PLANCHE SIXIÈME
C’est le portrait du nommé Gouricux, affligé d’une horrible difformité nasale, résultat d’un coup de fusil, que ce malheureux, dans un moment de désespoir, s'était tiré dans la bouche. Il avait appliqué l’extrémité du canon de son fusil, armé sous la voûte palatine, tandis qu'avec le pied nu il en avait lâché la détente. L’arme s’étant un peu inclinée en avant au moment de l'explosion, la balle monta verticalement dans l’épaisseur et au milieu de la voûte palatine, traversa le nez et sillonna la peau du front. Toute la portion palatine des os maxilliaires supérieurs, comprise entre les deux dents canines, la sous-cloison, les os carrés du nez, ainsi que toute la partie cartilagineuse antérieure de cet organe furent emportés
Représente le nommé Gourieux, opéré et guéri de sa difformité par M. Larrey. Le neza repris une conformation assezrégulière;il présente sur saligne médiane une cicatrice allongée presque uniforme se continuant avec celle du front, de telle sorte que la physionomie du sujet n'offre plus rien de pénible à la vue. La lèvre supéricure a été raccoutrée aussi par un procédé opératoire absolument
pareil à celui qu'on met en usage pour les .cas de bec de lièvre.
C'est le portrait du nommé Javet, ex-grenadier de la garde impériale. À la bataille de Waterloo, il reçut un coup de sabre qui lui divisa le nez en travers, immédiatement au-dessous de la voûte osseuse de cet organe. Javet, après avoir encore combattu quelque temps, ayant été obligé de suivre les débris de sa compagnie qui cherchait à se rallier avec le reste du corps d'armée qui était en pleine déroute, ne put faire panser méthodiquement sa blessure. El se borna à placer sa cravate autour de la figure, pour maintenir, le mieux qu'il lui serait possible, le nez dans sa position naturelle. Au milieu de tous les désastres d’une retraite aussi précipitée, Javet, qui ne songeait qu'aux malheurs de son pays, ayant négligé d'aller réclamer les soins éclairés d’un chirurgien, sa blessure se cicatrisa en peu de jours, mais d'une manière incomplète et irrégulière. Le lobe nasal était resté incliné du côté droit et présentait à sa partie dorsale et latérale gauche un hiatus transversal, large d’une ou deux lignes, communiquant dans la fosse nasale et qui provenail de la cicatrisation isolée de ces deux points, correspendans aux deux bords de la blessure. L'ensemble de la cicatrice présentait une
(357 ) forme d’S italique inclinée en travers et déprimée vers le milicu.
Portrait du nommé Javet { actuellement ébéniste ), qui a été rhunoplastié par l’auteur. Le nez a été régulièrement ajouté et consolidé dans sa position naturelle ; la fistule aérienne a été complètement oblitérée, et le lobe nasal qui était un peu atrophié ou du moins aplati, a fini par reprendre un aspect tout-à-fait naturel.
Application que l’auteur propose de faire, de le méthode italienne à la formation de la souscloison nasale. Elle à pour objet de faire l'emprunt du lambeau réparateur à l’éminence thénar de la main gauche, ce qui n’oblige pas à placer le bras dans une position extrêment génante. À , lambeau elliptique, long d’un pouce, large de six lignes, il ne tient à l’'éminence thénar que par son extrémité inférieure, tandis que son extréminé supérieure est réunie à la partie interne du bout du nez, par trois points de suture entrecoupée. B, por tion angulaire qui, de l’extrémité inférieure du lambeau, est destinée à être greffée dans une ouverture oblongue , pratiquée à la partie supérieure de la lèvre Ce bout du lambeau ne doit être dé-
taché de la main qu'après que l'adhérence de l’extrémité supérieure est parfaitement assurée. C. Ouverture de la plaie, située sur l’éminence thénar, d’ou l’on a extrait ie lambeau. d. d. d. d. Points où doivent correspondre les extrémités des deux bandelettesde taffetas d'Angleterre, destinées à maintenir rapprochés les deux bords de la plaie de la main ;€.e. points correspondans aux deux bouts du petit plumasseau de charpie, enduit à sa partie supérieure d’un peu de cérat ; il doit servir à lubréfier la face saignante du lambeau, la mettre à l'abri de l’action irritante de l'air , et lui fournir un point d'appui.
Cette opération qui n’a besoin que d’être pratiquée avec soin pour bien réussir, offre ie grand avantage de ne laisser sur la figure que de légères traces de cicatrisation. Pour ce qui est de la cicatrice de la main, elle finit par devenir linéaire et par se confondre avec les plis naturels que présente celte partie.