’autre, au facile travail de cette interprétation.

Voilà donc de nouvelles formes d’antithèses. Ce sont celles qu'on nomme, en rhétorique, ironie, épitrope, astéisme, prétention , rétroaction , correction , communication, etc.

Tout le monde sait ce que l’on entend par ironie ; j’en ai déjà parlé , à propos de la réfutation , et le mot , comme la chose, appartient au langage usuel. Cette contre-vérité , par laquelle on loue en apparence ce qu’on blâme en réalité, trouve aussi bien sa place dans le ton noble et sérieux que dans le plaisant et le familier. Prenez la scène troisième du deuxième acte de Tartuffe, depuis ces mots de Dori ne :

Non, non, je ne veux rien ; je vois que vous voulez Être à monsieur Tartuffe...

jusqu’à ceux où la naïve douleur de Marianc fait si bien ressortir l’énergique puissance de l’ironie :

. . . Ah ! tu me fais mourir ;

rapprochez-en l’admirable strophe d’IIermionc, acte IV, scène 5 d'Andromaque :

Est-il juste, après tout, qu’un conquérant s’abaisse...

jusqu’à la fin; et vous pourrez vous faire une idée de la valeur de l’ironie dans le genre tragique comme dans le plaisant (IIII).

Vous la comprendrez encore mieux, si vous avez vu

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