B. — RÉSULTATS ÉLOIGNÉS
Après les petits phénomènes de tuméfaction naso-labiale etde légère ascension thermique que nous avons signalés, tout rentre très rapidement dans la normale. Le redressement de la cloison déviée reste stable, et l’ancien malade ne tarde pas à bénéficier tout à fait du nouvel état de son organe.
Peu à peu, grâce à une ventilation pulmonaire plus complète, grâce à une circulation sanguine plus facile, de grands changements se créent dans
a Er l'état général du sujet. Une déviation grave de la cloison parait n'être le plus souvent qu'une infirmité à laquelle il ne semble pas très utile d'apporter une attention immédiate. Et, cependant, comme l’a fait très judicieusement remarquer R. Leroux dans les Annales des maladies de l'oreille de 1907, une obstruction nasale, qui n'est que le résultat d’une déviation prononcée de la cloison, peut aggraver et même provoquer une tuberculose pulmonaire chez son porteur. Cette tuberculose peut être due à de multiples causes, dont les principales sont: la suppression des moyens de défense de la cavité nasale, la production de déformations thoraciques, laltération des fonctions de nutrition. Le redressement de cette déviation grave par le procédé que nous défendons pourrait donc être considéré, dans certains cas spéciaux, comme une prophylaxie très raisonnable des affections pulmonaires.
Le poumon n’est pas le seul organe qui bénéficie du rétablissement de la fonction nasale. Le cœur, qui subit si fidèlement l'influence du poumon sain et pathologique, retrouve le bon fonctionnement qu'une ventilation pulmonaire mal assurée lui avait fait perdre. La respiration et la circulation redeviennent normales, l’état général du sujet s’améliore rapidement. Si le malade opéré était jeune, cette transformation est encore plus manifeste. L'enfant grandit, se développe, se débarrasse de cette sorte d'état neurasthénique qu'est l’aprosexie, et, avec la vigueur physique, retrouve la vivacité iutellectuelle de son âge. Le « cancre nasal » dont
parle Raulin à disparu. Mais, évidemment, lorsque nous parlons des enfants, nous n’entendons pas par là les nourrissons et les petits enfants de moins d’un an. Halle a longuement montré, et avec tout l'humour qu'il pouvait mettre en œuvre, le peu de portée de l'argument de Lœwe, qui réclamait l’application du procédé de Rouge chez les nourissons et les enfants en bas âge.
Nous ne voulons pas insister davantage sur les résultats immédiats ou éloignés que nous venons d'étudier. Evidemment, dans bien des cas, dans la plupart des cas même, une méthode autre que celle de Rouge amènera les mêmes phénomènes d'amélioration. Mais, nous lerépétons, nous ne proposons le redresssement des déviations du septum par la rhinotomie sous-labiale que pour un nombre restreint de malformations, celles qui ne pourraient être radicalement opérées pas les procédés de Killian, de Asch ou de Moure. Avec notre maitre, M. le professeur Lannois, nous croyons, comme la plupart des auteurs, du reste, que les opérations sous-muqueuses,bien que plus délicates,doivent rester à la base de toutesles interventions sur la cloison. Mais sile chirurgien n’est pas assuré d'arriver à faire, à l’aide des procédés dont nous venons de parler, une opération bien complète, pourquoi ne penserait-il pas à la méthode décrite en 1873 par Rouge ?
Comme nous avons eu l’occasion de le dire, on à, recherches faites, peu employé cette méthode, du moins pour le traitement que nous demandons.
Lœwe, en Allemagne, et Gaudier, en France nous ont bien apporté de longues séries de cas opérés (Lœwe en cite 53 !), mais ces séries sont trop belles pour être cliniquement sincères. Ces chirurgiens, peut-être après des examens un peu superficiels de leurs malades, ont appliqué la méthode par principe. Or, et nous tenons à le dire encore une fois, nous ne demandons ce traitement spécial que pour certains Cas, spéciaux eux-mêmes, et rares.
Nous croirons ne pas avoir vainement travaillé, si nous avons pu faire accepter la rhinotomie souslabiale pour le traitement des déviations graves de la cloison nasale. Pour conclure, nous ne saurions mieux faire que de citer les propositions placées par Leroux à la fin de l’article dont déjà nous avons parlé : « La respiration normale doit se faire par le nez, et par le nez seul. Toute respiration buccale est mauvaise. Si la respiration nasale fait défaut, on doit à tout prix la rétablir, et la rétablir rapidement et largement. Cette règle est absolue ».
Et aux auteurs qui, demanderaient pour toutes les cloisons déviées les procédés de résection sousmuqueuse, nous répondrons avec Lermoyez que cette résection sous- muqueuse, cette « panacée des nez bouchés » ne convient pas à tous les cas.
« C’est dans un choix judicieux que se révèle l’expérience du praticien. En embrassant trop aveuglément la religion chirurgicale d’outre-Rhin, nous nuisons à nos malades, etaussi à nous-mêmes » (Lermoyez).